{"id":1148,"date":"2012-12-26T16:22:57","date_gmt":"2012-12-26T14:22:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1148"},"modified":"2014-04-16T12:13:34","modified_gmt":"2014-04-16T10:13:34","slug":"mark-zuckerberg-psychanalyse-par-david-fincher-borderline-ou-hyper-contemporain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1148","title":{"rendered":"Mark Zuckerberg psychanalys\u00e9 par David Fincher : borderline ou hyper-contemporain ?"},"content":{"rendered":"<p><em>Article \u00e9crit par H\u00e9l\u00e8ne Lacrosse et publi\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/projeunes.be\/pjs_PDF\/ProJ_revue\/ProJ_04_web.pdf\" target=\"_blank\">Pro J, n\u00b04, d\u00e9cembre 2012-f\u00e9vrier 2013<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Le film<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>The Social Network<\/em> retrace l&rsquo;aventure du r\u00e9seau social Facebook, de ses d\u00e9buts en 2003, jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 le site franchit le cap du million d&rsquo;utilisateurs inscrits, en 2005.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le film commence dans un bar estudiantin sur le campus de Harvard. Mark Zuckerberg, \u00e9tudiant en informatique, et Erika, sa petite amie, sont sur le point de rompre. La discussion est tr\u00e8s anim\u00e9e, les phrases et l&rsquo;humour fusent, quand Erika annonce abruptement \u00e0 Mark qu&rsquo;elle le largue. Mark rentre dans sa chambre d&rsquo;\u00e9tudiant pour annoncer imm\u00e9diatement sur son blog qu&rsquo; <em>\u00ab\u00a0Erika Albright est une p\u00e9tasse\u00a0\u00bb <\/em>et qu&rsquo;elle porte des soutiens-gorge rembourr\u00e9s. Il passe ensuite toute la nuit \u00e0 pirater les bases de donn\u00e9es de Harvard pour cr\u00e9er un site, <em>Facemash,<\/em> sur lequel les \u00e9tudiants peuvent classer les filles du campus, de la plus moche \u00e0 la plus canon. Cette op\u00e9ration a un tel succ\u00e8s (22.000 connexions en 2 heures) qu&rsquo;il provoque une saturation du r\u00e9seau informatique de Harvard. Suite \u00e0 cela, Mark Zuckerberg doit se pr\u00e9senter devant un conseil de discipline parce qu&rsquo;il est accus\u00e9 d&rsquo;avoir viol\u00e9 intentionnellement la s\u00e9curit\u00e9, les droits de reproduction et le respect de la vie priv\u00e9e.\u00a0Il est forc\u00e9 de pr\u00e9senter ses excuses \u00e0 diff\u00e9rentes associations, notamment \u00e0 l&rsquo;association des \u00e9tudiants latinos (Fuerza Latina), ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;association des femmes noires de Harvard (ABHW), parce que celles-ci se sentent discrimin\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est suite \u00e0 ses exploits de piratage informatique que Mark est approch\u00e9 par deux fr\u00e8res jumeaux, Cameron et Tyler Winklevoss, qui ont comme projet de r\u00e9aliser un r\u00e9seau social en ligne pour les \u00e9tudiants de Harvard. Attir\u00e9s par les talents de programmeur de Mark, ils lui proposent de coop\u00e9rer \u00e0 leur projet. Pendant plusieurs semaines, Mark fait croire aux jumeaux qu&rsquo;il travaille pour eux, alors qu&rsquo;il est en fait occup\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper sa propre version du projet. Quarante-deux jours apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 par les fr\u00e8res Winklevoss, Mark met en ligne sa version de r\u00e9seau social \u00ab\u00a0The Facebook\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le film retrace toute cette p\u00e9riode de cr\u00e9ation du site et de son extension ult\u00e9rieure sous la forme d&rsquo;un proc\u00e8s o\u00f9 les fr\u00e8res Winklevoss accusent Mark d&rsquo;avoir plagi\u00e9 leur concept. A la table des accusateurs se trouve \u00e9galement Eduardo Saverin, le meilleur ami de Mark, cofondateur de la soci\u00e9t\u00e9 Facebook. Il r\u00e9clame sa part du g\u00e2teau apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre fait habilement \u00e9jecter de la soci\u00e9t\u00e9 par un tour de passe-passe juridique. Comme le remarque un internaute : <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>M\u00eame si le fil conducteur du film est une conciliation, m\u00eame si celle-ci prend place dans les bureaux impersonnels de ce que l\u2019on imagine \u00eatre une firme d\u2019avocats et non pas dans un pr\u00e9toire, The Social Network est un film de proc\u00e8s, avec les codes habituels du genre : joutes verbales cisel\u00e9es, bluff, flashbacks qui bousculent la chronologie, petites phrases assassines et mise \u00e0 nu des bellig\u00e9rants (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/em>(1)<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le temps r\u00e9el de la narration est bien celui d&rsquo;un affrontement entre les diff\u00e9rentes parties, le film est cependant compos\u00e9 majoritairement de flashbacks. Ces flashbacks nous montrent notamment comment la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;est pos\u00e9 la question de sa mon\u00e9tisation, cr\u00e9ant le point de dissension entre les protagonistes, Mark et Eduardo. On y voit \u00e9galement comment Sean Parker, le fondateur de Napster, a particip\u00e9 activement au d\u00e9veloppement de Facebook, servant en quelque sorte de gourou \u00e0 Mark. Le film se termine lorsque la soci\u00e9t\u00e9 Facebook atteint le million d&rsquo;utilisateurs. Eduardo a \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9. Sean Parker se fait arr\u00eater par la police le soir m\u00eame en possession de drogues et en compagnie d&rsquo;une stagiaire mineure. Puis retour sur les lieux du proc\u00e8s o\u00f9 une avocate fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9e conseille \u00e0 Mark de capituler et de payer ses adversaires, en \u00e9change d&rsquo;une clause de confidentialit\u00e9. Mark se retrouve finalement seul dans ce bureau impersonnel ; il envoie une invitation \u00e0 son ancienne petite amie, Erika, pour devenir son <em>ami<\/em> sur Facebook.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Une \u00e9tude de cas psychologique<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que je voudrais faire ici, c&rsquo;est analyser le personnage de Mark Zuckerberg tel qu&rsquo;il apparait \u00e0 travers les yeux de David Fincher. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une sorte d&rsquo;\u00e9tude de cas psychologique. Entendons-nous bien cependant sur ce que veut dire \u00ab\u00a0psychologique\u00a0\u00bb. Elle est certes celle d&rsquo;un individu particulier &#8211; Mark Zuckerberg &#8211; mais aussi le reflet d&rsquo;une psychologie collective, produit des transformations historiques que nous vivons aujourd&rsquo;hui. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;en articulant ces deux dimensions, la dimension individuelle et la dimension collective, donc historique, que peut \u00eatre mise en \u0153uvre et en sc\u00e8ne une psycho-analyse digne de ce nom.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commen\u00e7ons cette analyse sous forme de clin d&rsquo;\u0153il par une tentative d&rsquo;intrusion imaginaire dans le monde int\u00e9rieur et subjectif du personnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Je m&rsquo;appelle Mark Zuckerberg. A 28 ans, je suis le plus jeune milliardaire de l&rsquo;histoire. Ma fortune est estim\u00e9e aujourd&rsquo;hui \u00e0 17,5 milliards de dollars.\u00a0 J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en 2010 \u00ab\u00a0personnalit\u00e9 de l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0\u00bb par le Time Magazine. A Halloween, les gosses se baladent avec des d\u00e9guisements me repr\u00e9sentant. J&rsquo;ai fait une apparition en tant que personnage dans les Simpson, et un film a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 sur mon histoire. C&rsquo;est de ce film que je vais vous parler. Les faits que rapporte ce film sont vrais, mais les caract\u00e8res des personnages ne collent pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Voici comment les choses se sont r\u00e9ellement pass\u00e9es\u00a0\u00bb <\/em>:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout a commenc\u00e9 au Thirsty Scholar Club, quand Erika, mon ex, a insinu\u00e9 que je n&rsquo;\u00e9tais pas assez bien pour entrer dans le meilleur Final Club de Harvard. C&rsquo;est une plouque. Elle ne fait pas assez d&rsquo;efforts pour se distinguer. Ca ne suffit pas d&rsquo;\u00eatre un peu mignonne et gentille pour r\u00e9ussir. Je vous jure, c&rsquo;\u00e9tait la rupture la plus vulgaire de l&rsquo;histoire du Thirsty ! Elle m&rsquo;a plant\u00e9 l\u00e0, sans finir sa bi\u00e8re, avec tous ces gens autour de nous. Je ne sais m\u00eame plus pourquoi. Susceptibilit\u00e9 f\u00e9minine. Elle s&rsquo;est sentie diminu\u00e9e parce que je lui ai dit que je lui ferais rencontrer des gens hors de sa port\u00e9e. Ce n&rsquo;est pas mon probl\u00e8me si elle se sent inf\u00e9rieure. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;elle aurait pu m&rsquo;\u00eatre utile, elle plaisait bien, elle avait la cote. Mais aucun humour ! Elle ne m&rsquo;a jamais pardonn\u00e9 le fait que j&rsquo;\u00e9crive un truc sur ses seins sur la page de mon blog. J&rsquo;\u00e9tais \u00e9nerv\u00e9. J&rsquo;ai \u00e9crit \u00e7a sous le coup d&rsquo;une impulsion. C&rsquo;est quand m\u00eame elle qui m&rsquo;a largu\u00e9 ! Pour oublier, je me suis amus\u00e9 \u00e0 r\u00e9pertorier les photos des meufs de Harvard pour les comparer entre elles. D&rsquo;ailleurs, dans le film, ils font croire que ce n&rsquo;est pas mon id\u00e9e. Faut pas d\u00e9conner, les id\u00e9es sont \u00e0 tout le monde, faut juste \u00eatre assez intelligent pour \u00eatre le premier \u00e0 les d\u00e9velopper. Et c&rsquo;est ce que j&rsquo;ai fait pour Facemash. Franchement, je ne pensais pas que \u00e7a cr\u00e9erait un buzz pareil. On m&rsquo;a accus\u00e9 de violer la s\u00e9curit\u00e9 et la vie priv\u00e9e des filles, mais on est tous responsables de ce qu&rsquo;on poste sur le net et surtout, de comment on le s\u00e9curise.\u00a0 Moi, par exemple, le conseil de discipline m&rsquo;a chop\u00e9 parce que j&rsquo;avais d\u00e9conn\u00e9 en bloguant en m\u00eame temps. Voil\u00e0, j&rsquo;assume. J&rsquo;ai fait une erreur. Ca n&rsquo;arrivera plus. Je saurai prot\u00e9ger mes arri\u00e8res \u00e0 l&rsquo;avenir. Les Final Clubs se targuent d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;\u00e9lite mais ils ne peuvent m\u00eame pas assurer la s\u00e9curit\u00e9 des photos de leurs membres. J&rsquo;ai mis le doigt sur leur point faible. Ils \u00e9taient has-been au niveau technologique. Ils ont compris. Et c&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;ils sont venus me chercher. Les Winklevoss et leur Final Club de fils \u00e0 papa ! Sauf qu&rsquo;ils ont essay\u00e9 de m&rsquo;entuber, les jumeaux. Ils voulaient me faire comprendre que je n&rsquo;\u00e9tais pas leur \u00e9gal, mais ils n&rsquo;auraient jamais pu faire le milli\u00e8me de ce que j&rsquo;ai fait avec Facemash. Leur id\u00e9e de base de r\u00e9seau social pour harvardiens \u00e9tait pas mal, mais \u00e7a manquait d&rsquo;envergure et de cr\u00e9ativit\u00e9. Ce qui compte, ce n&rsquo;est pas seulement d&rsquo;\u00eatre select. Il faut \u00eatre pragmatique. Tu m\u00e9langes l&rsquo;\u00e9thique aristocrate et le site de rencontre fun, \u00e7a c&rsquo;est cool ! Sean Parker l&rsquo;a bien compris. C&rsquo;est le seul mec qui vaille la peine d&rsquo;\u00eatre mentionn\u00e9 dans toute cette histoire. Le jour o\u00f9 on l&rsquo;a rencontr\u00e9, \u00e7a a infl\u00e9chi le sort de Facebook. On allait enfin jouer dans la cour des grands. Apr\u00e8s l&rsquo;avoir rencontr\u00e9, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;on allait s&rsquo;installer en Floride pour g\u00e9rer la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eduardo faisait tout pour me mettre des b\u00e2tons dans les roues. Il ne supportait pas que je sois le r\u00e9el\u00a0 inventeur de Facebook. Il \u00e9tait jaloux parce que j&rsquo;avais les \u00e9paules, et pas lui. Il ne comprenait pas que je voyais plus grand que tout ce qu&rsquo;il pouvait imaginer. Le seul qui me comprenait, c&rsquo;\u00e9tait Sean. Il fallait qu&rsquo;on se d\u00e9barrasse d&rsquo;Eduardo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand je pense \u00e0 ce coup de pute qu&rsquo;il nous a fait ! Je ne pourrai jamais lui pardonner. Bloquer les comptes de la soci\u00e9t\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait non seulement insens\u00e9 et dangereux, mais c&rsquo;\u00e9tait surtout pu\u00e9ril et minable. Il ne m\u00e9rite pas d&rsquo;\u00eatre mon associ\u00e9. En proc\u00e8s, il a dit devant tous les int\u00e9ress\u00e9s : <em>\u00ab\u00a0j&rsquo;\u00e9tais ton seul ami\u00a0\u00bb.\u00a0 <\/em>Il m&rsquo;humilie en public cet enfoir\u00e9 ! Sa part d&rsquo;actions a \u00e9t\u00e9 dilu\u00e9e de 30% \u00e0 0,03% J&rsquo;avoue qu&rsquo;on y a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 un peu fort. Mais c&rsquo;est pas de ma faute s&rsquo;il a march\u00e9. Il a \u00e9tudi\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie, non ? Il est cens\u00e9 pouvoir se d\u00e9fendre. Si t&rsquo;es pas suffisamment bon, tu cr\u00e8ves. C&rsquo;est la loi de la nature et c&rsquo;est la loi du march\u00e9. Y a pas de piti\u00e9 en business. C&rsquo;est comme pour Sean. Finalement, c&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un toxicomane parano qui pense qu&rsquo;\u00e0 faire la teuf et partouzer. Je lui parle plus, c&rsquo;est pas bon pour mon karma. Nos avocats s&rsquo;arrangent. Une chose est s\u00fbre, y a pas d&rsquo;amis en affaires ! \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Changeons maintenant la cam\u00e9ra de place et voyons comment Mark Zuckerberg serait d\u00e9crit dans une \u00e9tude clinique r\u00e9alis\u00e9e, par exemple, par son psychoth\u00e9rapeute. Bien s\u00fbr, le psychoth\u00e9rapeute en question c&rsquo;est le r\u00e9alisateur du film David Fincher et nous supposons que le film expose en quelque sorte les conclusions de son \u00e9tude clinique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Caract\u00e9ristiques physiques et psychologiques du personnage<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mark est un jeune blanc am\u00e9ricain d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, de corpulence et de taille moyenne. Il a les cheveux ch\u00e2tains boucl\u00e9s. Nous apprenons d\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne qu&rsquo;il souffre d&rsquo;un complexe d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 physique par rapport aux sportifs (notamment, ceux qui pratiquent l&rsquo;aviron) : Mark se vexe parce que sa copine lui dit qu&rsquo;elle trouve g\u00e9n\u00e9ralement sexy les hommes pratiquant un tel sport. Sur le plan du look, on notera que Mark a l&rsquo;air d&rsquo;un <em>nerd <\/em>typique: sweat-shirt \u00e0 capuche, shorts, baskets, sac \u00e0 dos. Pendant quasi tout le film, il porte une tenue d\u00e9contract\u00e9e, assez banale et passe-partout. Mark ne sourit que tr\u00e8s rarement. Il a souvent l&rsquo;air pr\u00e9occup\u00e9 et anxieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mark est d\u00e9brouillard, inventif, ambitieux. Il a le sens de l&rsquo;initiative et de l&rsquo;entreprenariat. C&rsquo;est souvent lui qui va vers les autres avec une proposition ou une id\u00e9e. Il est franc, direct, et n&rsquo;a pas froid aux yeux. Il ne se laisse pas marcher dessus ou intimider par plus puissant que lui. On peut dire aussi qu&rsquo;il est volontaire, intelligent et pers\u00e9v\u00e9rant. Il est tr\u00e8s exigeant et enti\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 sa cause.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a sans doute les d\u00e9fauts de ses qualit\u00e9s, car il a du mal \u00e0 laisser de la place \u00e0 ses associ\u00e9s. Ses rapports avec Eduardo laissent pr\u00e9sumer qu&rsquo;au-del\u00e0 du conflit d&rsquo;id\u00e9es, il y a une volont\u00e9 d&rsquo;\u00eatre au centre de l&rsquo;attention et de l&rsquo;admiration. Il est d&rsquo;ailleurs en recherche permanente de reconnaissance, comme l&rsquo;atteste sa volont\u00e9 constante de se d\u00e9marquer. Il est d&rsquo;une franchise qui tourne souvent \u00e0 l&rsquo;insolence et \u00e0 la grossi\u00e8ret\u00e9, non pas comme s&rsquo;il manquait d&#8217;empathie, mais plut\u00f4t comme s&rsquo;il \u00e9tait au-dessus des r\u00e8gles de politesse et des conventions sociales. Il est cependant tr\u00e8s egocentrique et narcissique. Il ne parle et ne r\u00e9fl\u00e9chit qu&rsquo;en fonction de lui. Il est tr\u00e8s manipulateur, dans le sens o\u00f9 les autres ne l&rsquo;int\u00e9ressent qu&rsquo;en rapport \u00e0 ce qu&rsquo;ils peuvent lui apporter. Il est \u00e9galement tr\u00e8s susceptible, limite parano\u00efaque : dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne, il soup\u00e7onne constamment Erika d&rsquo;insinuer des choses, il prend tr\u00e8s mal la rupture et se venge imm\u00e9diatement de mani\u00e8re impulsive. Il prendra ensuite tr\u00e8s mal la remarque des fr\u00e8res Winklevoss sur le fait de <em>\u00ab\u00a0redorer son blason aupr\u00e8s des filles\u00a0\u00bb <\/em>etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce stade, nous ne savons pas grand-chose ni<strong> <\/strong>sur la famille, ni sur les origines de Mark Zuckerberg. On sait juste qu&rsquo;il n&rsquo;est pas membre d&rsquo;un Final Club, alors que les Winklevoss, qui ont beaucoup d&rsquo;argent et de relations, y sont. Il n&rsquo;appartient donc certainement pas \u00e0 l&rsquo;aristocratie am\u00e9ricaine, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il demande \u00e0 son ami Eduardo d&rsquo;investir le capital de d\u00e9part dans la soci\u00e9t\u00e9. Au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il gagne en c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, Mark va se trouver de plus en plus isol\u00e9 au niveau de ses relations sociales : il perd d&rsquo;abord sa petite amie au d\u00e9but du film, puis son meilleur ami (qui affirme \u00e0 un moment du proc\u00e8s qu&rsquo;il \u00e9tait \u00ab\u00a0son seul ami\u00a0\u00bb) puis \u00e9galement Sean Parker en qui il n&rsquo;a plus confiance. Il est de plus en plus <em>seul avec son laptop, <\/em>dans les bureaux de la soci\u00e9t\u00e9 Facebook, dans son appartement, ou dans la salle de r\u00e9union.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mark a l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre un \u00e9tudiant brillant mais surtout, il a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 au cours de ses \u00e9tudes un logiciel rep\u00e9r\u00e9 par Microsoft, un r\u00e9seau de partage de cours et d&rsquo;autres programmes informatiques. Sur le plan professionnel et financier, le film relate plut\u00f4t une \u00ab\u00a0success story\u00a0\u00bb et une ascension fulgurante. Le fait que Mark perde le proc\u00e8s en fin de film ne passe pas vraiment pour un \u00e9chec, \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;il ach\u00e8te le silence de ses adversaires, ce qui lui permettra de continuer \u00e0 prosp\u00e9rer en toute impunit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la diff\u00e9rence des autres personnages, Mark pers\u00e9v\u00e8re longtemps dans son style vestimentaire initial. Il ne varie pas fondamentalement de look, malgr\u00e9 les situations formelles ou d\u00e9licates dans lesquelles il se trouve : il porte des tongs avec des chaussettes de sport au conseil de discipline, il est en t-shirt \u00e0 la rencontre avec Sean Parker, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la signature de contrat avec les investisseurs. Il est toujours en sweat\/t-shirt au d\u00e9but du proc\u00e8s. Sa tenue \u00e9volue cependant au cours du proc\u00e8s o\u00f9 il porte une chemise plus habill\u00e9e, pour finir en costard cravate \u00e0 la derni\u00e8re sc\u00e8ne du film. Mark est devenu un vrai homme d&rsquo;affaires. Ses traits sont tout aussi tendus et soucieux au d\u00e9but du film qu&rsquo;\u00e0 la fin. On ne le voit quasi jamais sourire. On sent une personnalit\u00e9 anxieuse et insatisfaite mais de plus en plus arrogante et m\u00e9prisante \u00e0 mesure que Mark rencontre le succ\u00e8s. Erika dit \u00e0 Mark au d\u00e9but du film : <em>\u00ab\u00a0Tu es obs\u00e9d\u00e9, tu as un TOC avec ces Final Clubs\u00a0\u00bb.\u00a0 <\/em>On ressent effectivement un caract\u00e8re obsessionnel et t\u00eatu pendant toute la dur\u00e9e de la narration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y a pas de r\u00e9el retournement de situation : Mark cherche la reconnaissance et l&rsquo;admiration, il n&rsquo;est motiv\u00e9 que par cela. Quand il rencontre Erika dans un club, il ne pense pas \u00e0 s&rsquo;excuser ou \u00e0 lui demander comment elle va, il vient la voir uniquement pour savoir si elle connait d\u00e9j\u00e0 Facebook.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;entourage et les relations de Mark<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous disions que Mark entre dans une plus grande mis\u00e8re relationnelle \u00e0 mesure qu&rsquo;il devient puissant. Cette dimension est \u00e0 lire en filigrane dans le film puisque, si l&rsquo;on en reste \u00e0 la surface des choses, la cote de popularit\u00e9 de Mark augmente \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 et qu&rsquo;il a m\u00eame droit \u00e0 des groupies. Quand il r\u00e9side en Floride, on le voit toujours bien entour\u00e9 de filles \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9fonc\u00e9es, et d&rsquo;informaticiens qui <em>\u00ab\u00a0bouffent du code\u00a0\u00bb <\/em>\u00e0 longueur de journ\u00e9e. Il n&rsquo;y a cependant pas de vrai lien qui se cr\u00e9e. Ces relations ne s&rsquo;approfondissent jamais. Les seules personnes avec qui il y ait de vrais \u00e9changes, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s plus haut quant \u00e0 leur teneur, sont Eduardo et Sean Parker.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut dire qu&rsquo;il y a une certaine unanimit\u00e9 dans la mani\u00e8re dont les autres personnages qui abordent Mark le jugent et le ressentent. Toutes les personnes repr\u00e9sentant une forme d&rsquo;autorit\u00e9 (conseil de discipline, enseignants, juges, avocats) sont unanimement constern\u00e9es par sa mani\u00e8re de raisonner et, surtout, par le m\u00e9pris et le sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 qu&rsquo;il leur t\u00e9moigne. Quand il affirme de mani\u00e8re p\u00e9remptoire au proc\u00e8s qu&rsquo;Erika ne dit pas la v\u00e9rit\u00e9 et qu&rsquo;elle <em>\u00ab\u00a0ne serait pas la premi\u00e8re \u00e0 mentir sous serment\u00a0\u00bb, <\/em>il leur signifie implicitement qu&rsquo;il ne respecte ni ne reconna\u00eet leurs conventions et qu&rsquo;il se per\u00e7oit comme \u00e9tant au-dessus des normes et des r\u00e8gles ordinaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux filles qu&rsquo;il c\u00f4toie dans le film (son ex-copine Erika et l&rsquo;avocate stagiaire) ont le m\u00eame type d&rsquo;attitude \u00e0 son \u00e9gard : d&rsquo;abord sympathiques et rassurantes, voire maternelles, elles se ferment ensuite \u00e0 ses avances parce qu&rsquo;elles ressentent le manque de r\u00e9ciprocit\u00e9 dans la relation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec Eduardo, les relations sont de plus en plus fuyantes. Mark est de plus en plus dans sa bulle et n&rsquo;en ressort que pour parler d&rsquo;argent ou de choses pragmatiques ayant rapport avec le site. Les \u00e9changes verbaux s&rsquo;appauvrissent et se rar\u00e9fient. Quand il vient le voir en Floride, Eduardo reproche \u00e0 Mark de ne pas savoir o\u00f9 il en est, de ne pas s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 lui. La jalousie que Mark ressent au d\u00e9but du film \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;Eduardo -parce que ce dernier \u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 entrer dans la s\u00e9lection d&rsquo;un Final Club- laisse progressivement la place \u00e0 du m\u00e9pris et \u00e0 de l&rsquo;indiff\u00e9rence. En m\u00eame temps, Mark reproche \u00e0 Sean d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 inutilement odieux \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;Eduardo <em>(\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb). <\/em>On sent dans cette r\u00e9plique qu&rsquo;il se situe toujours dans le registre d&rsquo;une certaine norme et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de sa part de volont\u00e9 sadique envers Eduardo. Eduardo ne lui est plus utile et il le g\u00eane, il faut donc simplement s&rsquo;en d\u00e9barrasser. Pendant le proc\u00e8s, il reste cependant des traces de leurs moments de connivence, dans des traits d&rsquo;humour notamment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, Sean est le seul personnage semblant appr\u00e9cier Mark mais il faut dire qu&rsquo;ils se ressemblent finalement assez bien et que leur relation semble bas\u00e9e sur cette reconnaissance mutuelle d&rsquo;alter egos. Ainsi Mark voudrait ressembler \u00e0 Sean. Quand ils sont ensemble, Sean monopolise r\u00e9guli\u00e8rement la parole. Dans la sc\u00e8ne de discoth\u00e8que en Floride par exemple, on voit d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s peu Mark. La cam\u00e9ra filme unilat\u00e9ralement Sean par-dessus son \u00e9paule. C&rsquo;est une sc\u00e8ne avec tr\u00e8s peu de changements d&rsquo;angle de vue pendant la discussion.\u00a0 On reste focalis\u00e9 sur Sean, sans doute un peu \u00e0 la mani\u00e8re que Mark a de l&rsquo;\u00e9couter.\u00a0 Les moments de friction arrivent vers la fin, de mani\u00e8re assez subtile. Sean drague la stagiaire que Mark semblait appr\u00e9cier. Quelque chose se casse dans la relation, sans qu&rsquo;il y ait des reproches ou des raisons explicit\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on peut dire que Mark supporte assez difficilement la frustration. Il r\u00e9agit de mani\u00e8re impulsive et irraisonn\u00e9e quand Erika le largue, en publiant des mesquineries sur son blog, ce que traduit la r\u00e9plique d&rsquo;Erika quand ils se recroisent dans le bar : <em>\u00ab\u00a0Tu l&rsquo;as \u00e9crit. Comme si chaque pens\u00e9e qui te traversait la t\u00eate m\u00e9ritait d&rsquo;\u00eatre partag\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mark souffre de ne pas \u00eatre au centre de l&rsquo;attention. Il souffre de ne pas \u00eatre trait\u00e9 comme quelqu&rsquo;un d&rsquo;unique et d&rsquo;exceptionnel. Il souffre d&rsquo;\u00eatre trait\u00e9 comme un parmi d&rsquo;autres, comme quelqu&rsquo;un d&rsquo;anonyme.\u00a0 Il est bless\u00e9 s&rsquo;il ressent une pointe de m\u00e9pris ou un reproche \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de sa personne. Il a besoin d&rsquo;\u00eatre le meilleur, le premier, le seul. Il ne supporte pas d&rsquo;\u00eatre entrav\u00e9 dans sa qu\u00eate de gloire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mark Zuckerberg et l&rsquo;institution de Facebook<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cet \u00e9gard, il me semble int\u00e9ressant de faire le parall\u00e8le avec l&rsquo;invention de Mark Zuckerberg, ce r\u00e9seau social o\u00f9 l&rsquo;individu est le centre n\u00e9vralgique autour duquel gravitent des informations, des amis, des \u00e9v\u00e8nements. D&rsquo;apr\u00e8s J\u00e9r\u00f4me Batout, jeune philosophe et \u00e9conomiste fran\u00e7ais\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Un site qui convainc cinq cent millions de personnes doit n\u00e9cessairement mettre le doigt sur un formidable besoin social. Une puissante adh\u00e9sion, qui d&rsquo;ailleurs n&rsquo;\u00e9merge pas sans susciter parall\u00e8lement un f\u00e9roce rejet (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/em>(2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Facebook promeut l&rsquo;id\u00e9e que chaque personne est unique et incomparable, au centre du monde, comme une r\u00e9ponse \u00e0 cette peur originelle de l&rsquo;anonymat et de l&rsquo;indiff\u00e9rence. Et c&rsquo;est bien ainsi que le philosophe et historien Marcel Gauchet parle des difficult\u00e9s auxquelles est confront\u00e9e la personnalit\u00e9 contemporaine : <em>\u00ab\u00a0Au travers de la socialisation, il ne s&rsquo;agit pas simplement d&rsquo;apprendre \u00e0 coexister avec d&rsquo;autres, mais d&rsquo;apprendre \u00e0 se regarder comme un parmi d&rsquo;autres, comme n&rsquo;importe qui du point de vue des autres. Apprentissage cognitivo-symbolique de l&rsquo;anonymat de soi, de cette distance radicale, de cette excentration qui vous rend capable de vous dire : \u00a0\u00bb Il s&rsquo;agit en l&rsquo;occurrence de moi, mais ce pourrait \u00eatre n&rsquo;importe qui d&rsquo;autre\u00a0\u00bb. (&#8230;) C&rsquo;est cet apprentissage du d\u00e9tachement qui me semble aujourd&rsquo;hui remis en cause, avec d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 de consid\u00e9rables effets dans la vie sociale. S&rsquo;il est un trait caract\u00e9ristique de la personnalit\u00e9 ultracontemporaine, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;adh\u00e9rence \u00e0 soi.\u00a0\u00bb<\/em>(3)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourrait envisager les choses sous cet angle : Mark Zuckerberg a des difficult\u00e9s \u00e0 prendre distance vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame et \u00e0 envisager les choses \u00e0 partir d&rsquo;un autre point de vue que le sien. Il n&rsquo;arrive pas r\u00e9ellement \u00e0 se mettre \u00e0 la place de l&rsquo;autre ou \u00e0 un endroit d&rsquo;objectivit\u00e9 plus grande. Il reste coll\u00e9 \u00e0 son point de vue particulier. Ces quelques \u00e9l\u00e9ments le ram\u00e8nent dans le sillon de la <em>personnalit\u00e9 narcissique<\/em>\u00a0 telle qu&rsquo;en parle J\u00e9r\u00f4me Palazzolo dans son article : <em>\u00ab\u00a0Il ne s&rsquo;int\u00e9resse jamais \u00e0 ce que font les autres, ram\u00e8ne tout \u00e0 lui. (&#8230;) Tout ce qu&rsquo;il fait est exceptionnel et doit \u00eatre admir\u00e9. (&#8230;) Il est capable de manipuler autrui pour arriver \u00e0 ses fins (&#8230;) Il ne se remet jamais en question (&#8230;) se croit meilleur que les autres (&#8230;) il fait preuve d&rsquo;autosatisfaction, d&rsquo;un manque criant de modestie allant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arrogance (&#8230;) ils [les personnalit\u00e9s narcissiques ] ne supportent ni les \u00e9checs, ni les d\u00e9saccords, ni les critiques (&#8230;), ils se comparent automatiquement \u00e0 autrui en terme de sup\u00e9riorit\u00e9\/inf\u00e9riorit\u00e9, singularit\u00e9\/banalit\u00e9, puissance\/faiblesse, richesse\/pauvret\u00e9, beaut\u00e9\/laideur (&#8230;) leurs relations personnelles sont instables, partag\u00e9es entre le m\u00e9pris et l&rsquo;admiration (&#8230;).\u00a0\u00bb<\/em>(4)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mark passe g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l&rsquo;acte de fa\u00e7on impulsive. Il semble fuir la remise en question ou l&rsquo;analyse objective des faits. Il r\u00e9agit instinctivement, et de mani\u00e8re plut\u00f4t pu\u00e9rile. Je pense \u00e9videmment \u00e0 la rupture avec Erika, mais aussi au moment o\u00f9 Mark sort de classe parce qu&rsquo;il ne supporte pas qu&rsquo;on le traite de connard. Tous les actes de \u00ab\u00a0vengeance\u00a0\u00bb de Mark ont cependant en commun d&rsquo;\u00eatre insidieux et hypocrites. Il ne r\u00e8gle pas les conflits comme un adulte, en discutant calmement du probl\u00e8me. Il met plut\u00f4t les gens devant le fait accompli, une fois qu&rsquo;il a tir\u00e9 ses cartes du jeu. Cette dimension ne lui est cependant pas propre. Pour J\u00e9r\u00f4me Batout, le th\u00e8me pr\u00e9pond\u00e9rant autour duquel se nouent les premiers mois de l&rsquo;histoire de Facebook est <em>le conflit<\/em>. Il s&rsquo;agit cependant souvent d&rsquo;un conflit mal ma\u00eetris\u00e9, mal g\u00e9r\u00e9 : <em>\u00ab\u00a0Tout se passe comme si les protagonistes ne voyaient pas venir le conflit, et que du coup, quand celui-ci se manifeste, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop tard pour imaginer de dialoguer, d\u00e9battre, tenter de se mettre d&rsquo;accord : en un mot, parler. L&rsquo;histoire de Facebook est celle d&rsquo;amis qui, \u00e0 force de soigneusement refouler les divergences naissantes, les laissent s&rsquo;\u00e9panouir et se retrouvent in fine en situation d&rsquo;hostilit\u00e9 totale lorsque le conflit, qui a eu le temps de pourrir, se manifeste. Alors, en une fraction de seconde, on passe d&rsquo; \u00ab\u00a0ami \u00e0 \u00ab\u00a0ennemi\u00a0\u00bb : il y a retournement.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(5)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette hypoth\u00e8se englobe plus que l&rsquo;individu Mark Zuckerberg ; elle engage \u00e9galement les autres personnages du film. On retrouve plusieurs exemples de cette dimension de conflit refoul\u00e9 qui est v\u00e9cu de mani\u00e8re paroxystique lorsqu&rsquo;il \u00e9clate, notamment la rupture entre Erika et Mark au d\u00e9but du film. Rien ne semble r\u00e9ellement pr\u00e9parer Mark \u00e0 la rupture, comme si les probl\u00e8mes avaient chemin\u00e9 de mani\u00e8re souterraine pour arriver finalement \u00e0 un point de non-retour, le moment o\u00f9 Erika en a assez et d\u00e9cide de larguer Mark sans lui avoir donn\u00e9 r\u00e9ellement d&rsquo;explications, ni avant, ni pendant, ni apr\u00e8s. Il en est de m\u00eame entre Eduardo et Mark qui se comportent en apparence comme des amis, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 Eduardo bloque, sans avertissement, le compte en banque de la soci\u00e9t\u00e9 parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas d&rsquo;accord avec Mark et qu&rsquo;il se sent l\u00e9s\u00e9. Un autre exemple flagrant de ce passage \u00e0 l&rsquo;acte impulsif et paroxystique concerne la copine d&rsquo;Eduardo qui lui reproche de ne pas avoir r\u00e9pondu \u00e0 ses 47 sms et qui met ensuite le feu \u00e0 l&rsquo;appartement. Il n&rsquo;y a donc pas que Mark qui r\u00e9agit de fa\u00e7on impulsive et irraisonn\u00e9e. L&rsquo;analyse de J\u00e9r\u00f4me Batout semble concerner avant tout une tranche g\u00e9n\u00e9rationnelle d&rsquo;individus ayant du mal \u00e0 r\u00e9ellement dialoguer, et qui se trouvent du coup amen\u00e9s \u00e0 fuir les probl\u00e8mes jusqu&rsquo;au moment de clash o\u00f9 il n&rsquo;y a plus de fuite possible. \u00a0J\u00e9r\u00f4me Batout avance donc l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;un des ingr\u00e9dients cl\u00e9s du succ\u00e8s de Facebook r\u00e9siderait dans cette <em>absence institutionnalis\u00e9e de conflit<\/em> : le conflit et les ennemis n&rsquo;existent tout simplement pas sur le r\u00e9seau social. S&rsquo;il y a contentieux, l&rsquo;ancien ami peut-\u00eatre supprim\u00e9 ou bloqu\u00e9. En plus d&rsquo;\u00eatre un r\u00e9seau social, Facebook fait donc figure \u00ab\u00a0d&rsquo;utopie sociale\u00a0\u00bb : celle d&rsquo;un <em>espace social totalement pacifi\u00e9<\/em>. La question que J\u00e9r\u00f4me Batout ne manque \u00e9videmment pas de poser est de savoir<em> \u00ab\u00a0s&rsquo;il est sain de se projeter r\u00e9guli\u00e8rement sur un espace social qui refoule syst\u00e9matiquement la dimension de la dissension?\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(6)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Mark Zuckerberg et la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mark se dit souvent que c&rsquo;est de la faute des autres personnages s&rsquo;ils \u00e9chouent ou s&rsquo;ils tombent dans le pi\u00e8ge qu&rsquo;il leur tend. Par exemple, il affirme au conseil de discipline qu&rsquo;on peut le remercier d&rsquo;avoir mis au jour les failles et les fragilit\u00e9s du syst\u00e8me informatique d&rsquo;Harvard. Quand Eduardo lui reproche d&rsquo;avoir dilu\u00e9 sa part en actions et de l&rsquo;avoir roul\u00e9, Mark lui r\u00e9torque que ce n&rsquo;est pas de sa faute si son directeur financier (en l&rsquo;occurrence Eduardo lui-m\u00eame) n&rsquo;a pas su identifier l&rsquo;arnaque financi\u00e8re. Il le renvoie au fait qu&rsquo;il n&rsquo;est pas \u00e0 la hauteur de ses responsabilit\u00e9s. C&rsquo;est \u00e0 une \u00e9thique du droit du plus fort et du plus rus\u00e9 que Mark se r\u00e9f\u00e8re. Chacun doit se prot\u00e9ger et se d\u00e9fendre comme il peut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On touche ici \u00e0 un probl\u00e8me d&rsquo;\u00e9thique et de soci\u00e9t\u00e9, qui bien s\u00fbr va fondamentalement de pair avec un type de personnalit\u00e9 psycho-pathologique. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9thique du march\u00e9 qui l\u00e9gitime et motive les actions de Mark. Le principe implicite qui sous-tend ses actions est qu&rsquo;il n&rsquo;y a que des individus qui ne sont reli\u00e9s entre eux que par leurs int\u00e9r\u00eats individuels, la r\u00e9gulation \u00e9tant assur\u00e9e par la loi de l&rsquo;offre et de la demande c&rsquo;est-\u00e0-dire par le march\u00e9.\u00a0Dans ce cadre de pens\u00e9e, il est l\u00e9gitime que chacun pers\u00e9v\u00e8re dans la qu\u00eate de ses int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, sans se soucier du bien commun ou du vivre ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La <em>personnalit\u00e9 narcissique <\/em>ou <em>\u00ab\u00a0borderline\u00a0\u00bb <\/em>ch\u00e8re \u00e0 Otto Kernberg pourrait bien n&rsquo;\u00eatre finalement que l&rsquo;envers psychopathologique de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9. Elle prend une ampleur d\u00e9mesur\u00e9e chez Mark, mais c&rsquo;est un trait de caract\u00e8re encourag\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il vit. C&rsquo;est une autre qualit\u00e9 du film que de mettre le doigt sur cette culture \u00e9litaire des Final Clubs pour comprendre la r\u00e9elle <em>lutte pour la reconnaissance <\/em>qui se joue sur les campus am\u00e9ricains, et le cadre dans lequel peut na\u00eetre un projet comme Facebook.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9finitive, je pense que chaque soci\u00e9t\u00e9 cr\u00e9e son type de pathologies privil\u00e9gi\u00e9es, m\u00eame si tous les vices sont constamment dans la nature. Les hyst\u00e9riques du 19i\u00e8me si\u00e8cle me semblent par exemple appartenir clairement \u00e0 une \u00e9poque, celle o\u00f9 la norme et la censure sociale \u00e9taient plus int\u00e9rioris\u00e9es et <em>incorpor\u00e9es<\/em> qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. On peut donc se demander dans quelle mesure les personnalit\u00e9s narcissiques, les personnalit\u00e9s antisociales, ainsi que les \u00ab\u00a0borderlines\u00a0\u00bb ne sont pas des pathologies types de notre soci\u00e9t\u00e9 et de notre \u00e9poque.\u00a0 La philosophie ultralib\u00e9rale et utilitariste du march\u00e9 a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 en profondeur des pans entiers de la soci\u00e9t\u00e9 en transformant de fait l&rsquo;\u00e9ducation, la conception des relations sociales, le rapport \u00e0 soi. <em>L&rsquo;adh\u00e9rence \u00e0 soi<\/em>, dont parle Marcel Gauchet, nous enferme dans des points de vue particuliers, dont nous avons du mal \u00e0 nous d\u00e9prendre. Notre culture grandissante de l&rsquo;image et de l&rsquo;instantan\u00e9it\u00e9 bouleverse \u00e9galement notre rapport au corps et au temps, en cr\u00e9ant sans cesse des difficult\u00e9s nouvelles d&rsquo;abstraction et de mentalisation. Pr\u00e9cisons bien qu&rsquo;il s&rsquo;agit ici de plus que de la question du <em>milieu<\/em> dans lequel \u00e9volue le personnage. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un ensemble de repr\u00e9sentations symboliques concernant le rapport \u00e0 soi, au corps et aux autres que v\u00e9hicule la soci\u00e9t\u00e9, et que l&rsquo;\u00e9ducation relaie. C&rsquo;est pourquoi le parti pris de David Fincher de privil\u00e9gier la description de <em>la soci\u00e9t\u00e9<\/em> dans laquelle Mark Zuckerberg \u00e9volue (Final clubs, f\u00eates, communaut\u00e9 d&rsquo;informaticiens, campus de Harvard) me semble justifi\u00e9 et pertinent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Le metteur en sc\u00e8ne et le th\u00e9rapeute\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">David Fincher met en sc\u00e8ne son personnage en \u00e9vitant la caricature et le point de vue moralisateur. Dans une de ses interviews, il explique qu&rsquo;il dirige parfois les acteurs en les prenant \u00e0 part et en leur donnant des consignes contradictoires sur les sc\u00e8nes : <em>\u00ab\u00a0Pour la sc\u00e8ne de la d\u00e9position, je suis all\u00e9 voir une des parties en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sale petit escroc vous a arnaqu\u00e9s et il est dans le fauteuil qui devrait \u00eatre le v\u00f4tre. Sans vous, il ne serait rien\u00a0\u00bb. <\/em>Puis j\u2019ai travers\u00e9 la salle pour aller voir les autres et j\u2019ai dit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Tu crois vraiment que Facebook p\u00e8serait 15 milliards de dollars si tu avais fait le site Harvard Connection\u00a0? Regarde-moi ces cr\u00e9tins. Il n\u2019y aurait pas de butin \u00e0 se partager s\u2019il n\u2019y avait pas eu le dur travail et l\u2019intelligence brillante de Mark Zuckerberg. Regarde-les se pavaner dans leurs costumes de chez Brooks Brothers, ces types suffisants qui essaient de s\u2019asseoir de force \u00e0 ta table.\u00a0\u00bb(7)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conviction qu&rsquo;ont tous les personnages d&rsquo;\u00eatre dans leur droit donne une forte dimension de r\u00e9alit\u00e9 et de cr\u00e9dibilit\u00e9 aux enjeux. Du coup, une distance est conserv\u00e9e entre le spectateur et les personnages, pour qu&rsquo;on ne soit pas dans une relation unilat\u00e9rale d&rsquo;identification ou de rejet. M\u00eame s&rsquo;il fait tout pour se barricader, et pour fuir la remise en question, on sent que Mark n&rsquo;est pas heureux et qu&rsquo;il subit sans doute la situation, plus qu&rsquo;il ne la ma\u00eetrise. Une des derni\u00e8res phrases de l&rsquo;avocate stagiaire en sortant de la salle est <em>\u00ab\u00a0you are not an asshole, but you are just trying so hard to pretend to be\u00a0\u00bb. <\/em>En voyant \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre le personnage de Mark Zuckerberg, on a l&rsquo;impression de voir un grand enfant capricieux, pris par le flot des \u00e9v\u00e8nements, ce qui au final le rend touchant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">David Fincher, le r\u00e9alisateur, semble ne pas avoir voulu portraiter son personnage comme un \u00ab\u00a0m\u00e9chant\u00a0\u00bb, ni m\u00eame comme \u00ab\u00a0un pervers narcissique\u00a0\u00bb : <em>\u00ab\u00a0Je voulais montrer la dimension humaine de chacun, car je n\u2019ai jamais vu Mark, Sean ou les Winklevoss comme des m\u00e9chants. (&#8230;)\u00a0Les perspectives multiples \u00e9taient la seule fa\u00e7on de raconter cette histoire. Au c\u0153ur du film, il y a cette id\u00e9e dont Aaron et moi avons longuement discut\u00e9\u00a0: personne n\u2019a une facette et une seule. Et toute la structure du film est devenue une fa\u00e7on de dire cela.\u00a0\u00bb(8)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant que spectateur, nous ne sommes pas cantonn\u00e9s au registre de l&rsquo;\u00e9motionnel. Il y a de la place pour l&rsquo;observation et la r\u00e9flexion du spectateur, parce que David Fincher n&rsquo;appuie ou ne caricature pas la description et qu&rsquo;il varie les points de vue sur la situation. C&rsquo;est finalement dans cette tentative d&rsquo;objectivation et de distanciation que r\u00e9side sans doute notre capacit\u00e9 humaine \u00e0 nous d\u00e9prendre de la situation, pour nous questionner aussi sur <em>la viabilit\u00e9 <\/em>et <em>l&rsquo;enviabilit\u00e9<\/em> du mod\u00e8le ultralib\u00e9ral appliqu\u00e9 aux relations sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">H\u00e9l\u00e8ne Lacrosse<\/p>\n<div>\n<p>(1)\u00a0<a href=\"http:\/\/www.presse-citron.net\/the-social-network-nest-pas-un-film-sur-facebook\" target=\"_blank\">http:\/\/www.presse-citron.net\/the-social-network-nest-pas-un-film-sur-facebook<\/a><\/p>\n<div>\n<p>(2) BATOUT J., <em>Le monde selon Facebook<\/em>, in Le D\u00e9bat, nr.163, janvier-f\u00e9vrier 2011, Editions Gallimard, p.5<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>(3) GAUCHET M., <em>Essai de psychologie contemporaine. I<\/em>, in La d\u00e9mocratie contre elle-m\u00eame, Editions Gallimard, 2002, p. 245<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>(4) PALAZZOLO J., <em><a href=\"http:\/\/www.cerveauetpsycho.fr\/ewb_pages\/a\/article-la-personnalite-narcissique-26112.php\" target=\"_blank\">La personnalit\u00e9 narcissique<\/a><\/em>, in Cerveau et Psycho, n\u00b042, novembre-d\u00e9cembre 2010<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>(5) BATOUT J., <em>Le monde selon Facebook<\/em>, in Le D\u00e9bat, nr.163, janvier -f\u00e9vrier 2011, Editions Gallimard, pp.8-9<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>(6) Ibid., p.9<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>(7)\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cinemotions.com\/article\/116805\" target=\"_blank\">http:\/\/www.cinemotions.com\/article\/116805<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>(8)\u00a0Ibid.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article \u00e9crit par H\u00e9l\u00e8ne Lacrosse et publi\u00e9 dans Pro J, n\u00b04, d\u00e9cembre 2012-f\u00e9vrier 2013. Le film The Social Network retrace l&rsquo;aventure du r\u00e9seau social Facebook, de ses d\u00e9buts en 2003, jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 le site franchit le cap du million &hellip; <a href=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1148\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[44,31],"tags":[],"class_list":["post-1148","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revue-resolument-jeunes","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1148"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1148\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1153,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1148\/revisions\/1153"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}