{"id":1024,"date":"2012-04-21T11:38:39","date_gmt":"2012-04-21T09:38:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1024"},"modified":"2014-07-13T15:10:53","modified_gmt":"2014-07-13T13:10:53","slug":"comprendre-la-depression-contemporaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1024","title":{"rendered":"Comprendre la d\u00e9pression contemporaine"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ce texte est la retranscription de la conf\u00e9rence donn\u00e9e par Jean-Marie Lacrosse \u00e0 La Marlagne \u00e0 W\u00e9pion le 13 octobre 2011 dans le cadre d&rsquo;un colloque intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Ecosyst\u00e8mes humains &#8211; rythmes biologiques et d\u00e9pression\u00a0\u00bb organis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion de la Journ\u00e9e Europ\u00e9enne de la D\u00e9pression par l&rsquo;European Depression Day Wallonie en collaboration avec la Plate-Forme Namuroise de Concertation en Sant\u00e9 Mentale.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les donn\u00e9es sont l\u00e0, vous les connaissez tous. Elles sont irr\u00e9m\u00e9diables et sans appel. Elles ont r\u00e9cemment fait la une des grands journaux : plus d\u2019un million de belges consomment chaque ann\u00e9e des antid\u00e9presseurs dont plus de 230.000 chaque jour. Pourquoi, titre par exemple l\u2019\u00e9dition de la Libre du 7 septembre 2011 ? C\u2019est \u00e9videmment la question que tout le monde se pose. Deux experts sont interrog\u00e9s par le journal \u00e0 ce sujet, la conseill\u00e8re m\u00e9dicament au minist\u00e8re de la Sant\u00e9 publique Anne Hendrickx et le pr\u00e9sident des psychologues praticiens d\u2019orientation psychanalytique Francis Martens. La conseill\u00e8re minist\u00e9rielle \u00e9vite prudemment de r\u00e9pondre \u00e0 la question sur le fond. Elle se borne \u00e0 questionner l\u2019ad\u00e9quation de la demande de soin de la part des patients d\u2019une part, celle de la prescription des antid\u00e9presseurs d\u2019autre part. La r\u00e9ponse du psychologue est plus substantielle : il \u00e9voque ainsi premi\u00e8rement l\u2019environnement social (la d\u00e9pression serait \u00e9troitement corr\u00e9l\u00e9e d\u2019abord avec la solitude, ensuite avec le ch\u00f4mage) et deuxi\u00e8mement les firmes pharmaceutiques qui sont, je le cite \u00ab des p\u00f4les de pouvoir \u00e9conomique et politique gigantesques et qui ont avantage \u00e0 tout m\u00e9dicaliser \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, poursuit-il, \u00ab l\u2019hyperconsommation d\u2019antid\u00e9presseurs est essentiellement une demande relationnelle avort\u00e9e \u00bb. Et quand le journaliste lui demande \u00ab comment contrer cette surconsommation \u00bb ? Il r\u00e9pond : \u00ab Rien de plus simple. Il faut changer la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb.<br \/>\nAvant d\u2019entrer dans le vif du sujet, je voudrais encore mentionner \u00e0 titre de pr\u00e9liminaire un texte paru dans la revue Le D\u00e9bat en 2001 de la psychiatre Mich\u00e8le Brian \u00ab Sur l\u2019expansion de la d\u00e9pression : Comment se construit une maladie ? \u00bb . C\u2019est un texte qui s\u2019inscrit dans les orientations que je viens de vous laisser apercevoir mais en les approfondissant et en les argumentant soigneusement. \u00ab L\u2019expansion de la d\u00e9pression est, nous dit-elle, principalement associ\u00e9e au jeu de trois facteurs : la diffusion de la classification am\u00e9ricaine des troubles mentaux (le fameux D.S.M.), le retentissement des enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques et l\u2019arriv\u00e9e sur le march\u00e9 d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019antid\u00e9presseurs. C\u2019est ce tr\u00e9pied, d\u2019une grande coh\u00e9rence et facile \u00e0 communiquer, qui nous semble avoir d\u00e9termin\u00e9 l\u2019essentiel de l\u2019\u00e9largissement du domaine de la d\u00e9pression \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more-->\u00a0Si je mentionne ce texte d\u00e9j\u00e0 ancien, c\u2019est qu\u2019il m\u2019avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque enti\u00e8rement convaincu. Je ne renie d\u2019ailleurs pas aujourd\u2019hui les r\u00e9ponses qu\u2019il apporte. Il est \u00e9vident que le terme \u00ab d\u00e9pression \u00bb est devenu aujourd\u2019hui une sorte de code social f\u00e9d\u00e9rateur d\u00e9signant pratiquement tous les troubles mentaux : \u00ab c\u2019est sa d\u00e9pression \u00bb, \u00ab il\/elle a fait une d\u00e9pression\u2026 \u00bb. J\u2019en serais donc sans doute rest\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s l\u00e0 si je n\u2019avais per\u00e7u l\u2019invitation des organisateurs de cette journ\u00e9e comme une sorte de d\u00e9fi \u00e0 relever. Pourquoi une telle expansion ?<br \/>\nPr\u00e9cisons tout de suite que je ne pr\u00e9tends aucunement r\u00e9pondre de front \u00e0 cette question. Cela demanderait un travail sp\u00e9cifique de plus longue haleine que je n\u2019ai pas effectu\u00e9. Ce que je voudrais faire ici, c\u2019est beaucoup plus modestement proposer une mise en perspective qui nous donne une chance de voir un peu plus clair et un peu plus loin dans un domaine qui \u2013 les DSM n\u2019ont rien arrang\u00e9, bien au contraire \u2013 est devenu un v\u00e9ritable maquis. Je voudrais d\u2019ailleurs au-del\u00e0 de la d\u00e9pression \u00e9largir la perspective \u00e0 l\u2019ensemble du champ psychopathologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est bien, me semble-t-il, d\u2019un renouvellement du regard sur le domaine tout entier dont nous avons besoin aujourd\u2019hui. Il est en effet saisissant de constater que sur le fond, les r\u00e9ponses que nous apportons aujourd\u2019hui \u00e0 ces questions ne sont pas tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles que nous aurions pu y apporter vers la fin des ann\u00e9es 1970, moment o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 personnellement \u00e0 m\u2019int\u00e9resser au domaine. Je n\u2019en prends qu\u2019un exemple du c\u00f4t\u00e9 de la sociologie. Dans \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 psychiatrique avanc\u00e9e \u00bb, Robert Castel, avec qui je travaillais \u00e0 cette \u00e9poque, d\u00e9crivait \u00ab une organisation de l\u2019existence quotidienne dans laquelle les techniques de manipulation des hommes, dont la m\u00e9decine mentale a \u00e9t\u00e9 le plus souvent la terre natale et le vecteur d\u2019expansion, deviennent coextensives \u00e0 toute la vie sociale \u00bb, la m\u00e9decine mentale ayant successivement instrumentalis\u00e9 un sch\u00e9ma de r\u00e9paration puis un sch\u00e9ma de pr\u00e9vention et enfin, \u00e9tape suppl\u00e9mentaire de cet expansionnisme sans limite, un sch\u00e9ma de renforcement de la normalit\u00e9. En gros, psychologues et sociologues semblent s&rsquo;\u00eatre ralli\u00e9s aujourd&rsquo;hui \u00e0 une \u00ab th\u00e9orie de l&rsquo;offre \u00bb, la demande qui correspond \u00e0 cette offre massive semblant plus obscure que jamais. Qu&rsquo;est-ce en effet qu&rsquo;une \u00ab demande relationnelle avort\u00e9e \u00bb \u00e0 l&rsquo;heure des tentaculaires r\u00e9seaux sociaux ?<br \/>\nIl serait extraordinairement pr\u00e9tentieux de ma part de vous proposer ce renouvellement radical de la perspective si je ne pouvais m\u2019appuyer pour cela sur une \u0153uvre consid\u00e9rable, l\u2019anthroposociologie transcendantale \u2013 le mot est un peu barbare mais tr\u00e8s pr\u00e9cis \u2013 de Marcel Gauchet. De quoi s\u2019agit-il ? Transcendantal est un terme philosophique venant d\u2019Emmanuel Kant qui signifie tout simplement l\u2019\u00e9tude des conditions de possibilit\u00e9 d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne. Anthroposociologie -terme bien plus significatif que psychosociologie puisqu&rsquo;il contient une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;humain- parce qu\u2019il s\u2019agit en quelque sorte de mettre en miroir les conditions de possibilit\u00e9 de l\u2019\u00eatre-ensemble et de l\u2019\u00eatre-soi, en d\u00e9gageant l\u2019\u00e9troite parent\u00e9 des structures qui produisent la disposition de soi des collectivit\u00e9s humaines et de celles qui assurent la possession r\u00e9fl\u00e9chie de chacun de nous. J\u2019en donne abruptement la formule, nous y reviendrons : \u00ab Des individualit\u00e9s pourvues de conscience ne se con\u00e7oivent que dans le cadre de collectivit\u00e9s politiquement organis\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire pourvues d\u2019identit\u00e9 et de capacit\u00e9s d\u2019action propres \u00bb .<br \/>\nHasards du calendrier, ces vendredi 14 et samedi 15 octobre, demain et apr\u00e8s-demain donc, se tiennent \u00e0 Paris deux journ\u00e9es de r\u00e9flexion consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019anthroposociologie transcendantale et appel\u00e9es \u00e0 rassembler la plupart de ceux qui se reconnaissent dans l\u2019entreprise. Or, alors que de nombreux auteurs ont d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent fait fructifier les perspectives ouvertes par le volet politique, social-historique, de l\u2019\u0153uvre, rien ni personne dans ce colloque pour \u00e9voquer, f\u00fbt-ce minimalement, le volet li\u00e9 aux questions qui nous occupent ici. Tout simplement parce que sur ce versant de l\u2019\u0153uvre, il faut le reconna\u00eetre simplement, il ne se passe \u00e0 peu pr\u00e8s rien, en tout cas rien de visible \u00e0 l\u2019\u0153il nu. Nous continuons, dans la recherche aussi bien que dans l\u2019enseignement, de barboter \u00e0 peu pr\u00e8s dans les m\u00eames eaux th\u00e9oriques qu\u2019en 1979.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, je me r\u00e9p\u00e8te, un probl\u00e8me comme le n\u00f4tre exige de reprendre les choses \u00e0 la base et d\u2019en proposer une v\u00e9ritable red\u00e9finition. Red\u00e9finition, je pr\u00e9cise bien, qui est tout autre chose qu\u2019une simple rupture. Red\u00e9finir, c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 s\u2019appuyer sur l\u2019histoire dont nous sommes issus pour y op\u00e9rer un recadrage, un changement 2 comme diraient les psychoth\u00e9rapeutes syst\u00e9miques.<br \/>\nPuisque j\u2019\u00e9voque les th\u00e9rapies syst\u00e9miques, permettez-moi de commencer la r\u00e9flexion par cet exemple en proposant \u00e0 son propos une application de la d\u00e9marche anthroposociologique qui pourrait d\u2019embl\u00e9e nous rendre sensibles les enjeux de l\u2019analyse que je m&rsquo;efforcerai ensuite d&rsquo;\u00e9largir. C\u2019est d\u2019ailleurs ce surgissement rapide des th\u00e9rapies syst\u00e9miques qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de toute ma r\u00e9flexion ult\u00e9rieure sur le domaine, bien avant -une dizaine d\u2019ann\u00e9es- que je ne croise l\u2019\u0153uvre de Marcel Gauchet. Que signifiait en effet cette irruption brutale de techniques, d\u2019outils, de concepts nouveaux dans le champ th\u00e9rapeutique et psychopathologique qui gravitait alors depuis plus de trois quarts de si\u00e8cle autour du soleil psychanalytique ? Enum\u00e9rons-les en vrac, vous les connaissez tous : les paradoxes autor\u00e9f\u00e9rentiels, le recadrage, la communication, le double bind et, il ne faut pas l\u2019oublier, la psychose. Souvenons-nous toujours qu\u2019un des textes \u00e0 l\u2019origine du courant syst\u00e9mique publi\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1950 a pour titre \u00ab Vers une th\u00e9orie de la schizophr\u00e9nie \u00bb. Outre l\u2019anthropologue Gregory Bateson, ses auteurs sont ceux que l\u2019on retrouvera dans le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab Changements \u00bb de Paul Watzlawick, traduit en fran\u00e7ais en 1975 : Weakland, Jackson, Haley, etc. Tous ont \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s dans une recherche clinique qui partait de l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019un individu prisonnier de la double contrainte peut d\u00e9velopper des sympt\u00f4mes de la schizophr\u00e9nie. Men\u00e9e dans les ann\u00e9es 1950, cette recherche visait \u00e0 comprendre pourquoi et comment, nous disent les auteurs, la double contrainte peut appara\u00eetre dans une situation familiale.<br \/>\nEn fait, je prends ici l\u2019\u00e9mergence de la syst\u00e9mique plus comme un sympt\u00f4me que comme une v\u00e9ritable pens\u00e9e. Elle met en jeu un faisceau d\u2019\u00e9l\u00e9ments th\u00e9oriques et pratiques qui ne prennent leur sens v\u00e9ritable que lorsqu\u2019on les resitue dans le mouvement historique o\u00f9 ils s\u2019inscrivent.<br \/>\nLe paradoxe et le double bind sont au c\u0153ur des th\u00e9ories de l\u2019auto-organisation. Celles-ci s\u2019inscrivent dans un nouveau paradigme que les travaux de Jean-Pierre Dupuy mettront en \u00e9vidence \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque et qui ne devient intelligible qu\u2019\u00e0 la lumi\u00e8re du probl\u00e8me politique que l\u2019effondrement des totalitarismes met \u00e0 l\u2019ordre du jour : le probl\u00e8me de l\u2019autonomie humaine, autre nom pour la d\u00e9mocratie. C\u2019est d\u2019ailleurs le th\u00e8me de la journ\u00e9e de ce samedi au colloque de Paris que j\u2019\u00e9voquais \u00e0 l\u2019instant : \u00ab l\u2019humanit\u00e9 est-elle sortie de la religion \u00bb selon l\u2019expression forg\u00e9e par Marcel Gauchet ? La question est loin d\u2019\u00eatre tranch\u00e9e parmi les intellectuels. Et ce n\u2019est pas un hasard si les r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques auxquelles se nourrissent les th\u00e9rapeutes syst\u00e9miciens, Russell, G\u00f6del, Bateson, sont les m\u00eames que celles que mobilisent les adversaires, implicites ou explicites, de la th\u00e8se de Gauchet sur la sortie de la religion. En France, R\u00e9gis Debray bien s\u00fbr, localement Jean de Munck ou Jean-Pierre Lebrun. L\u2019argument, chez de Munck comme chez Debray, nous ram\u00e8ne toujours \u00e0 la th\u00e9orie des ensembles ou des types logiques de Russell : un syst\u00e8me symbolique, priv\u00e9 d\u2019un m\u00e9ta niveau \u00ab transcendant \u00bb, ne peut qu\u2019\u00eatre frapp\u00e9 soit d\u2019inconsistance soit d\u2019incompl\u00e9tude. C\u2019est de tout temps la religion qui a fourni aux ensembles humains ce niveau m\u00e9ta et elle est, selon R\u00e9gis Debray, la seule \u00e0 pouvoir le faire. Je le cite : \u00ab Qu\u2019est-ce qui est invariant ? Je r\u00e9ponds par une hypoth\u00e8se philosophique, l\u2019incompl\u00e9tude, qui permet de comprendre et m\u00eame de pr\u00e9voir les pass\u00e9s, les pr\u00e9sents et, j\u2019ose dire, les futurs. Ce qui me semble p\u00e9renne, c\u2019est l\u2019impossibilit\u00e9 de se donner un plan de consistance horizontal sans une verticale\u2026 \u00bb .<br \/>\nAutre \u00e9l\u00e9ment symptomatique : parmi la panoplie des groupes humains, c\u2019est sur la famille que s\u2019exercent prioritairement les th\u00e9rapies syst\u00e9miques. Co\u00efncidence non fortuite l\u00e0 encore : car c\u2019est \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que la famille devient, en quelque sorte, une affaire purement priv\u00e9e. Elle cesse d\u2019\u00eatre ce qu\u2019elle \u00e9tait depuis toujours, une institution, un rouage de l\u2019ordre social, une collectivit\u00e9 significative du point de vue de l\u2019entretien et de l\u2019\u00e9tablissement du lien social. Rien d\u2019\u00e9tonnant si cette crise de la verticalit\u00e9 la frappe en premier lieu et de plein fouet. Elle met d\u00e9sormais en pr\u00e9sence deux subjectivit\u00e9s \u00e9galement d\u00e9pendantes l\u2019une de l\u2019autre aussi bien qu\u2019\u00e9galement libres l\u2019une vis-\u00e0-vis de l\u2019autre. On peut pr\u00e9dire sans risque que dans une telle conjoncture les chocs et les heurts ne manqueront pas de se multiplier, faisant cruellement ressentir \u00e0 ses membres la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019arbitrages \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition.<br \/>\nLa psychose enfin. Soulignons qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence des n\u00e9vroses qui n\u2019engagent que l\u2019individu strictement priv\u00e9 dans son rapport \u00e0 soi, dans la part de son existence qui ne concerne que lui-m\u00eame, les psychoses concernent fondamentalement l\u2019individu social, l\u2019individu pris dans sa capacit\u00e9 de coexister avec les autres. On comprend ici l\u2019importance cruciale que prend le th\u00e8me de la communication. L\u2019individu impliqu\u00e9 ici, c\u2019est l\u2019\u00eatre-en-soci\u00e9t\u00e9. Le ressort qui est atteint touche directement au politique. On pourrait dire que si la n\u00e9vrose touche l\u2019individu dans sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre une personne, la psychose l\u2019atteint au niveau le plus intime dans sa capacit\u00e9 m\u00eame \u00e0 exister dans une collectivit\u00e9 et \u00e0 rendre possible l\u2019existence m\u00eame d\u2019une collectivit\u00e9. Elle a directement \u00e0 voir \u2013 et non seulement indirectement comme la n\u00e9vrose \u2013 avec la condition politique de l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\nTous ces \u00e9l\u00e9ments, disais-je, se retrouvent associ\u00e9s dans le courant syst\u00e9mique mais sous forme de sympt\u00f4mes. Ils ne peuvent s\u2019inscrire ni dans une pens\u00e9e, ni dans une histoire. Pas de pens\u00e9e ni d\u2019histoire possible en effet pour des techniques qui entendent volontairement en rester \u00e0 la surface des choses en barrant le chemin vers le pourquoi pour mettre en avant le quoi et en n&rsquo; interrogeant une situation que telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente ici et maintenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous l\u2019aurez compris, c\u2019est cet interdit des profondeurs qu\u2019il nous faut n\u00e9cessairement transgresser pour avancer dans la question du pourquoi ? A ceci pr\u00e8s que les profondeurs o\u00f9 nous avons \u00e0 nous situer n\u2019ont rien \u00e0 voir avec celles de la psychanalyse que r\u00e9cusent et bannissent les th\u00e9rapeutes syst\u00e9miciens. Les profondeurs dont il s\u2019agit ici sont celles de l\u2019histoire. Un d\u00e9tour par l\u2019histoire longue est seul \u00e0 m\u00eame de nous faire entrevoir que nous sommes entr\u00e9s l\u00e0 dans une nouvelle \u00e9tape de l\u2019histoire de la folie : je propose que nous l\u2019appelions la d\u00e9couverte de la folie normale ou, pour le dire encore autrement, la d\u00e9couverte de la folie comme constitutive de l\u2019humain, comme partie prenante de la subjectivit\u00e9 humaine.<br \/>\nIl y va en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers cette incorporation de la folie dans l\u2019humain d\u2019une v\u00e9ritable r\u00e9volution de notre id\u00e9e de l\u2019homme n\u00e9e il y a deux si\u00e8cles et appel\u00e9e \u00e0 se poursuivre au-del\u00e0 sans doute de tout ce que nous pouvons imaginer aujourd\u2019hui. Dans cette perspective de folie \u00ab normale \u00bb, les psychoses repr\u00e9sentent seulement des expressions pathologiques situ\u00e9es aux deux extr\u00e9mit\u00e9s d\u2019un spectre mais semblables dans leur teneur m\u00eame aux manifestations qu\u2019elles prennent chez chacun d\u2019entre nous. C\u2019est la structuration et l\u2019organisation m\u00eame de l\u2019exp\u00e9rience normale qui repose sur ce que renferme de folie virtuelle la moindre de nos activit\u00e9s mentales. J\u2019en donne deux exemples.<br \/>\nNotre perception normale du monde suppose que nous sommes pris en permanence entre une absence au monde dont nous nous extrayons : il est pos\u00e9 l\u00e0 devant moi, dans sa neutralit\u00e9 et son objectivit\u00e9, c\u2019est l\u00e0 ce qui nous permet de le consid\u00e9rer comme notre monde, un monde dans lequel je ne suis qu\u2019un parmi d\u2019autres. Mais en m\u00eame temps, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, pour percevoir le monde, il faut en quelque sorte nous percevoir nous-m\u00eames comme situ\u00e9s au centre du monde, comme l\u2019instance subjective pour laquelle et pour laquelle seulement le monde prend une signification. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces dispositions inh\u00e9rentes \u00e0 notre fonctionnement subjectif qui sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les psychoses schizophr\u00e9niques et parano\u00efaques.<br \/>\nAutre exemple qui concerne directement la question de la d\u00e9pression. Nous voyons bien qu\u2019en tant que sujets, nous sommes tout sauf un donn\u00e9, une chose d\u00e9finissable une fois pour toute. Non seulement nous sommes quotidiennement travers\u00e9s voire submerg\u00e9s par un flux chaotique d\u2019images, d\u2019id\u00e9es, d\u2019\u00e9motions mais de plus, nous sommes en permanence confront\u00e9s \u00e0 la question de notre \u00eatre, nous oscillons sans cesse entre \u00eatre-tout et \u00eatre-rien, entre euphorie et angoisse, entre exaltation et d\u00e9pression. Bref, nous sommes tous schizos, paranos, maniaques et d\u00e9pressifs.<br \/>\nToute la question, me semble-t-il, est de faire de cette r\u00e9alit\u00e9 un v\u00e9ritable objet clinique, j\u2019entends par l\u00e0 un objet relevant d\u2019une clinique de l\u2019anthropologie bas\u00e9e sur le croisement de diff\u00e9rents regards, r\u00e9servant cependant \u00e0 la clinique psychiatrique une place centrale. Nous avons en quelque sorte \u00e0 rattraper par la pens\u00e9e ce que notre culture a bel et bien enregistr\u00e9 dans son fonctionnement quotidien. Pensons seulement \u00e0 l\u2019omnipr\u00e9sence des cat\u00e9gories psychiatriques dans la culture quotidienne de nos contemporains et plus particuli\u00e8rement des plus jeunes d\u2019entre nous : \u00ab il est d\u00e9prim\u00e9 \u00bb, \u00ab c\u2019est un parano \u00bb, \u00ab il est un peu schizo \u00bb, \u00ab un peu psycho le type \u00bb, \u00ab non mais, j\u2019hallucine \u00bb, \u00ab tu d\u00e9lires compl\u00e8tement \u00bb. Pensons, dans un autre registre, \u00e0 la quantit\u00e9 de films et de s\u00e9ries qui mettent en sc\u00e8ne la folie ordinaire et extraordinaire. Puisque nous sommes \u00e0 Namur, je n\u2019en prends qu\u2019un auquel j\u2019ai personnellement consacr\u00e9 une longue analyse, \u00ab C\u2019est arriv\u00e9 pr\u00e8s de chez vous \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question que l\u2019on peut se poser \u00e0 ce stade de la r\u00e9flexion, c\u2019est : pourquoi seulement deux si\u00e8cles ? Et pourquoi 1800 ? L\u2019humanit\u00e9 existe depuis au moins 100000 ans. L\u2019humanit\u00e9 ancienne \u00e9tait-elle constitutivement diff\u00e9rente de la n\u00f4tre ? Je ne le pense pas. Mais elle existait dans un autre cadre m\u00e9taphysique que le n\u00f4tre, ce que d\u00e9signe pr\u00e9cis\u00e9ment le mot de religion ou celui d\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie. L\u2019humanit\u00e9 ancienne n\u2019entrait en rapport avec elle-m\u00eame que via le d\u00e9tour d\u2019un dehors de l\u2019humain, que ce dehors prenne la figure des anc\u00eatres, de la nature, du cosmos, des dieux. Et c\u2019est dans ce vaste r\u00e9servoir de l\u2019invisible qu\u2019elle puisait les ressources lui permettant de conjurer sa folie constitutive. C\u2019est la culture, de part en part sous la d\u00e9pendance de cet autre monde, qui lui assurait la circulation entre ces polarit\u00e9s folles en l\u2019emp\u00eachant de s\u2019enfermer dans un de ces p\u00f4les antagonistes.<br \/>\nEn d\u2019autres mots, les cultures traditionnelles pr\u00e9sentaient sur le mode de la r\u00e9ponse ce que notre culture ne peut plus envisager que sur le mode du probl\u00e8me et de la question. Pourquoi est-ce sur moi, et sur moi seul, que ce malheur s\u2019est abattu ? Cela n\u2019arrive qu\u2019\u00e0 moi\u2026 Eh bien, dans le monde ancien, la parano\u00efa victimaire dont notre monde est aujourd\u2019hui le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait promptement conjur\u00e9e. L\u2019\u00e9preuve priv\u00e9e, inassimilable et litt\u00e9ralement priv\u00e9e de sens dans l\u2019ordre priv\u00e9, \u00e9tait d\u2019embl\u00e9e r\u00e9inscrite dans l\u2019ordre d\u2019une \u00e9preuve universelle : cela m\u2019arrive \u00e0 moi parce que les anc\u00eatres qui ont tout d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 l\u2019origine l\u2019ont voulu ainsi, parce que l\u2019esprit d\u2019un mort que l\u2019on n\u2019\u00e9tait pas parvenu \u00e0 \u00e9carter est revenu hanter son ancienne demeure, parce que c\u2019est la volont\u00e9 de Dieu, \u2026 Je souligne le point. Ce n\u2019est pas la nature m\u00eame de l\u2019exp\u00e9rience qui diff\u00e8re, c\u2019est la possibilit\u00e9 de la resituer dans l\u2019ordre de l\u2019universel, de l\u2019objectif, de l\u2019impersonnel. Ce qui est pathog\u00e8ne, c\u2019est le sentiment de l\u2019incommensurable o\u00f9 se voit acculer l\u2019individu hypermoderne face \u00e0 de semblables \u00e9preuves.<br \/>\nDans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, comment ne pas faire remarquer le r\u00f4le conjuratoire qu\u2019exerce la scansion collective ritualis\u00e9e du temps par rapport aux \u00e9tats maniaques et m\u00e9lancoliques. C\u2019est une id\u00e9e souvent d\u00e9velopp\u00e9e par Durkheim dans ses travaux sur la religion. J\u2019en cite un court extrait : \u00ab En r\u00e9sum\u00e9, les deux p\u00f4les de la vie religieuse correspondent aux deux \u00e9tats oppos\u00e9s par lesquels passe toute vie sociale. Il y a entre le sacr\u00e9 faste et le sacr\u00e9 n\u00e9faste le m\u00eame contraste qu\u2019entre les \u00e9tats d\u2019euphorie et de dysphorie collective (\u2026). Les sentiments mis en commun varient de l\u2019extr\u00eame abattement \u00e0 l\u2019extr\u00eame all\u00e9gresse, de l\u2019irritation douloureuse \u00e0 l\u2019enthousiasme extatique mais, dans tous les cas, il y a communion des consciences et r\u00e9confort mutuel par suite de cette communion \u00bb . R\u00e9confort mutuel : on ne peut mieux d\u00e9finir, je pense, le r\u00f4le th\u00e9rapeutique, pr\u00e9ventif et je le r\u00e9p\u00e8te conjuratoire des cultures traditionnelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il revient \u00e0 Gladys Swain d\u2019avoir d\u00e8s 1974 dans sa th\u00e8se de doctorat \u00ab Le sujet de la folie \u00bb reconstitu\u00e9 minutieusement l\u2019\u00e9v\u00e9nement inaugural de cette r\u00e9volution dans l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;homme. La naissance de la psychiatrie ne proc\u00e8de pas comme l\u2019avait \u00e9crit Michel Foucault dans sa magistrale \u00ab Histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique \u00bb d\u2019un geste d\u2019exclusion de la folie accompagnant la mont\u00e9e en puissance de la raison. Foucault s\u2019est content\u00e9 d\u2019une lecture superficielle des trait\u00e9s fondateurs de Pinel et de son disciple Esquirol et a ainsi magnifiquement rat\u00e9 la d\u00e9couverte \u00e0 partir de laquelle va se transformer de part en part notre image du fou. Elle proc\u00e8de de l\u2019observation de ce que l\u2019on appelait alors des \u00ab folies avec conscience \u00bb ou des \u00ab manies intermittentes \u00bb. Le ressort de la d\u00e9couverte est celui-ci : si tels patients sont atteints de manie pendant un mois et redeviennent normaux tout le reste de l\u2019ann\u00e9e, o\u00f9 donc \u00e9tait pass\u00e9e la raison pendant ces semaines de fureur ? On voit le r\u00f4le que joue la la\u00efcisation dans l\u2019affaire. Elle jette un interdit sur le recours \u00e0 une explication par l\u2019invisible surnaturel qui aurait fait l\u2019affaire jusque l\u00e0 : c\u2019est un d\u00e9mon ou le D\u00e9mon qui s\u2019est empar\u00e9 de son \u00e2me. Le fou n\u2019a donc pas perdu la raison, elle s\u2019est peut-\u00eatre \u00e9clips\u00e9e mais elle n\u2019a pas pour autant disparu. On est sorti l\u00e0 du registre ancien de la d\u00e9raison pour entrer dans celui du clivage, de la division, de la contradiction dans la raison comme le formulera le plus grand philosophe de l\u2019\u00e9poque, Hegel, qui, tr\u00e8s clairvoyant sur l\u2019enjeu philosophique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 cette affaire de tr\u00e8s pr\u00e8s.<br \/>\nIl faudra un si\u00e8cle pour que ce nouveau sch\u00e8me arrive \u00e0 maturit\u00e9. Je ne peux retracer ici les \u00e9tapes de ce parcours qui va de Pinel \u00e0 Freud. Je vous renvoie au livre de Gladys Swain et plus particuli\u00e8rement \u00e0 la longue pr\u00e9face r\u00e9dig\u00e9e par Marcel Gauchet \u00e0 l\u2019occasion de la sortie de la seconde \u00e9dition du livre en 1997, 4 ans apr\u00e8s la mort de Gladys Swain. En un mot : si la dissociation, le clivage, la division, le conflit sont plus que jamais en 1900 au c\u0153ur de la compr\u00e9hension de l\u2019\u00e2me humaine qui se forge \u00e0 partir de la pathologie, c\u2019est le lieu m\u00eame o\u00f9 se d\u00e9roulent ces op\u00e9rations qui a chang\u00e9. Exit donc la raison des philosophes, le travail r\u00e9flexif de l\u2019\u00e2me sur elle-m\u00eame s\u2019effectue dans une ignorance fonci\u00e8re et structurelle d\u2019elle-m\u00eame, en dehors de la conscience et de la volont\u00e9. Il op\u00e8re, le mot ne nous a plus l\u00e2ch\u00e9s depuis lors, dans l\u2019inconscient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au terme de ce d\u00e9tour par l\u2019histoire de la folie, je voudrais revenir en conclusion sur la question des journalistes par laquelle j\u2019ai commenc\u00e9 cet expos\u00e9. Peut-\u00eatre ne disposons-nous pas \u00e0 proprement parler d\u2019une explication de la mont\u00e9e en puissance de la r\u00e9ponse d\u00e9pressive dans les soci\u00e9t\u00e9s hypermodernes, celle-ci serait \u00e0 \u00e9difier. J\u2019emprunte le terme de r\u00e9ponse d\u00e9pressive au livre de Daniel Widl\u00f6cher \u00ab Les logiques de la d\u00e9pression \u00bb publi\u00e9 en 1983. Il repr\u00e9sente la derni\u00e8re tentative pour produire une explication th\u00e9orique int\u00e9gr\u00e9e, biopsychologique, de la d\u00e9pression. Mais, comme vous le savez, l\u2019id\u00e9e de r\u00e9ponse d\u00e9pressive qu\u2019il avance ne s\u2019est pas impos\u00e9e, elle n\u2019a pas fait \u00e9cole. L\u2019ann\u00e9e 1983, date de la publication du livre de Widl\u00f6cher, est aussi celle de la traduction fran\u00e7aise du D.S.M., qui est devenu depuis lors la r\u00e9f\u00e9rence nosographique mondiale, avec tous les probl\u00e8mes et les inconv\u00e9nients que vous connaissez, notamment celui, entre autres, de faire passer pour insignifiante et sans int\u00e9r\u00eat toute tentative de compr\u00e9hension.<br \/>\nJe ne pr\u00e9tends donc pas, je le r\u00e9p\u00e8te, apporter une explication en bonne et due forme. Je voudrais au moins plus modestement vous avoir fait comprendre ce qui nous emp\u00eache d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une compr\u00e9hension fut-elle minimale de notre probl\u00e8me. Il y a certes d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la DSMisation compl\u00e8te de la nosographie psychiatrique mais il y a aussi, et peut-\u00eatre surtout, l\u2019\u00e9chec de la d\u00e9marche psychanalytique \u00e0 rendre compte des transformations du champ psychopathologique qui ont accompagn\u00e9 l\u2019entr\u00e9e dans ce que j\u2019ai appel\u00e9 l\u2019\u00e8re de la folie normale.<br \/>\nJe prends un exemple de cet \u00e9chec en dehors de la psychanalyse proprement dite. Il en est d\u2019autant plus parlant. Il d\u00e9montre que si la synth\u00e8se \u00e9labor\u00e9e par Freud pour rendre compte de l\u2019organisation du champ psychopathologique a termin\u00e9 sa course apr\u00e8s avoir r\u00e9gn\u00e9 pendant pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle, elle n\u2019en continue pas moins d\u2019exercer de puissants effets retards sur les esprits. Il s\u2019agit de l\u2019essai de mon coll\u00e8gue sociologue Alain Ehrenberg, que vous connaissez s\u00fbrement tant il a \u00e9t\u00e9 largement cit\u00e9 et approuv\u00e9 dans les milieux psy, \u00ab La fatigue d\u2019\u00eatre soi. D\u00e9pression et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, publi\u00e9 chez Odile Jacob en 1998. Entendons-nous bien : le livre fourmille d\u2019observations et d\u2019analyses int\u00e9ressantes mais il rate l\u2019essentiel. En faisant de la d\u00e9pression une revanche de Janet sur Freud, c\u2019est-\u00e0-dire, une revanche de la psychasth\u00e9nie sur la n\u00e9vrose dont il annonce le cr\u00e9puscule, il donne l\u2019impression qu\u2019une nouvelle synth\u00e8se pourrait \u00eatre \u00e9difi\u00e9e en se contentant de d\u00e9placer l\u00e9g\u00e8rement le curseur, du conflit psychique probl\u00e9matis\u00e9 par Freud \u00e0 la faiblesse psychique mise en \u00e9vidence par Janet. Pas de moyen plus s\u00fbr, en fait, de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qui est jeu dans cette remise en question de la synth\u00e8se freudienne : au premier chef, une prise en compte structurelle de la psychose. En d\u00e9finitive, le sociologue ne s\u2019\u00e9loigne pas vraiment ici des tentatives pr\u00e9c\u00e9dentes visant \u00e0 inscrire la psychose dans une psychogen\u00e8se de l\u2019individu d\u2019ob\u00e9dience freudienne, que celle-ci soit consciente ou inconsciente. Inconsciente chez Bateson, nous l\u2019avons vu, quand il cherche \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019origine de la schizophr\u00e9nie dans ce que mon ami Bernard Fourez appelle la \u00ab personnalit\u00e9 psycho-familiale \u00bb, consciente chez Lacan quand, sous le signe du retour \u00e0 Freud, il rapporte le fait psychotique \u00e0 ce qu\u2019il nomme la forclusion du nom du p\u00e8re, une sorte de super refoulement o\u00f9 le moi se comporte comme si la repr\u00e9sentation insupportable ne lui \u00e9tait jamais parvenue avec pour cons\u00e9quence que celle-ci revient sous forme de confusion hallucinatoire. C\u2019est \u00e9videmment \u00e0 mon sens de toute autre chose, j\u2019ai tent\u00e9 de le montrer, qu\u2019il s\u2019agit dans la psychose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De quelque chose, entre autres, et je voudrais terminer par l\u00e0, qui me tient particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur : le probl\u00e8me, fondamental s\u2019il en est, de l\u2019articulation de l\u2019individuel et du collectif que le mouvement d\u2019individualisation radicale de nos soci\u00e9t\u00e9s a totalement recouvert. Il est de naissance le probl\u00e8me de la sociologie dont le livre inaugural, \u00ab Le suicide \u00bb d\u2019Emile Durkheim, 1897, peut se lire comme un essai relevant d\u2019une clinique de l\u2019anthropologie. La clinique des psychoses est en effet un point d\u2019appui indispensable et peut-\u00eatre le point d\u2019appui principal pour reprendre sur de nouvelles bases le probl\u00e8me de l\u2019articulation individuel-collectif. Car si la psychanalyse, comme th\u00e9orie de la personne, et de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la personne, repr\u00e9sente un apport crucial sur cette question, en montrant comment le fonctionnement individuel ne se con\u00e7oit qu\u2019en soci\u00e9t\u00e9, elle ne rend pas compte du fonctionnement m\u00eame des collectivit\u00e9s humaines, de leur consistance et de leur mode d\u2019\u00eatre propre. Celui-ci, me semble-t-il, rel\u00e8ve du politique, c\u2019est-\u00e0-dire des structures par lesquelles s\u2019exerce la r\u00e9flexivit\u00e9 sociale qui met les soci\u00e9t\u00e9s humaines en rapport avec elles-m\u00eames.<br \/>\nEt, disons-le brutalement, sous r\u00e9serve de d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs, il me semble suicidaire et proprement aberrant d\u2019\u00e9carter la question du politique de notre r\u00e9flexion sur les pathologies mentales. Vous m&rsquo;excuserez de me livrer maintenant \u00e0 quelques essais de clinique sauvage. Je ne sais pas si vous avez beaucoup d\u2019enseignants parmi vos patients. J\u2019en ai \u00e9t\u00e9 un -enseignant non pas patient- pendant 25 ans et je sais de l\u2019int\u00e9rieur que la d\u00e9pression des enseignants a surtout \u00e0 voir avec la faillite actuelle des institutions \u00e9ducatives, sur le plan symbolique bien s\u00fbr, je ne parle pas d\u2019\u00e9conomie. Ce sont des questions \u00e0 propos desquelles ni les recherches sur le cerveau ni une psychogen\u00e8se de type freudien ou lacanien ne sont susceptibles de nous sortir du brouillard.<br \/>\nCe n\u2019est pas le cas des psychoses en tant qu\u2019elles mettent en jeu directement dans le fonctionnement de l\u2019\u00eatre-soi individuel les principaux \u00e9l\u00e9ments du politique. Elles sont en quelque sorte les r\u00e9pondants psychologiques de l\u2019\u00eatre-ensemble politique. Elles mettent en pleine lumi\u00e8re ce qui est devenu pour nous le probl\u00e8me le plus myst\u00e9rieux, l\u2019\u00e9nigme par excellence \u00e0 tenter de percer : l\u2019ancrage de la soci\u00e9t\u00e9 au plus intime de notre \u00eatre individuel. Comme Marcel Gauchet qui m\u2019a mis sur cette voie, je pense que l\u2019avenir est l\u00e0 . Il est dans le croisement \u00e0 op\u00e9rer entre l\u2019entr\u00e9e clinique par la psychose et l\u2019entr\u00e9e th\u00e9orique par le politique. D\u2019accord donc pour proclamer comme Francis Martens, que je citais tout \u00e0 l\u2019heure, qu\u2019il faut \u00ab changer la soci\u00e9t\u00e9 pour contrer la consommation d\u2019antid\u00e9presseurs \u00bb. Mais que veut-on dire exactement par l\u00e0 ? Je propose quant \u00e0 moi de donner un contenu pr\u00e9cis \u00e0 ce changement : il s\u2019agit avant toute chose de red\u00e9couvrir le politique.<br \/>\nQu\u2019est-ce qui pour l\u2019essentiel le constitue ? Trois ingr\u00e9dients primordiaux : le pouvoir, le conflit, la norme. Correctement d\u00e9finis -ils rel\u00e8vent du lien politique, non de la relation entre individus- ces trois \u00e9l\u00e9ments circonscrivent les principales conditions de possibilit\u00e9 de l\u2019\u00eatre-ensemble. Ils sont d\u2019ordre transcendantal. Ils repr\u00e9sentent les trois dimensions irr\u00e9ductibles et sp\u00e9cifiques qui font que les soci\u00e9t\u00e9s humaines, \u00e0 la diff\u00e9rence des soci\u00e9t\u00e9s animales, disposent d\u2019elles-m\u00eames, se r\u00e9fl\u00e9chissent en acte et se gouvernent. A travers le pouvoir se manifeste l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 d\u2019un seul appel\u00e9 \u00e0 parler pour tous ; \u00e0 travers le conflit, la mise en question de ce qui vaut pour tous ; \u00e0 travers la norme, le devoir \u00eatre qui s\u2019impose identiquement \u00e0 tous et cr\u00e9e ainsi un monde commun.<br \/>\nOr nous pouvons rapporter terme \u00e0 terme chacune des psychoses \u00e0 un des \u00e9l\u00e9ments du politique. Il n\u2019y aurait pas de parano\u00efaques s\u2019il n\u2019y avait pas de pouvoir. Il n\u2019y aurait pas de schizophr\u00e8nes si nous vivions dans un univers sans conflit. Il n\u2019y aurait pas de d\u00e9prim\u00e9s ni de maniaques si l\u2019\u00e9dification d\u2019un monde commun ne supposait l\u2019imposition d\u2019une r\u00e8gle valable pour tous dont le m\u00e9lancolique, je cite Marcel Gauchet, \u00ab se croit le seul \u00e0 supporter le poids tandis que le maniaque s\u2019en croit le seul exempt\u00e9 \u00bb. C\u2019est une large gamme de faits psychologiques et de faits sociaux qui pourrait s\u2019\u00e9clairer si nous voulions repartir de ce mod\u00e8le de base, la clinique des psychoses servant en quelque sorte \u00e0 \u00e9tayer la th\u00e9orie du politique comme la clinique psychanalytique permet d\u2019\u00e9tayer la th\u00e9orie de l\u2019individuation psychique (et, dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, la clinique des aphasies la th\u00e9orie de la m\u00e9diation de Jean Gagnepain). De plus, comme c\u2019est le cas dans tous les domaines, seul un mod\u00e8le th\u00e9orique appropri\u00e9 nous permettrait d\u2019\u00e9viter des erreurs de diagnostic comme celles que je relevais chez Ehrenberg.<br \/>\nQue la d\u00e9pression ait \u00e0 voir avec la question de l\u2019id\u00e9al, de la norme, et non du conflit, comme le sugg\u00e8re Ehrenberg, cela me semble \u00e9vident dans le cas par exemple des enseignants. Non seulement, ils doivent faire le deuil de l\u2019id\u00e9al d&rsquo; \u00e9ducation qui est leur raison d&rsquo;\u00eatre principale mais il leur est impossible de se reconna\u00eetre dans les r\u00e8gles que leur imposent les instances \u00e9ducatives officielles.<br \/>\nSi l\u2019on veut par contre rep\u00e9rer les formes cliniques que prend le d\u00e9clin du conflit, un fait mentionn\u00e9 \u00e0 juste titre par Ehrenberg, c\u2019est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la schizophr\u00e9nie qu\u2019il faut aller les chercher. En pr\u00e9parant cet expos\u00e9, j\u2019ai eu le sentiment d\u2019enfin comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne massif que tous les professeurs d\u2019universit\u00e9 ont enregistr\u00e9 avec une profonde perplexit\u00e9 vers le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Les copies d\u2019examen de leurs \u00e9tudiants \u00e9taient bourr\u00e9es de contradictions logiques. Ils n\u2019h\u00e9sitaient pas, \u00e0 quelques lignes de distance, \u00e0 affirmer une chose et son contraire, sans se soucier le moins du monde du caract\u00e8re auto-contradictoire de leurs \u00e9nonc\u00e9s. Le rem\u00e8de paraissait simple : il faut d\u2019urgence, nous disait-on, multiplier les cours de logique, appeler \u00e0 la rescousse Aristote et ses syllogismes. Eh bien non, je pense qu\u2019ils \u00e9taient tout simplement schizophr\u00e8nes par d\u00e9valorisation radicale du conflit.<br \/>\nEst-il besoin enfin -je ne m&rsquo;\u00e9tends pas sur la question qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement comprise- dans le pays qui a connu le climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de l\u2019affaire Dutroux de 1996 \u00e0 1999, de sugg\u00e9rer le lien qui relie la tonalit\u00e9 franchement parano\u00efaque de ces \u00e9pisodes victimaires avec le sentiment d&rsquo;impuissance et d&rsquo;absurdit\u00e9 o\u00f9 la \u00ab crise belge \u00bb plonge les citoyens ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, il y aura toujours des enseignants d\u00e9prim\u00e9s, des citoyens paranos, des \u00e9tudiants schizos. Cela ne devrait cependant pas nous emp\u00eacher de red\u00e9finir s\u00e9rieusement l\u2019id\u00e9al \u00e9ducatif, dans ses finalit\u00e9s et ses moyens, de donner aux citoyens une image un peu plus consistante du pouvoir et aux \u00e9tudiants une vision un peu plus positive du conflit.<br \/>\nJe vous remercie.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Jean-Marie Lacrosse<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Discussion<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me contenterai de r\u00e9pondre ici aux objections que m&rsquo;a faites le docteur Jean-Paul Roussaux. Elles me semblent tenir pour l&rsquo;essentiel en ceci : pourquoi faire reposer toute la charge de la \u00ab folie normale \u00bb sur les psychoses ? Les n\u00e9vroses ne sont-elles pas en leur genre aussi r\u00e9v\u00e9latrices ?<br \/>\nBien s\u00fbr mais elles r\u00e9v\u00e8lent autre chose. La primaut\u00e9 donn\u00e9e aux psychoses est li\u00e9e \u00e0 la primaut\u00e9 du politique. Si l&rsquo;on s&rsquo;accorde sur cette primaut\u00e9, on peut, me semble-t-il, faire de la question des psychoses une sorte d&rsquo;infrastructure du psychique ou, si l&rsquo;on tient \u00e0 conserver le statut infrastructurel du corps, du sexuel, de l&rsquo;enfance, en faire une \u00ab infrastructure de l&rsquo;infrastructure \u00bb. Autrement dit faire subir \u00e0 Freud le m\u00eame sort qu&rsquo;\u00e0 Marx.<br \/>\nIl n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de souligner la puissante illusion, appelons-la l&rsquo;illusion c\u00e9nesth\u00e9sique, dont est victime l&rsquo;individu contemporain. Pour lui, le soi naturel est premier parce que c&rsquo;est le plus concret, le plus singulier, le plus intime alors que le soi politique semble abstrait, g\u00e9n\u00e9ral, commun. On ne peut se d\u00e9prendre de l&rsquo;illusion que par la r\u00e9flexion historique : imaginons un instant que je suis un yanomami, un inca, un persan de l&rsquo;\u00e2ge axial. Il devient clair alors que la subjectivit\u00e9 individuelle est d\u00e9termin\u00e9e par l&rsquo;appartenance politique. Qu&rsquo;il y a dans ma \u00ab pr\u00e9sence \u00e0 soi \u00bb une \u00ab absence \u00e0 soi \u00bb qui est en fait pour une large part ma pr\u00e9sence ignor\u00e9e, irr\u00e9fl\u00e9chie, \u00e0 l&rsquo;ensemble. L&rsquo;illusion individualiste est en fait l&rsquo;envers exact de l&rsquo;illusion religieuse. Nous ne sommes h\u00e9las sortis de l&rsquo;une que pour tomber dans l&rsquo;autre.<br \/>\nQu&rsquo;\u00e0 la rigueur on utilise le mot \u00ab relationnel \u00bb plut\u00f4t que le mot \u00ab politique \u00bb peut sembler indiff\u00e9rent, ne cherchons pas de fausses querelles de mots. Mais il est extr\u00eamement ambigu. La relation \u00e0 autrui ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose que la relation \u00e0 l&rsquo;ensemble. De plus, cette tripartition, relation \u00e0 soi, relation \u00e0 l&rsquo;autre, relation \u00e0 l&rsquo;ensemble rend compte de fa\u00e7on commode de la tripartition du champ psychopathologique, \u00e0 conserver \u00e0 mon sens : psychoses, perversions, n\u00e9vroses. Elle fonde aussi la tripartition du registre moral dans la modernit\u00e9, morale individuelle (de l&rsquo;authenticit\u00e9), morale interindividuelle (de la r\u00e9ciprocit\u00e9), et morale civique (du bien commun). Il me semble que l&rsquo;on y verrait ainsi un peu plus clair dans ce domaine. Sans \u00e9luder des difficult\u00e9s comme celle-ci : ne sont-ce pas finalement les m\u00eames structures fondamentales qui interviennent aux trois niveaux, le pouvoir, le conflit, la norme tout en se pr\u00e9sentant diff\u00e9remment \u00e0 chacun d&rsquo;entre eux. A suivre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est la retranscription de la conf\u00e9rence donn\u00e9e par Jean-Marie Lacrosse \u00e0 La Marlagne \u00e0 W\u00e9pion le 13 octobre 2011 dans le cadre d&rsquo;un colloque intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Ecosyst\u00e8mes humains &#8211; rythmes biologiques et d\u00e9pression\u00a0\u00bb organis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion de la Journ\u00e9e &hellip; <a href=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1024\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-1024","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1024","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1024"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1024\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1790,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1024\/revisions\/1790"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1024"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1024"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1024"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}