{"id":1327,"date":"2013-05-01T21:40:21","date_gmt":"2013-05-01T19:40:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1327"},"modified":"2013-05-02T21:48:05","modified_gmt":"2013-05-02T19:48:05","slug":"les-mauvais-comptes-font-les-faux-amis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1327","title":{"rendered":"Les mauvais comptes font les faux amis"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-1328\" title=\"Couv-n\u00b01-avril-20131\" src=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Couv-n\u00b01-avril-20131-213x300.jpg\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Couv-n\u00b01-avril-20131-213x300.jpg 213w, https:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Couv-n\u00b01-avril-20131.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 170px) 100vw, 170px\" \/><\/p>\n<p><em>Article de Jean-Luc Gr\u00e9au publi\u00e9 dans Causeur n\u00b01, avril 2013.<\/em><\/p>\n<p>Le discours m\u00e9diatique et politique qui accompagne le drame de l\u2019euro et celui, concomitant, de l\u2019Europe, s\u2019efforce de r\u00e9duire son enjeu \u00e0 des trivialit\u00e9s. Le s\u00e9isme qui a commenc\u00e9 \u00e0 ravager le Vieux Continent viendrait de ce que certains pays ont commis des \u00ab\u00a0erreurs\u00a0\u00bb. Erreurs pardonnables, cela va de soi, mais surtout r\u00e9parables. Ceux qui se sont risqu\u00e9s \u00e0 nous lire savent ce que nous en pensons. Le vice de conception qui affecte l\u2019euro depuis son origine a provoqu\u00e9 une crise irr\u00e9m\u00e9diable dont la gravit\u00e9 s\u2019accentue au fil des mois sous l\u2019effet de politiques inop\u00e9rantes d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 publique et salariale.<\/p>\n<p>Mais il ne faut pas s\u2019en tenir \u00e0 la le\u00e7on intellectuelle de la malfa\u00e7on de l\u2019euro. Apr\u00e8s la Gr\u00e8ce, l\u2019Irlande, le Portugal, l\u2019Espagne, la crise op\u00e8re son action de d\u00e9voilement \u00e0 Chypre. La Chypre grecque, membre \u00e0 part enti\u00e8re de l\u2019Europe et de l\u2019euro. Ce pays provoque au sein des instances europ\u00e9ennes un conflit disproportionn\u00e9 au regard de sa population de 850\u00a0000 habitants et de son PIB affich\u00e9 de 16 milliards d\u2019euros \u00e9gal \u00e0 0, 2 % du PIB total de la zone. Mais il fournit surtout la quatri\u00e8me d\u00e9monstration de ces falsifications auxquelles se sont livr\u00e9es diff\u00e9rents pays, des fautes donc, et non pas des erreurs comme se plaisent \u00e0 le dire les commentateurs. R\u00e9capitulons ces falsifications.<\/p>\n<p><em>Le trucage des comptes publics grecs\u00a0<\/em>est la seule avou\u00e9e \u00e0 ce jour. Dans les faits, il y en a eu deux, de trucages. Le premier oubli\u00e9, qui a permis \u00e0 la Gr\u00e8ce de remplir les crit\u00e8res d\u2019appartenance \u00e0 l\u2019euro \u00e0 la fin de la d\u00e9cennie quatre-vingt-dix. C\u2019est \u00e0 ce trucage que Mario Draghi, alors pr\u00e9sident de Goldman Sachs Europe, a pr\u00eat\u00e9 son concours. Le deuxi\u00e8me a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Andr\u00e9as Papandr\u00e9ou apr\u00e8s son entr\u00e9e en fonctions \u00e0 l\u2019automne 2009. Ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs ne r\u00e9v\u00e9laient qu\u2019un petit tiers du d\u00e9ficit budg\u00e9taire accus\u00e9 par les finances publiques.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La question n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e de savoir comment les \u00e9chelons sup\u00e9rieurs, conseil des ministres ECOFIN, Commission europ\u00e9enne et BCE avaient pu ignorer la v\u00e9ritable situation financi\u00e8re d\u2019Ath\u00e8nes. Ils ne l\u2019ont pas ignor\u00e9e. Chaque Etat de la zone \u00e9met en effet deux adjudications hebdomadaires de bons et d\u2019obligations du Tr\u00e9sor, dont les montants renseignent sur l\u2019\u00e9volution de la tr\u00e9sorerie et du d\u00e9ficit. Leur croissance trahit la d\u00e9t\u00e9rioration de la situation financi\u00e8re. Nous avons vu cela \u00e0 l\u2019occasion de la crise occidentale\u00a0: tous les Tr\u00e9sors ont accru leurs \u00e9missions d\u2019emprunts. La mont\u00e9e en fl\u00e8che de celles du Tr\u00e9sor grec permettait de d\u00e9couvrir le pot aux roses. Mais Bruxelles et Francfort sont rest\u00e9s inertes.<\/p>\n<p><em>Le caract\u00e8re factice de la production irlandaise\u00a0<\/em>n\u2019appara\u00eet nulle part. Ce pays, entr\u00e9 le deuxi\u00e8me dans le processus de crise, a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de concours massifs du fonds de sauvetage europ\u00e9en, apr\u00e8s la faillite cataclysmique de ses banques. Le Tigre celtique s\u2019\u00e9tait dop\u00e9 \u00e0 l\u2019EPO de la dette. On a donc cess\u00e9 de s\u2019extasier sur les performances de l\u2019\u00e9conomie de Dublin. Mais, ce faisant, on a commis une seconde erreur d\u2019appr\u00e9ciation, plus significative que la premi\u00e8re, \u00e0 notre humble avis. Car le PIB irlandais affich\u00e9 apr\u00e8s une r\u00e9cession avou\u00e9e de plus de 10% est encore faux. Non pas qu\u2019il soit falsifi\u00e9 comme l\u2019ont \u00e9t\u00e9 les comptes publics de la Gr\u00e8ce. Mais c\u2019est un PIB \u00ab\u00a0comptable\u00a0\u00bb. Le PIB, en Irlande comme partout ailleurs, repr\u00e9sente la somme des valeurs ajout\u00e9es par les entreprises travaillant sur le territoire. Tout d\u00e9pend donc de la fa\u00e7on dont ces valeurs ajout\u00e9es apparaissent dans les comptes des entreprises. Or, les entreprises multinationales op\u00e9rant en Irlande, General Electric ou les groupes pharmaceutiques, s\u2019ing\u00e9nient \u00e0 transf\u00e9rer vers Dublin la valeur ajout\u00e9e et les profits qui se forment sous d\u2019autres cieux (1), aux Etats-Unis ou en Europe continentale, afin de b\u00e9n\u00e9ficier du taux d\u2019imposition des b\u00e9n\u00e9fices de 12%. Avec un impact \u00e9norme sur le PIB d\u2019un pays de 4,4 millions d\u2019habitants.<\/p>\n<p>Cet impact ne peut se mesurer qu\u2019indirectement. D\u2019abord avec les donn\u00e9es de la production par t\u00eate. En 2012, l\u2019Irlandais au travail a repr\u00e9sent\u00e9 une production par t\u00eate sup\u00e9rieure \u00e0 celle de ses homologues allemand et fran\u00e7ais. Ensuite, avec celles de la composition du PIB. Celui de l\u2019Irlande est compos\u00e9 aux neuf dixi\u00e8mes par les exportations\u00a0! Cela signifie que les productions de toutes sortes destin\u00e9es \u00e0 la demande locale, depuis le coiffeur jusqu\u2019au professeur, en passant par le camionneur ou le boulanger, ne fournissent qu\u2019un dixi\u00e8me de la richesse produite. Et cela signifie encore que l\u2019Irlandais exporte beaucoup plus que l\u2019Allemand ou le Su\u00e9dois.<\/p>\n<p>Le PIB, gonfl\u00e9 par les manipulations comptables des multinationales, est largement factice. Et c\u2019est pourquoi le gouvernement de Dublin a toujours refus\u00e9 de normaliser son taux d\u2019imposition sur les b\u00e9n\u00e9fices. Il en d\u00e9coulerait un effondrement comptable du PIB et, dans son sillage, une explosion des chiffres des d\u00e9ficits et des dettes. La dette publique de l\u2019Irlande, comptabilis\u00e9e \u00e0 plus 110% du PIB, se verrait massivement r\u00e9\u00e9valu\u00e9e, \u00e0 un niveau proche de celui de la Gr\u00e8ce, soit 180% \u00e0 peu pr\u00e8s. Il faudrait avouer, une fois pour toutes, l\u2019insolvabilit\u00e9 de l\u2019Irlande.<\/p>\n<p><em>La falsification du PIB espagnol<\/em>\u00a0par le gouvernement et la banque d\u2019Espagne. \u00a0Nous nous en sommes expliqu\u00e9s dans \u00ab\u00a0Le taureau espagnol au centre de l\u2019ar\u00e8ne europ\u00e9enne\u00a0\u00bb (2). Le montant de la consommation totale reste stable, alors que la consommation de d\u00e9tail, qui en repr\u00e9sente la moiti\u00e9, a baiss\u00e9 de 30%. Une baisse de plusieurs points de PIB est ainsi gomm\u00e9e par les statisticiens ind\u00e9licats. Une confirmation indirecte pr\u00e9cieuse de cette falsification nous est par ailleurs fournie par les chiffres du ch\u00f4mage. Entre 2007 et fin 2012, les taux de ch\u00f4mage de la Gr\u00e8ce et de l\u2019Espagne ont suivi des \u00e9volutions parall\u00e8les, grimpant de 8 \u00e0 26% de la population active, tandis que les baisses respectives des PIB affich\u00e9es par les deux pays \u00e9taient de 16% et de 5,5%. Tout commentaire suppl\u00e9mentaire semble superflu.<\/p>\n<p>En point d\u2019orgue, peut-\u00eatre provisoire,\u00a0<em>les faux chiffres de l\u2019\u00e9conomie chypriote<\/em>. En quelques jours, \u00e0 la faveur de la faillite de l\u2019\u00eele, nous avons subi une avalanche d\u2019informations rest\u00e9es fort discr\u00e8tes jusqu\u2019ici. Dans l\u2019ordre\u00a0: les banques chypriotes accueillent quelque 70 milliards d\u2019euros de d\u00e9p\u00f4ts locaux et \u00e9trangers, soit un montant repr\u00e9sentant quatre fois et demie le montant du PIB comptable, tandis que dans nos pays, la proportion oscille entre une fois et demie et deux fois le PIB. 30 de ces 70 milliards sont d\u00e9tenus par d\u2019honorables ressortissants de la mafia russe. Durant la p\u00e9riode de crise, les montants des d\u00e9p\u00f4ts des \u00e9trangers et des chypriotes n\u2019ont cess\u00e9 de s\u2019accro\u00eetre, comme si Chypre b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une prosp\u00e9rit\u00e9 inconnue ailleurs en Europe. L\u2019essor de l\u2019activit\u00e9 bancaire a port\u00e9 leur contribution au PIB \u00e0 45% du total (3). Cela a d\u00e9bouch\u00e9 cependant sur une faillite des banques qui avaient replac\u00e9 imprudemment leurs avoirs sur le march\u00e9 de la grande s\u0153ur grecque victime d\u2019une d\u00e9pression. Nous d\u00e9couvrons en d\u00e9finitive la v\u00e9ritable nature de l\u2019\u00e9conomie chypriote\u00a0: une lessiveuse de l\u2019argent noir et un centre de trafics permettant de falsifier la qualit\u00e9 des marchandises circulant dans l\u2019espace m\u00e9diterran\u00e9en et europ\u00e9en (4), en \u00e9change d\u2019une commission.<\/p>\n<p>L\u2019Europe lib\u00e9rale et d\u00e9mocratique vit d\u00e9sormais sous le signe d\u2019une falsification qui la rapproche de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Mais il lui manque le Mikha\u00efl Gorbatchev qui appellerait \u00e0 la \u00ab\u00a0glasnost\u00a0\u00bb (transparence) et \u00e0 la \u00ab\u00a0perestro\u00efka\u00a0\u00bb (restructuration), le chevalier blanc qui ouvrirait une nouvelle \u00e8re de notre existence commune. Existe-t-il\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Jean-Luc Gr\u00e9au\u00a0<\/span><\/p>\n<div>(1)<span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">\u00a0Par le m\u00e9canisme des prix de transferts bien\u00a0 connu des comptables et des fiscalistes. General Electric joue si bien des prix de transferts qu\u2019il ne paie pas d\u2019imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices aux Etats-Unis, berceau historique de son activit\u00e9.<\/span><\/div>\n<div><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">(2)\u00a0Voir Causeur n\u00b048, juin 2012.<\/span><\/div>\n<div><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">(3)\u00a0La banque anglaise n\u2019a jamais d\u00e9pass\u00e9 une proportion de 10% du PIB du Royaume-Uni.<\/span><\/div>\n<div><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">(4)\u00a0Par le biais de traders comme celui qui est impliqu\u00e9 dans l\u2019affaire du minerai de viande.<\/span><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Jean-Luc Gr\u00e9au publi\u00e9 dans Causeur n\u00b01, avril 2013. Le discours m\u00e9diatique et politique qui accompagne le drame de l\u2019euro et celui, concomitant, de l\u2019Europe, s\u2019efforce de r\u00e9duire son enjeu \u00e0 des trivialit\u00e9s. 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