{"id":1259,"date":"2013-03-31T21:37:29","date_gmt":"2013-03-31T19:37:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1259"},"modified":"2013-04-03T21:46:03","modified_gmt":"2013-04-03T19:46:03","slug":"la-psychiatrie-est-en-derapage-incontrole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1259","title":{"rendered":"La psychiatrie est en d\u00e9rapage incontr\u00f4l\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em>Entretien avec Allen Frances, psychiatre am\u00e9ricain, publi\u00e9 par <a href=\"http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/\" target=\"_blank\">BibliObs<\/a> le 29 mars 2013 en partenariat avec la revue <a href=\"http:\/\/www.books.fr\/\" target=\"_blank\">Books<\/a>.<\/em><br \/>\n<em> Propos recueillis par Bernard Granger et Olivier Postel-Vinay.<\/em><\/p>\n<p>Le \u00abDSM-5\u00bb,\u00a0nouveau manuel de psychiatrie destin\u00e9 \u00e0 s\u2019imposer aux m\u00e9decins du monde entier, est une v\u00e9ritable catastrophe selon un orf\u00e8vre en la mati\u00e8re. Entretien avec Allen Frances \u00e0 lire dans \u00abBoOks\u00bb, en kiosque tout le mois d\u2019avril.<\/p>\n<p><strong>BoOks\u00a0<em>Pourquoi partez-vous en guerre contre le nouveau manuel de la psychiatrie (1)?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Allen Frances<\/strong>\u00a0Je ne m\u2019\u00e9tais plus gu\u00e8re occup\u00e9 de la question des crit\u00e8res diagnostiques depuis l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je dirigeais l\u2019\u00e9quipe qui a r\u00e9dig\u00e9 le manuel encore en vigueur \u00e0 ce jour, le \u00abDSM-IV\u00bb, paru en 1994. J\u2019avais m\u00eame pris ma retraite de psychiatre. Je vivais au bord de la mer, apr\u00e8s m\u2019\u00eatre longtemps occup\u00e9 de ma femme, malade. Invit\u00e9 \u00e0 un cocktail \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une r\u00e9union de l\u2019American Psychiatric Association (APA) \u00e0 San Francisco, j\u2019y ai retrouv\u00e9 beaucoup d\u2019amis. Ils \u00e9taient tr\u00e8s excit\u00e9s par la pr\u00e9paration du \u00abDSM-5\u00bb, agitaient des id\u00e9es nouvelles.<\/p>\n<p>L\u2019un parlait d\u2019une nouvelle possibilit\u00e9 de diagnostic, celle du risque de psychose (schizophr\u00e9nie). Il serait d\u00e9sormais envisageable de pr\u00e9voir qu\u2019un jeune deviendra psychotique. J\u2019ai tent\u00e9 de lui expliquer le danger d\u2019une telle id\u00e9e: nous n\u2019avons en r\u00e9alit\u00e9 aucun moyen de pr\u00e9dire vraiment qui deviendra psychotique et il y a fort \u00e0 parier que huit jeunes sujets ainsi labellis\u00e9s sur dix ne le deviendront jamais. Le r\u00e9sultat serait une inflation aberrante du diagnostic et des traitements donn\u00e9s \u00e0 tort \u00e0 des sujets jeunes, avec des effets secondaires graves (2).<\/p>\n<p><em><strong>Risque de psychose, et quoi encore?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Un autre psychiatre se passionnait pour le diagnostic d\u2019hyperphagie, ces moments o\u00f9 l\u2019on se jette sur la nourriture en dehors d\u2019un repas. Je me dis: j\u2019ai peut-\u00eatre bien \u00e7a moi-m\u00eame. Un autre se concentrait sur le\u00a0<em>\u00abtrouble cognitif mineur\u00bb<\/em>\u00a0(on oublie les dates, etc.). Je me dis: j\u2019ai peut-\u00eatre \u00e7a aussi\u2026 Un autre encore parlait du\u00a0<em>\u00abd\u00e9r\u00e8glement s\u00e9v\u00e8re de l\u2019humeur\u00bb<\/em>\u00a0chez l\u2019enfant qui pique des col\u00e8res.\u00a0Bref, je constatai une forte propension \u00e0 vouloir m\u00e9dicaliser tous les probl\u00e8mes de la vie quotidienne.<\/p>\n<p>Or, l\u2019exp\u00e9rience du\u00a0\u00abDSM-IV\u00bb\u00a0me l\u2019avait appris: la moindre modification, extension ou abaissement, du seuil d\u2019un diagnostic est une aubaine pour les compagnies pharmaceutiques. J\u2019ai compris qu\u2019il serait irresponsable de ma part de rester \u00e0 l\u2019\u00e9cart du d\u00e9bat. D\u2019autant que ma qualit\u00e9 d\u2019ancien responsable du\u00a0\u00abDSM-IV\u00bb\u00a0me donne du poids et me permet de me faire entendre.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><em><strong>Qu\u2019aviez-vous plus pr\u00e9cis\u00e9ment retenu de votre exp\u00e9rience du\u00a0\u00abDSM-IV\u00bb?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Il faut d\u2019abord dire un mot de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, le\u00a0\u00abDSM-III\u00bb, publi\u00e9 en 1980. Celui-ci avait marqu\u00e9 un tournant positif, car il \u00e9tablissait pour la premi\u00e8re fois une liste de crit\u00e8res diagnostiques sur lesquels les psychiatres pouvaient se mettre d\u2019accord. Jusqu\u2019alors, le diagnostic \u00e9tait rest\u00e9 pour l\u2019essentiel une affaire subjective. Une conversation typique entre psychiatres portait sur les r\u00eaves de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente et leur interpr\u00e9tation psychanalytique. Avec le\u00abDSM-III\u00bb, les discussions se sont port\u00e9es sur le diagnostic.<\/p>\n<p>Le manuel a eu \u00e9galement d\u2019\u00e9normes cons\u00e9quences, tout \u00e0 fait inattendues. Il a servi de base pour le remboursement des soins et des m\u00e9dicaments, pour la prise en charge de services \u00e0 la personne, pour la reconnaissance d\u2019une invalidit\u00e9, et m\u00eame pour l\u2019obtention d\u2019un permis de conduire, d\u2019un permis de piloter, la reconnaissance du droit d\u2019adopter un enfant, etc. Men\u00e9e par le fougueux Robert Spitzer, cette r\u00e9volution a \u00e9t\u00e9 suivie d\u2019une nouvelle r\u00e9vision du manuel, le\u00a0\u00abDSM-IIIR\u00bb, qui introduisit encore de nouveaux diagnostics et en transforma d\u2019autres. L\u2019ambition du\u00a0\u00abDSM-IV\u00bb\u00a0\u00e9tait au contraire de calmer le jeu.<\/p>\n<p><strong><em>Le \u00abDSM-IV\u00bb\u00a0a-t-il vraiment stopp\u00e9 l\u2019inflation diagnostique?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Oui. Nous avons analys\u00e9 93\u00a0suggestions de changement et n\u2019en avons retenu que trois. Cependant, ces modifications que nous pensions mineures ont eu des cons\u00e9quences inattendues. Ainsi le trouble bipolaire de type\u00a02, que nous avons introduit, a permis aux entreprises pharmaceutiques, gr\u00e2ce \u00e0 la publicit\u00e9 t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e en particulier (les \u00c9tats-Unis sont le seul pays au monde \u00e0 autoriser les laboratoires \u00e0 faire de la publicit\u00e9 directe), de doubler le nombre de patients trait\u00e9s pour troubles bipolaires.<\/p>\n<p>De m\u00eame, nous avons un peu \u00e9largi le diagnostic du trouble d\u2019hyperactivit\u00e9 avec d\u00e9ficit de l\u2019attention pour permettre de rep\u00e9rer davantage de filles. Et nous avons eu la surprise de voir les laboratoires s\u2019engouffrer dans la br\u00e8che.\u00a0Le march\u00e9 des m\u00e9dicaments contre les troubles de l\u2019attention est pass\u00e9 de 15\u00a0millions de dollars avant la publication du\u00a0\u00abDSM-IV\u00bb\u00a0\u00e0 7\u00a0milliards aujourd\u2019hui\u2026<\/p>\n<p>Dernier point: l\u2019autisme. Constatant que de nombreux enfants ne pr\u00e9sentaient qu\u2019une partie des sympt\u00f4mes, nous avons introduit le syndrome d\u2019Asperger. Nous pensions que cela triplerait ou quadruplerait le nombre de cas recens\u00e9s. En fait, \u00e7a l\u2019a multipli\u00e9 par vingt. Cette inflation est due \u00e0 un autre ph\u00e9nom\u00e8ne: la possibilit\u00e9 pour les parents de b\u00e9n\u00e9ficier de services sp\u00e9cifiques \u00e0 l\u2019\u00e9cole et ailleurs.<\/p>\n<p><strong><em>\u00c0 propos de l\u2019autisme, les auteurs du\u00a0\u00abDSM-5\u00bb\u00a0entendent justement supprimer le syndrome d\u2019Asperger. Ils iraient donc dans la bonne voie?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Mais ils se trompent. En rangeant toutes les formes d\u2019autisme dans une seule cat\u00e9gorie, appel\u00e9e<em>\u00abspectre de l\u2019autisme\u00bb<\/em>, ils pensent rationaliser l\u2019approche diagnostique et jugent que cela n\u2019aura gu\u00e8re d\u2019effet sur le nombre d\u2019enfants diagnostiqu\u00e9s. En r\u00e9alit\u00e9, des \u00e9tudes ind\u00e9pendantes indiquent que le nombre d\u2019enfants \u00e9ligibles \u00e0 un diagnostic d\u2019autisme va beaucoup baisser. Ce serait une bonne chose si c\u2019\u00e9tait pour de bonnes raisons. Malheureusement, les nouveaux crit\u00e8res, d\u00e9finis par une poign\u00e9e de psychiatres, sont contestables, et l\u2019on doit s\u2019attendre \u00e0 ce que beaucoup de jeunes malades qui ont besoin d\u2019\u00eatre pris en charge ne le soient pas ou ne le soient plus.<\/p>\n<p><strong><em>Comment expliquez-vous que les auteurs du\u00a0<strong><em>\u00abDSM-5\u00bb<\/em><\/strong>\u00a0aient \u00e0 nouveau voulu multiplier les innovations?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je vois plusieurs raisons. D\u2019abord, une ambition excessive. Ils voulaient cr\u00e9er un changement de paradigme. Ils sont fascin\u00e9s par les apports possibles de la biologie, alors que la psychiatrie, contrairement aux autres branches de la m\u00e9decine, ne dispose pas de tests biologiques. Ils sont fascin\u00e9s par la m\u00e9decine pr\u00e9ventive, au moment m\u00eame o\u00f9 celle-ci fait marche arri\u00e8re dans certains domaines, en raison des co\u00fbts et des risques associ\u00e9s aux syst\u00e8mes de d\u00e9tection pr\u00e9coce (du cancer du sein, par exemple).<\/p>\n<p>Ensuite, chaque psychiatre a tendance \u00e0 pousser sa sp\u00e9cialit\u00e9 ou son sujet de pr\u00e9dilection et \u00e0 vouloir \u00e9largir le filet des patients potentiellement concern\u00e9s. Enfin, ils ne r\u00e9fl\u00e9chissent pas du tout aux cons\u00e9quences d\u2019une inflation des diagnostics pour la soci\u00e9t\u00e9 et les patients eux-m\u00eames.<\/p>\n<p><strong><em>Ils ne r\u00e9fl\u00e9chissent pas, ou ils sont influenc\u00e9s par l\u2019industrie?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Non, leurs liens avec l\u2019industrie sont minimes. Je les connais, la plupart d\u2019entre eux sont des gens bien. Mais ils sont na\u00effs. Et s\u2019ils n\u2019ont pas de conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats au sens habituel du terme, ils d\u00e9veloppent souvent un conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats intellectuel. Chacun veut faire davantage valoir ses comp\u00e9tences, ses recherches, ses lubies aussi, chacun veut s\u2019assurer que le syst\u00e8me ne laissera pas de malades de c\u00f4t\u00e9. La plupart du temps, cela se traduit par une pression pour \u00e9largir le champ des diagnostics dans son secteur. Quand je leur dis qu\u2019ils ne r\u00e9fl\u00e9chissent pas aux cons\u00e9quences, ils r\u00e9pondent que ce n\u2019est pas de leur ressort, que ce n\u2019est pas leur responsabilit\u00e9, que leur responsabilit\u00e9 s\u2019arr\u00eate \u00e0 la science. Mais ce n\u2019est pas vrai.<\/p>\n<p><strong><em>Peut-on vraiment parler de science?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Non, \u00e0 dire vrai. J\u2019ai pass\u00e9 une grande partie de ma vie \u00e0 \u00e9valuer des articles de recherche soumis aux grandes revues de psychiatrie. On ne peut pas dire que l\u2019esprit scientifique saute aux yeux. Les \u00e9tudes sont incompl\u00e8tes, difficiles \u00e0 interpr\u00e9ter et \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser.<\/p>\n<p><strong><em>Vous les accusez aussi d\u2019avoir h\u00e2t\u00e9 les proc\u00e9dures de validation. De quoi s\u2019agit-il?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>En principe, chaque innovation doit \u00eatre valid\u00e9e par des essais de terrain. Or les essais de terrain ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mal conduits et finalement b\u00e2cl\u00e9s. Il y a normalement deux \u00e9tapes, la seconde \u00e9tant destin\u00e9e \u00e0 repenser les crit\u00e8res diagnostiques qui n\u2019ont pas pass\u00e9 la barre de la premi\u00e8re \u00e9tape et \u00e0 refaire l\u2019\u00e9tude. Dans la pr\u00e9paration du \u00abDSM-5\u00bb, la premi\u00e8re \u00e9tape a dur\u00e9 deux fois plus longtemps que pr\u00e9vu. Du coup, la seconde a \u00e9t\u00e9 purement et simplement annul\u00e9e, alors m\u00eame que les essais avaient dans l\u2019ensemble \u00e9t\u00e9 conduits de mani\u00e8re critiquable.<\/p>\n<p>Pourquoi? Parce que le \u00abDSM\u00bb\u00a0est aussi un \u00e9norme business. L\u2019une des surprises cr\u00e9\u00e9e par le\u00abDSM-III\u00bb\u00a0fut de le voir se vendre \u00e0 un million d\u2019exemplaires. Le succ\u00e8s du\u00a0\u00abDSM-IV\u00bb\u00a0a \u00e9t\u00e9 nettement plus grand, il s\u2019en est encore vendu une centaine de milliers d\u2019exemplaires par an jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<em>L\u2019American Psychiatric Association<\/em>, qui a d\u00e9pens\u00e9 25\u00a0millions de dollars pour les essais de terrain du\u00abDSM-5\u00bb, a besoin de cet argent pour combler son d\u00e9ficit (3).<\/p>\n<p><strong><em>Quelles sont les cons\u00e9quences pr\u00e9visibles du\u00a0\u00abDSM-5\u00bb?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences sont de plusieurs types. D\u2019abord, il faut faire tr\u00e8s attention quand on pose un diagnostic, surtout sur un sujet jeune. Parce que, m\u00eame s\u2019il est faux ou abusif, ce jugement risque de rester attach\u00e9 \u00e0 la personne toute sa vie. Le diagnostic va changer \u00e0 la fois la mani\u00e8re dont l\u2019individu se voit et la mani\u00e8re dont les autres le voient. Or, m\u00eame si les experts du\u00a0\u00abDSM-5\u00bb\u00a0peuvent avoir parfois raison dans leur fa\u00e7on de modifier telle ou telle cat\u00e9gorie diagnostique, et si chacun d\u2019eux peut avoir la comp\u00e9tence n\u00e9cessaire pour l\u2019appliquer de mani\u00e8re pertinente \u00e0 ses patients, il n\u2019en va pas de m\u00eame des m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes qui, aux \u00c9tats-Unis comme en France, prescrivent 80% des psychotropes.<\/p>\n<p>Ils ne sont pas form\u00e9s \u00e0 la psychiatrie et sont particuli\u00e8rement sensibles au marketing des laboratoires. Et pour ces derniers, comme je l\u2019ai dit, toute modification de diagnostic est une aubaine, parce qu\u2019elle permet de proposer de nouveaux m\u00e9dicaments ou de nouveaux usages pour des m\u00e9dicaments anciens. Ce qui accro\u00eet le co\u00fbt pour la collectivit\u00e9 et les risques d\u2019effets secondaires.\u00a0<em>[=&gt; Lire\u00a0<strong><a href=\"http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/en-partenariat-avec-books\/20120203.OBS0550\/a-qui-profitent-les-psychotropes.html\" target=\"_blank\">\u00ab\u00c0 qui profitent les psychotropes?\u00bb<\/a><\/strong>,\u00a0\u00abBoOks\u00bb, n\u00b029, f\u00e9vrier 2012.]<\/em><\/p>\n<p><em><strong>Vous d\u00e9noncez l\u2019inflation des diagnostics, mais que valent les \u00e9tudes statistiques sur la pr\u00e9valence des maladies mentales?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques sont structurellement gonfl\u00e9es. Sur le terrain, les enqu\u00eateurs ne sont pas en mesure d\u2019\u00e9valuer si un sympt\u00f4me est compl\u00e8tement pr\u00e9sent ou non. Si bien que les chiffres int\u00e8grent beaucoup de cas non significatifs. Par ailleurs, c\u2019est l\u2019int\u00e9r\u00eat des grandes institutions publiques de recherche, comme les NIH (<em>National Institutes of Health<\/em>) aux \u00c9tats-Unis, de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 des donn\u00e9es sur\u00e9valu\u00e9es. Cela leur permet de d\u00e9crocher davantage de cr\u00e9dits. Les compagnies pharmaceutiques, elles, tirent argument des taux \u00e9lev\u00e9s pour dire que beaucoup de malades ne sont pas identifi\u00e9s et qu\u2019il faut \u00e9largir le march\u00e9.<\/p>\n<p><strong><em>Le\u00a0\u00abDSM\u00bb\u00a0a moins d\u2019impact en France qu\u2019aux \u00c9tats-Unis, puisque chez nous le remboursement des frais m\u00e9dicaux n\u2019est pas directement li\u00e9 au diagnostic. Quel est le meilleur syst\u00e8me?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le syst\u00e8me am\u00e9ricain est tr\u00e8s contraignant, car le psychiatre ou le g\u00e9n\u00e9raliste est oblig\u00e9, si le patient veut faire jouer l\u2019assurance, de poser un diagnostic d\u00e8s la premi\u00e8re visite. Une visite qui, chez le g\u00e9n\u00e9raliste, est de sept minutes en moyenne (4)\u00a0! C\u2019est une source d\u2019erreurs, et d\u2019inflation des diagnostics et des d\u00e9penses de sant\u00e9. En France, il n\u2019y a pas d\u2019obligation de faire un diagnostic mais, du coup, de nombreux traitements sont engag\u00e9s sans examen s\u00e9rieux, et cela n\u2019emp\u00eache pas l\u2019explosion des d\u00e9penses de sant\u00e9.<\/p>\n<p><strong><em>Quelles solutions avez-vous en t\u00eate?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>D\u2019abord, je crois qu\u2019il faudrait envisager de r\u00e9former en profondeur la pratique m\u00e9dicale. Un psychiatre ou un m\u00e9decin devrait pouvoir attendre plusieurs s\u00e9ances avant de faire un diagnostic. La moiti\u00e9 des gens qui viennent pour un probl\u00e8me relevant de la psychiatrie se r\u00e9tablissent d\u2019eux-m\u00eames. Si le probl\u00e8me persiste, il faut recommander une psychoth\u00e9rapie avant de prescrire un m\u00e9dicament.<\/p>\n<p>Par ailleurs, il faudrait conduire des \u00e9tudes s\u00e9rieuses pour mieux identifier les secteurs o\u00f9 il y a surprescription et les malades graves qui au contraire \u00e9chappent au syst\u00e8me de soins (c\u2019est notamment le cas de bien des grands d\u00e9prim\u00e9s). Autrement dit, il y a un immense travail \u00e0 faire pour lutter contre la mauvaise allocation des ressources.<\/p>\n<p>Enfin, je crois que la proc\u00e9dure utilis\u00e9e pour fixer les crit\u00e8res diagnostiques a fait son temps. Il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence: l\u2019APA n\u2019est pas qualifi\u00e9e pour \u00e9valuer tout le faisceau de cons\u00e9quences m\u00e9dicales, \u00e9conomiques et sociales de la red\u00e9finition d\u2019un diagnostic. Il faudrait quelque chose comme une FDA (<em>Food and Drug Administration<\/em>) internationale. Mais la FDA n\u2019est pas non plus \u00e0 l\u2019abri des critiques. Il est plus facile de bl\u00e2mer que de construire.<\/p>\n<p><em>Propos recueillis par Bernard Granger et Olivier Postel-Vinay.<\/em><\/p>\n<p>1| La parution du DSM-5 est pr\u00e9vue aux \u00c9tats-Unis le 22\u00a0mai prochain. La traduction fran\u00e7aise devrait para\u00eetre en 2014.<\/p>\n<p>2| \u00c0 la suite d\u2019un d\u00e9bat houleux au sein de l\u2019<em>American Psychiatric Association<\/em>, le diagnostic de risque de psychose (<em>\u00absyndrome de psychose att\u00e9nu\u00e9e\u00bb<\/em>) a finalement \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9 du\u00a0\u00abDSM-5\u00bb\u00a0et inclus dans une liste de syndromes\u00a0<em>\u00abexigeant des \u00e9tudes compl\u00e9mentaires\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>3| Publi\u00e9e chez Masson, la version fran\u00e7aise du\u00a0\u00abDSM-IV\u00bb\u00a0co\u00fbte 123\u00a0\u20ac. L\u2019APA publie aussi un \u00abMini DSM-IV\u00bb, dont la version fran\u00e7aise chez Masson co\u00fbte 22\u00a0\u20ac.<\/p>\n<p>4| Quinze minutes en France.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/en-partenariat-avec-books\/20130329.OBS6215\/allen-frances-la-psychiatrie-est-en-derapage-incontrole.html\" target=\"_blank\">Lien vers l&rsquo;entretien<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec Allen Frances, psychiatre am\u00e9ricain, publi\u00e9 par BibliObs le 29 mars 2013 en partenariat avec la revue Books. Propos recueillis par Bernard Granger et Olivier Postel-Vinay. Le \u00abDSM-5\u00bb,\u00a0nouveau manuel de psychiatrie destin\u00e9 \u00e0 s\u2019imposer aux m\u00e9decins du monde entier, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1259\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-1259","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1259","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1259"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1259\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1261,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1259\/revisions\/1261"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1259"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1259"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1259"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}