{"id":1387,"date":"2013-07-01T16:56:44","date_gmt":"2013-07-01T14:56:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1387"},"modified":"2013-07-02T17:00:50","modified_gmt":"2013-07-02T15:00:50","slug":"le-politico-religieux-source-de-violences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1387","title":{"rendered":"Le politico-religieux, source de violences ?"},"content":{"rendered":"<p><em>Conf\u00e9rence de Car\u00eame du 17 mars 2013 prononc\u00e9e par Jean-Marie Lacrosse en la Cath\u00e9drale de Li\u00e8ge.<\/em><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Je remercie vivement les organisateurs de ces conf\u00e9rences de Car\u00eame de m\u2019avoir invit\u00e9 \u00e0 traiter d\u2019un sujet dont la pr\u00e9paration n\u2019a cependant pas \u00e9t\u00e9 sans douleur ni difficult\u00e9. Y dominent en effet souvent, particuli\u00e8rement dans notre monde, la confusion et le brouillard caract\u00e9ristiques des objets qui soul\u00e8vent de puissantes passions d\u00e9mocratiques. Le refus de la violence, la volont\u00e9 d\u2019installer les hommes dans un \u00e9tat de paix durable qui transcende leurs diff\u00e9rences et leurs particularit\u00e9s, r\u00e9alisant ainsi un \u00ab\u00a0projet de paix perp\u00e9tuelle\u00a0\u00bb, selon l\u2019expression d\u2019Emmanuel Kant, font partie de ces passions d\u00e9mocratiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Si l\u2019on veut tenter d\u2019y voir clair, une d\u00e9finition rigoureuse des mots employ\u00e9s s\u2019impose pr\u00e9alablement \u00e0 toute analyse. Je commencerai donc par l\u00e0. Que voulons-nous dire exactement par ce titre\u00a0: le politico-religieux, source de violences, c\u2019est-\u00e0-dire en fait, qu\u2019est-ce que le politique\u00a0? Qu\u2019est-ce que la religion\u00a0? Qu\u2019est-ce que la violence\u00a0? Sur ces bases, je proposerai ensuite une hypoth\u00e8se\u00a0 qui peut se r\u00e9sumer comme suit\u00a0: il n\u2019y a aucune relation intrins\u00e8que entre la religion et la violence. Par intrins\u00e8que, j\u2019entends une relation en quelque sorte directe et imm\u00e9diate, quelle que soit la fa\u00e7on dont on l\u2019entend\u00a0: soit que l\u2019on consid\u00e8re la religion comme facteur ou source de violences potentielles, soit que l\u2019on y voit, comme cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 la semaine derni\u00e8re, un r\u00f4le canalisateur et r\u00e9gulateur de la violence.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Pour traiter de ces questions, je m\u2019appuierai sur l\u2019\u0153uvre, d\u00e9j\u00e0 monumentale \u00e0 ce jour, du philosophe Marcel Gauchet. Principalement mais non pas uniquement\u00a0: il existe en effet des travaux de port\u00e9e plus limit\u00e9e qui se sont directement adress\u00e9s \u00e0 notre question. Je pense par exemple \u00e0 un texte du sociologue Gilles Lipovetsky, plus tout r\u00e9cent puisqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1983 dans le premier livre de l\u2019auteur\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e8re du vide. Essai sur l\u2019individualisme contemporain\u00a0\u00bb, dont le chapitre VI s\u2019intitule \u00ab\u00a0Violences sauvages, violences modernes\u00a0\u00bb. Je pense \u00e9galement \u00e0 un livre de Jacques S\u00e9melin, publi\u00e9 en 2005, \u00ab\u00a0Purifier et d\u00e9truire. Usages politiques des massacres et g\u00e9nocides\u00a0\u00bb, une source incontournable pour comprendre les violences extr\u00eames qui ont marqu\u00e9 le 20<\/span><sup style=\"line-height: 19px;\">\u00e8me<\/sup><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> si\u00e8cle\u00a0: Allemagne nazie, Cambodge, Yougoslavie, Rwanda. C\u2019est cependant l\u2019\u0153uvre de Marcel Gauchet qui par sa rigueur et son ampleur servira en quelque sorte d\u2019\u00e9pine dorsale \u00e0 cette r\u00e9flexion. Elle a, me semble-t-il, d\u2019in\u00e9galables vertus clarificatrices quant \u00e0 la teneur et au mouvement de l\u2019aventure humaine dans son ensemble. Elle se pr\u00e9sente elle-m\u00eame comme un programme visant \u00e0 recenser et \u00e0 ouvrir les principaux chantiers intellectuels qui seront les n\u00f4tres au 21<\/span><sup style=\"line-height: 19px;\">\u00e8me<\/sup><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> si\u00e8cle. De m\u00eame qu\u2019il y a eu un avant et un apr\u00e8s Platon, Descartes, Kant, Hegel, etc, il y aura dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e, c\u2019est ma conviction intime, un avant et un apr\u00e8s Marcel Gauchet.<\/span><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">D\u00e9tournant une formule du 12<\/span><sup style=\"line-height: 19px;\">\u00e8me<\/sup><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> si\u00e8cle, attribu\u00e9e \u00e0 Bernard de Chartres et utilis\u00e9e au fil des si\u00e8cles par divers auteurs, \u00ab\u00a0Nous sommes des nains juch\u00e9s sur les \u00e9paules de g\u00e9ants\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Nani gigantum humeris insidentes\u00a0\u00bb), Marcel Gauchet introduit ainsi Le d\u00e9senchantement du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes des nains qui ont oubli\u00e9 de monter sur les \u00e9paules de g\u00e9ants. Si l\u2019altitude de leurs prouesses nous est interdite, le secours de leur taille nous reste offert\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Je vais si vous le permettez prendre cette recommandation tr\u00e8s au s\u00e9rieux et m\u2019efforcer de monter sur les \u00e9paules de Marcel Gauchet. Heureusement, en ce saint lieu, la vo\u00fbte est suffisamment \u00e9lev\u00e9e pour que je ne risque pas de me cogner la t\u00eate.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Commen\u00e7ons donc par tenter de saisir une des sources les plus communes de la confusion que j\u2019\u00e9voquais \u00e0 l\u2019instant\u00a0: la religion est en fait passible de deux d\u00e9finitions ou mieux l\u2019histoire des religions comporte deux \u00e9tapes bien distinctes. Spontan\u00e9ment, nous attribuons \u00e0 l\u2019id\u00e9e de religion ce qu\u2019elle est devenue pour nous aujourd\u2019hui\u00a0: des croyances portant sur l\u2019au-del\u00e0 du monde humain. C\u2019est bien la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame du pr\u00e9sent qui nous emp\u00eache de voir ou nous fait percevoir de fa\u00e7on d\u00e9form\u00e9e ce que la religion a \u00e9t\u00e9 depuis les origines de l\u2019humanit\u00e9 dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s humaines.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">De tout temps, le religieux a \u00e9t\u00e9 directement associ\u00e9 et articul\u00e9 au politique (ce qui peut justifier le titre de cette conf\u00e9rence \u00ab\u00a0le politico-religieux\u00a0\u00bb). Il a repr\u00e9sent\u00e9 autrement dit un mode de structuration de l\u2019espace humain-social. Organisation, structuration, qu\u2019est-ce \u00e0 dire sinon que la religion renvoie historiquement \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 bien plus vaste et bien plus englobante que les croyances individuelles qui par exemple rassemblent les chr\u00e9tiens en ce lieu chaque dimanche. Un pharaon, un empereur romain, un roi sacr\u00e9, c\u2019est de la religion, c\u2019est-\u00e0-dire des instances organisatrices de la soci\u00e9t\u00e9 dont ils sont en quelque sorte la cl\u00e9 de vo\u00fbte. C\u2019est de ces instances qu\u2019\u00e9mane toute norme, toute l\u00e9gitimit\u00e9, tout pouvoir dans la soci\u00e9t\u00e9. Un roi, \u00e9crit Marcel Gauchet, c\u2019est un <\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">\u00ab\u00a0concentr\u00e9 de religion \u00e0 visage politique\u00a0\u00bb.<\/em><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> Cet exemple seul peut nous aider \u00e0 comprendre comment de tout temps et en tout lieu la religion a \u00e9t\u00e9 directement impliqu\u00e9e dans l\u2019agencement du collectif. Et nous saisissons mieux \u00e0 partir de l\u00e0 comment nous sommes aujourd\u2019hui enti\u00e8rement sortis de ce monde\u00a0: chr\u00e9tiens ou non chr\u00e9tiens, nous trouverions tous incongrus de m\u00ealer Dieu \u00e0 nos affaires politiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Se pose d\u00e8s lors la question\u00a0: qu\u2019est-ce qui structure et organise le collectif aujourd\u2019hui et fait de notre univers moderne, une exception \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019histoire humaine (mais une exception qui est en train de se g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 l\u2019ensemble de la plan\u00e8te)\u00a0?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Eh bien, c\u2019est le politique dont on peut donner une d\u00e9finition finalement assez simple\u00a0: le politique, c\u2019est l\u2019ensemble des conditions qui rendent possible l\u2019existence m\u00eame des communaut\u00e9s humaines. Il est, disons-nous, instituant au sens o\u00f9 c\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 qui doit se donner \u00e0 elle-m\u00eame ces conditions. Elle ne les trouve pas dans la nature mais elle ne peut non plus se les donner dans une pleine conscience, par une sorte de contrat pass\u00e9 entre ses membres. C\u2019est cet entre-deux que la sociologie a identifi\u00e9 depuis son origine par le concept d\u2019institution. Je cite Marcel Gauchet\u00a0: <\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">\u00ab\u00a0[Une communaut\u00e9 humaine] rel\u00e8ve de l\u2019institution, en ceci qu\u2019elle produit elle-m\u00eame sa coh\u00e9sion et son identit\u00e9, qu\u2019elle les reproduit en permanence (\u2026). Le politique est ce qui pourvoit les communaut\u00e9s humaines de leur propri\u00e9t\u00e9 la plus d\u00e9cisive et la plus \u00e9nigmatique\u00a0: leur r\u00e9flexivit\u00e9 en acte\u00a0\u00bb.<\/em><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> C\u2019est \u00e0 cette \u00e9nigme qu\u2019est cens\u00e9e se vouer ma profession, la sociologie. Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette chose bizarre, myst\u00e9rieuse, que nous appelons soci\u00e9t\u00e9\u00a0et qui ne fait justement pas partie des choses\u00a0? Une soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas une chose. Elle n\u2019existe pas positivement comme ce pupitre, cette chaise, etc. Elle n\u2019existe qu\u2019en se faisant et en agissant en permanence sur elle-m\u00eame, en se r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 travers cette action m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Mais comment une soci\u00e9t\u00e9 peut-elle agir sur elle-m\u00eame, se r\u00e9fl\u00e9chir elle-m\u00eame\u00a0? C\u2019est ici que nous voyons poindre les raisons de son association multimill\u00e9naire avec la religion, je vais y venir. Mais r\u00e9fl\u00e9chissons d\u2019abord un instant si vous le voulez bien \u00e0 ce que veut dire r\u00e9fl\u00e9chir\u00a0! Quand nous disons \u00ab\u00a0je r\u00e9fl\u00e9chis\u00a0\u00bb, cela veut dire que nous op\u00e9rons en nous-m\u00eame une scission, une division, une s\u00e9paration entre deux parties de nous, une partie qui r\u00e9fl\u00e9chit et l\u2019autre qui est r\u00e9fl\u00e9chie. Nous entrons en relation avec nous-m\u00eame \u00e0 partir d\u2019un point de vue que nous posons comme ext\u00e9rieur \u00e0 nous-m\u00eame bien qu\u2019il vienne de l\u2019int\u00e9rieur de nous\u00a0: le dedans ne se conna\u00eet et ne s\u2019\u00e9claire qu\u2019en prenant appui sur un dehors.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Cette propri\u00e9t\u00e9 fondamentale, nous pouvons l\u2019appliquer aux collectivit\u00e9s humaines\u00a0: elles ne peuvent avoir de prise sur elles-m\u00eames et disposer d\u2019elles-m\u00eames qu\u2019en se mettant \u00e0 distance d\u2019elles-m\u00eames. D\u2019ailleurs, soit dit en passant, ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces collectivit\u00e9s humaines ainsi organis\u00e9es que nous recevons notre capacit\u00e9 de r\u00e9flexion individuelle, ce n\u2019est pas encore une fois une donn\u00e9e de nature. C\u2019est ce processus d\u2019ext\u00e9riorisation que nous pouvons voir \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans trois registres ou trois dimensions principales du politique\u00a0: le pouvoir, la norme, le conflit. Le pouvoir met \u00e0 distance celui qui parle au nom de tous. La norme est ce qui s\u2019impose \u00e0 tous identiquement, comme du dehors, et qui n\u2019appartient \u00e0 personne en particulier. Le conflit est ce qui divise les hommes entre eux mais qui, par l\u00e0-m\u00eame, fait paradoxalement ressortir ce qui les unit\u00a0: ils se divisent tous sur ce qui les unit, et mettent ainsi en \u00e9vidence cette totalit\u00e9 \u00e0 propos de laquelle ils s\u2019opposent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">C\u2019est ce rapport r\u00e9flexif que l\u2019humanit\u00e9 entretient avec elle-m\u00eame \u00e0 travers le politique qui a rendu possible sur la tr\u00e8s longue dur\u00e9e l\u2019intrication historique du politique et du religieux. Le politico-religieux peut se d\u00e9finir comme une mani\u00e8re d\u2019exercer cette r\u00e9flexivit\u00e9 en acte qui implique le pouvoir, la norme, le conflit, le changement, toutes ces caract\u00e9ristiques propres \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce humaine et qui rel\u00e8vent pr\u00e9cis\u00e9ment du politique. Mais c\u2019est une mani\u00e8re \u00e9minemment paradoxale puisque tout en reconnaissant ces ressources qui lui garantissent sa possession d\u2019elle-m\u00eame, elle s\u2019en d\u00e9poss\u00e8de. Elle les met en \u0153uvre mais sur le mode de la d\u00e9n\u00e9gation, en les refusant et en les conjurant\u00a0: le pouvoir, la norme, le changement ne viennent pas de nous mais d\u2019autres que nous \u00e0 qui nous devons tout ce que nous sommes, des anc\u00eatres, des h\u00e9ros, des dieux. L\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 interne caract\u00e9ristique du politique se mue ici en ext\u00e9riorit\u00e9 externe, l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 politique en ext\u00e9riorit\u00e9 religieuse qui institue l\u2019humanit\u00e9 sous le signe de la d\u00e9pendance et de la d\u00e9possession.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Appr\u00e9hender cette d\u00e9finition, vous l\u2019aurez compris, suppose une disposition mentale sensible au caract\u00e8re paradoxal et contradictoire de la condition humaine. La religion, \u00e9crit Gauchet, c\u2019est au plus profond, le <\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">\u00ab\u00a0choix qu\u2019a fait depuis toujours l\u2019humanit\u00e9 de se poss\u00e9der en consentant \u00e0 sa d\u00e9possession\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Enigme par excellence de l\u2019histoire humaine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0paradoxe capital qui contient la cl\u00e9 de toute notre histoire\u00a0\u00bb<\/em><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">, notre auteur ne tente jamais de dissimuler ni m\u00eame d\u2019att\u00e9nuer le caract\u00e8re hautement paradoxal de sa d\u00e9finition. Et, proposition d\u2019apparence a priori absurde et scandaleuse pour tout sociologue des religions au fait de l\u2019universalit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne religieux, il enfonce le clou\u00a0: la religion (ou mieux le politico-religieux) est un ph\u00e9nom\u00e8ne historique qui aurait pu ne pas exister et dont l\u2019histoire europ\u00e9enne a pour caract\u00e9ristique principale de nous en avoir fait sortir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Mais, tout en reconnaissant son adh\u00e9sion \u00e0 la solution la\u00efque, la s\u00e9paration de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat, du religieux et du politique (solution que l\u2019on pourrait d\u2019ailleurs tout aussi bien nommer la solution chr\u00e9tienne), il revalorise l\u2019intention religieuse primordiale faite de d\u00e9pendance et de d\u00e9possession. <\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">\u00ab\u00a0Tout se passe comme si l\u2019humanit\u00e9 n\u2019avait pu manifester sa possession d\u00e9finitionnelle d\u2019elle-m\u00eame que par sa d\u00e9possession m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb. <\/em><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Autrement dit, elle a d\u00fb, pour parvenir \u00e0 se d\u00e9finir elle-m\u00eame, se donner pour d\u00e9finition de ne pas se d\u00e9finir puisqu\u2019elle se vivait d\u00e9finie par d\u2019autres depuis ailleurs qu\u2019elle-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p>T\u00e9moin de cette revalorisation qui rompt avec le militantisme antireligieux des auteurs des 18<sup>\u00e8me<\/sup> et 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles (comme Marx, le fameux \u00ab\u00a0opium du peuple\u00a0\u00bb) mais qui s\u2019inscrit dans le sillage du fondateur de la sociologie, Durkheim, un texte peu connu au titre significatif, \u00ab\u00a0Ce que nous avons perdu avec la religion\u00a0\u00bb. J\u2019en cite deux courts extraits. <em>\u00ab\u00a0Ce quelque chose qui se d\u00e9robe \u00e0 nous, et que nous devions, \u00e0 mon sens, \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage des religions, c\u2019est ni plus ni moins ce qui nous permettait d\u2019appr\u00e9hender nos soci\u00e9t\u00e9s comme des ensembles coh\u00e9rents et d\u2019envisager d\u2019agir globalement sur elles pour les transformer de mani\u00e8re concert\u00e9e, quelle que soit ensuite la fa\u00e7on de concevoir cette action transformatrice\u00a0\u00bb<\/em>. Deuxi\u00e8me extrait. <em>\u00ab\u00a0Nous jouissons d\u2019une libert\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e de nous gouverner nous-m\u00eames, chacun dans notre coin et pour notre compte. Mais l\u2019horizon du gouvernement en commun, lui, s\u2019est \u00e9vanoui. L\u2019id\u00e9e d\u2019une prise sur l\u2019organisation de notre monde n\u2019a plus ni support, ni instrument, ni relais. Nous ne pouvons plus gu\u00e8re imaginer l\u2019action historique que comme la r\u00e9sultante d\u2019une myriade d\u2019initiatives dispers\u00e9es, toutes l\u00e9gitimes et toutes fermement d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 ne rien c\u00e9der sur leur ind\u00e9pendance. Nous ne pouvons plus imaginer la coexistence humaine, en d\u2019autres termes, que sous les traits d\u2019un march\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, comme le seul mode de r\u00e9alisation de la compossibilit\u00e9 entre des libert\u00e9s \u00e9gales\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">La religion n\u2019a-t-elle plus de place dans ce monde que son effacement semble soustraire, provisoirement peut-\u00eatre, \u00e0 toute prise d\u2019ensemble\u00a0? Il faut ici revenir \u00e0 ce que je soulignais en commen\u00e7ant cet expos\u00e9\u00a0: la religion est en fait passible de deux d\u00e9finitions bien distinctes, ce qui rend d\u2019ailleurs p\u00e9rilleux et difficile de nommer ce qu\u2019elle est devenue pour nous. La religion a perdu sa fonction sociale mais elle est toujours l\u00e0\u00a0: elle n\u2019est pas, loin de l\u00e0, une dimension purement et simplement d\u00e9pourvue de sens. S\u2019\u00e9tant int\u00e9gralement d\u00e9fonctionnalis\u00e9e sur le plan social au profit d\u2019un fonctionnement social int\u00e9gralement ind\u00e9pendant de la religion, elle est toujours l\u00e0 et bien l\u00e0. Elle se d\u00e9finit d\u00e9sormais et de plus en plus par ce que Gauchet appelle <\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">\u00ab\u00a0son ancrage anthropologique\u00a0\u00bb<\/em><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">, ce qui dans la constitution de l\u2019homme en fait un \u00eatre de religion ou un \u00eatre susceptible de religion. Ni la science, ni la politique, ne r\u00e9pondent aux questions que nous nous posons tous quant \u00e0 notre voyage ici-bas\u00a0: pourquoi suis-je n\u00e9\u00a0? qu\u2019est-ce que je fais ici\u00a0? vais-je dispara\u00eetre \u00e0 jamais et \u00eatre oubli\u00e9 de tous, comme si je n\u2019avais jamais v\u00e9cu\u00a0? Nous ne sommes qu\u2019au tout d\u00e9but de cette nouvelle histoire du religieux dont cependant nous pouvons d\u00e9j\u00e0 discerner quelques contours dans l\u2019actualit\u00e9. Et en premier lieu, celui-ci qui est saisissant\u00a0: les religions sont de plus en plus enti\u00e8rement orient\u00e9es vers ce projet de paix perp\u00e9tuelle que j\u2019\u00e9voquais en commen\u00e7ant. Elles ont, \u00e0 mon sens, un r\u00f4le crucial \u00e0 y jouer en tant qu\u2019instances de dialogue entre les cultures et les civilisations.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Vous m\u2019excuserez d\u2019avoir fait ce long d\u00e9tour avant d\u2019en arriver au sujet qui nous occupe cette ann\u00e9e. Il \u00e9tait n\u00e9cessaire, me semble-t-il, pour sortir des approximations hasardeuses dont la question de la violence fait l\u2019objet, particuli\u00e8rement dans le traitement que lui r\u00e9servent les m\u00e9dias. Remarquons encore que le th\u00e8me de la violence n\u2019est pas central dans l\u2019\u0153uvre de Marcel Gauchet \u00e0 la diff\u00e9rence des th\u00e8mes du conflit, de la contradiction et de la folie qui la sous-tendent et l\u2019orchestrent de part en part. C\u2019est par exemple la contradiction et la folie d\u00e9lirante qui sont au c\u0153ur de son dernier ouvrage sur les totalitarismes\u00a0: les violences apocalyptiques et cataclysmiques qui ont marqu\u00e9 le 20<\/span><sup style=\"line-height: 19px;\">\u00e8me<\/sup><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> si\u00e8cle en sont une cons\u00e9quence et non une cause. C\u2019est \u00e9galement les contradictions que g\u00e9n\u00e8re, via la globalisation, la modernisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des espaces extra-occidentaux, processus endog\u00e8ne et qui a pris dix si\u00e8cles pour l\u2019Occident, alors qu\u2019il est v\u00e9cu comme exog\u00e8ne pour les soci\u00e9t\u00e9s qu\u2019il touche aujourd\u2019hui, qui sont susceptibles de rendre compte de la virulence qui caract\u00e9rise les fondamentalismes religieux contemporains\u00a0: l\u2019appropriation des outils techniques, \u00e9conomiques et scientifiques forg\u00e9s en Occident, bien que souhait\u00e9e et recherch\u00e9e, repr\u00e9sente \u00e9galement une menace identitaire g\u00e9n\u00e9ratrice de convulsions telluriques. Et rien d\u2019\u00e9tonnant si c\u2019est dans l\u2019aire arabo-musulmane que celles-ci se sont le plus exacerb\u00e9es puisqu\u2019ici le sentiment mill\u00e9naire de sup\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis des occidentaux, identifi\u00e9s comme chr\u00e9tiens, se transforme en sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 et d\u2019humiliation. Mais de nouveau, tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes n\u2019ont rien \u00e0 voir avec une religion qui porterait en elle la violence comme l\u2019orage porte la foudre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Le point capital est donc celui-ci\u00a0: de m\u00eame qu\u2019il y a deux \u00e9tapes distinctes dans l\u2019histoire de la religion, il y a \u00e9galement deux \u00e9tapes dans l\u2019histoire de la violence. Le point de passage de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, le tournant majeur de l\u2019histoire de ce point de vue, c\u2019est tr\u00e8s clairement pour Gauchet la pr\u00e9dication de J\u00e9sus Christ. Son histoire politique de la religion consacre des pages lumineuses \u00e0 la personne et au message du Christ. Celles-ci, hasard ou volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de l\u2019auteur,\u00a0 je ne sais, prennent d\u2019ailleurs place juste au centre du livre, comme s\u2019il s\u2019agissait de marquer que nous sommes bien l\u00e0 au centre de l\u2019histoire politique de la religion, \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 elle bifurque.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Quel meilleur endroit que celui-ci pour vous en lire une page cruciale. Apr\u00e8s avoir expliqu\u00e9 en quoi J\u00e9sus fonctionne en r\u00e9alit\u00e9 comme un messie \u00e0 l\u2019envers, en ce qu\u2019il occupe une place humble, tout en bas de la pyramide sociale alors qu\u2019on attendait au sommet le messie, roi de la fin des temps destin\u00e9 \u00e0 destituer l\u2019empereur pour faire triompher son peuple et r\u00e9concilier mystiquement la terre enti\u00e8re avec la loi du ciel, Gauchet continue\u00a0: <\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">\u00ab\u00a0Car il ne fait pas qu\u2019aller se situer \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la place par avance assign\u00e9e au monarque messianique. Il enseigne le contraire de ce qu\u2019eut \u00e9t\u00e9 son message et sa norme implacable. L\u00e0 o\u00f9 le roi des derniers jours eut appel\u00e9 \u00e0 la guerre, J\u00e9sus annonce l\u2019amour\u00a0. La loi de l\u2019autre monde, autrement dit, celle dont il porte t\u00e9moignage, n\u2019a rien \u00e0 voir avec les supr\u00eames imp\u00e9ratifs de la puissance en ce monde. La victoire de la vraie foi, ce ne sera pas le rassemblement de tous les hommes sous un r\u00e8gne unique conjoignant lui-m\u00eame le ciel et la terre\u00a0; ce sera le renversement complet de ce qui fut l\u2019universelle r\u00e8gle des hommes. Vivre selon la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019autre monde, c\u2019est se d\u00e9lier de ce qui est l\u2019obligation par excellence aux yeux de ce monde, \u00e0 savoir la r\u00e9ciprocit\u00e9 violente, la voie du sang, le d\u00e9sir de vengeance comme dette envers sa communaut\u00e9 d\u2019appartenance. Au principe de la guerre, il y a la contrainte m\u00eame du lien de soci\u00e9t\u00e9, du plan le plus humble de la solidarit\u00e9 de groupe et du tribut \u00e0 lui payer au plan de l\u2019id\u00e9al politique le plus \u00e9lev\u00e9, \u00e0 savoir la r\u00e9alisation belliqueuse de la paix par l\u2019unit\u00e9 du pouvoir terrestre. De la quotidienne loi du talion au dessein illimit\u00e9 de conqu\u00eate, sa n\u00e9cessit\u00e9 est celle ni plus ni moins du primat du collectif et de sa r\u00e9affirmation, voire, dans le cas de l\u2019assaut donn\u00e9 au monde, de sa r\u00e9alisation pleine et parfaite sous la forme d\u2019une communaut\u00e9 universelle capable d\u2019int\u00e9grer absolument les \u00eatres dans son ordre dans la mesure o\u00f9 elle serait elle-m\u00eame absolument unie \u00e0 l\u2019ultime fondement. Il faut avoir cet enjeu \u00e0 l\u2019esprit pour appr\u00e9cier l\u2019incommensurable port\u00e9e du retournement christique. L\u2019amour, c\u2019est en v\u00e9rit\u00e9 la distance int\u00e9rieure de l\u2019individu au lien de soci\u00e9t\u00e9, sa d\u00e9liaison intime de l\u2019originelle obligation de communaut\u00e9. Non pas leur rejet ou leur contestation ouverte\u00a0: leur d\u00e9sertion silencieuse et priv\u00e9e. J\u00e9sus ne d\u00e9clare pas dissous l\u2019ancien principe d\u2019appartenance et le syst\u00e8me des devoirs qui l\u2019accompagne. Il d\u00e9signe et instaure \u00e0 c\u00f4t\u00e9 une toute autre compr\u00e9hension de l\u2019obligation, \u00e0 base d\u2019autonomie du c\u0153ur. Il ne fonde pas un ordre individualiste. Mais il suscite une personne, un individu du dedans enti\u00e8rement d\u00e9gag\u00e9s du point de vue de la r\u00e8gle \u00e0 laquelle ils ob\u00e9issent, et des fins qu\u2019ils poursuivent, de la loi de l\u2019inclusion qui r\u00e9git ce bas monde\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">L\u2019essentiel est dit dans ce paragraphe\u00a0: au principe de la guerre et des violences qu\u2019elle entra\u00eene, il y a la contrainte m\u00eame du lien de soci\u00e9t\u00e9, sa n\u00e9cessit\u00e9 est celle ni plus ni moins du primat du collectif et de sa r\u00e9affirmation. Ce que l\u2019on peut encore formuler autrement\u00a0: pendant des mill\u00e9naires, la violence et la guerre sont rest\u00e9es des valeurs dominantes. Elles se sont inscrites dans le fonctionnement normal des soci\u00e9t\u00e9s humaines comme l\u2019un de leurs rouages essentiels. Elles se pr\u00e9sentaient en d\u2019autres termes comme des institutions au service de la coh\u00e9sion collective que ce soit sous le signe de l\u2019honneur, de la vengeance, de la cruaut\u00e9, de la guerre. Il faudrait, je n\u2019en ai pas le temps, d\u00e9tailler chacune des manifestations de cette violence que l\u2019on peut qualifier de <\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">holiste<\/em><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">, en tant qu\u2019elle r\u00e9g\u00e9n\u00e8re et refonde l\u2019unit\u00e9 collective, toujours per\u00e7ue par les anciens comme fragile, exigeant de tous un travail permanent et contraignant pour assurer sa reproduction et son entretien, travail dont les formes sont hautement codifi\u00e9es et ritualis\u00e9es. Je n\u2019en prends qu\u2019un exemple\u00a0: les v\u00e9ritables tortures que font subir \u00e0 leurs adolescents, lors des fameux rites de passages, les soci\u00e9t\u00e9s dites primitives. Ce dont il s\u2019agit l\u00e0, c\u2019est de marquer l\u2019appartenance dans le corps m\u00eame de leurs membres, l\u00e0 o\u00f9 elle ne peut en aucun cas \u00eatre effac\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Cette forme de violence ne s\u2019est \u00e9videmment pas \u00e9teinte d\u2019un seul coup. Mais peu \u00e0 peu, la violence, la cruaut\u00e9, la guerre, valeurs positives et dominantes dans l\u2019ordre traditionnel, en sont venues \u00e0 basculer enti\u00e8rement du c\u00f4t\u00e9 du non-sens, du pathologique et de la transgression. Le d\u00e9clin de la violence a chemin\u00e9 \u00e0 travers un lent processus de civilisation qui s\u2019est amplifi\u00e9 \u00e0 partir du 16<\/span><sup style=\"line-height: 19px;\">\u00e8me<\/sup><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> si\u00e8cle et qui s\u2019est radicalis\u00e9 depuis la fin des ann\u00e9es 1960. Il a d\u00e9bouch\u00e9 aujourd\u2019hui sur ce que Lipovetsky appelle une <\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">\u00ab\u00a0escalade de la pacification\u00a0\u00bb.<\/em><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> Les statistiques rassembl\u00e9es par les historiens de la violence comme Jean-Claude Chesnais confirment le mouvement\u00a0: rixes, crimes d\u2019honneur, crimes de sang, bref, toutes les manifestations de la violence\u00a0<\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">holiste<\/em><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">, ont commenc\u00e9 \u00e0 chuter d\u00e8s le 19<\/span><sup style=\"line-height: 19px;\">\u00e8me<\/sup><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> si\u00e8cle et ont atteint un plancher au milieu du 20<\/span><sup style=\"line-height: 19px;\">\u00e8me<\/sup><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\"> si\u00e8cle. Telle est bien notre histoire\u00a0: la violence, la guerre, la cruaut\u00e9, qui ont \u00e9t\u00e9 pendant des mill\u00e9naires et dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s des valeurs dominantes, qui ont fait l\u2019objet d\u2019obligations morales imp\u00e9rieuses (pour l\u2019honneur, la gloire, la vengeance, le sacrifice, la conqu\u00eate), se sont vid\u00e9es de leur sens et n\u2019inspirent plus aujourd\u2019hui \u00e0 chacun d\u2019entre nous qu\u2019un d\u00e9go\u00fbt horrifi\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">Les formes de violence qui se d\u00e9veloppent ensuite sont d\u2019une toute autre teneur et d\u2019une toute autre nature\u00a0: elles rel\u00e8vent d\u2019une forme de violence que l\u2019on peut qualifier d\u2019<\/span><em style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">individualiste<\/em><span style=\"font-size: 13px; line-height: 19px;\">. C\u2019est par exemple la d\u00e9linquance qui conna\u00eet un d\u00e9veloppement exponentiel \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Ces nouvelles violences ne sont \u00e9videmment pas n\u00e9gligeables et sont d\u2019autant plus vivement ressenties par les individus contemporains qu\u2019elles contrecarrent un de leurs plus puissants id\u00e9aux\u00a0: vivre en paix. La d\u00e9linquance s\u2019inscrit ainsi dans une s\u00e9rie de ph\u00e9nom\u00e8nes relevant typiquement de l\u2019hyperindividualisme qui pr\u00e9vaut aujourd\u2019hui et qui touche en premier lieu les cat\u00e9gories sociales et les classes d\u2019\u00e2ge les plus directement priv\u00e9es de rep\u00e8res et d\u2019ancrage\u00a0: drogue, suicide, d\u00e9s\u0153uvrement, d\u00e9pression, etc. Une situation de crise qui semble s\u2019amplifier dramatiquement aujourd\u2019hui.<\/span><\/p>\n<p>Une crise qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous sous la forme d\u2019un double d\u00e9fi\u00a0: du c\u00f4t\u00e9 des individus, elle exigera un sursaut que l\u2019on peut sans h\u00e9sitation qualifier de spirituel. A l\u2019autre bout du spectre, du c\u00f4t\u00e9 du collectif, se profile le grand d\u00e9fi qui nous attend\u00a0: comment refaire du politique sans disposer des puissants moyens qu\u2019offrait le monde ancien et en particulier sans la guerre\u00a0?<\/p>\n<p align=\"right\">Jean-Marie Lacrosse<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence de Car\u00eame du 17 mars 2013 prononc\u00e9e par Jean-Marie Lacrosse en la Cath\u00e9drale de Li\u00e8ge. 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