{"id":145,"date":"2008-03-01T10:52:35","date_gmt":"2008-03-01T08:52:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=145"},"modified":"2011-09-02T13:59:58","modified_gmt":"2011-09-02T11:59:58","slug":"papa-attache-toi-ou-je-le-dis-a-maman-destitution-des-peres-adultisation-des-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=145","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Papa, attache-toi ou je le dis \u00e0 maman\u00a0\u00bb. Destitution des p\u00e8res ? Adultisation des enfants ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">T\u00e9l\u00e9spectateur al\u00e9atoire et grand usager des transports en commun depuis le choc p\u00e9trolier des ann\u00e9es 1970, j&rsquo;avais objectivement peu de chances de tomber sur la campagne publicitaire de l&rsquo;automne 2007 pour le port de la ceinture de s\u00e9curit\u00e9. J&rsquo;ai ainsi tardivement pris connaissance de cette campagne et des prises des position qu&rsquo;elle a suscit\u00e9es de la part de Diane Drory et de Jean De Munck (en fait, via le site de <a href=\"http:\/\/www.yapaka.be\/professionnels\/debat\/%C2%AB-maman-attache-toi-ou-je-le-dis-papa-%C2%BB\">Yapaka<\/a>). Malgr\u00e9 ce retard, je ne peux que m&rsquo;inviter dans un d\u00e9bat \u00e0 propos duquel j&rsquo;ai tent\u00e9 d&rsquo;initier, via le CePPecs et en partenariat avec <a href=\"http:\/\/www.yapaka.be\/\">Yapaka<\/a>, un processus de r\u00e9flexion de longue haleine que les deux derniers num\u00e9ros de la collection temps d&rsquo;arr\u00eat, \u00ab L&rsquo;impossible entr\u00e9e dans la vie \u00bb par Marcel Gauchet et \u00ab L&rsquo;enfant n&rsquo;est pas une &lsquo;personne&rsquo; \u00bb par Jean-Claude Quentel ont commenc\u00e9 de rendre public, les autres auteurs \u00e9tant programm\u00e9s pour des publications ult\u00e9rieures.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commen\u00e7ons par la campagne elle-m\u00eame. En mati\u00e8re de campagne publicitaire, je pars du pr\u00e9suppos\u00e9 suivant : les publicitaires ing\u00e9nieux sont des sociologues qui s&rsquo;ignorent. Ils ont mis leur talent, leur \u00ab sixi\u00e8me sens \u00bbsociologique au service du commerce ou de l&rsquo;Etat plut\u00f4t que de la science. Comme les grands romanciers ou cin\u00e9astes, ils connaissent intuitivement les significations symboliques en suspension dans les collectivit\u00e9s humaines. Un second ingr\u00e9dient est cependant n\u00e9cessaire : une campagne publicitaire doit provoquer chez ceux qui la re\u00e7oivent un l\u00e9ger malaise, je dis bien l\u00e9ger car, si l&rsquo;on force la dose -exemple de la campagne Adecco il y a quelques ann\u00e9es- elle provoque des retours de flamme violents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces ingr\u00e9dients sont-ils pr\u00e9sents ici ? Si oui, de quoi est exactement faite la r\u00e9alit\u00e9 sociale \u00e0 laquelle renvoie le spot ? Et d&rsquo;o\u00f9 provient le l\u00e9ger malaise qu&rsquo;elle provoque ? Voil\u00e0 les questions dont il faut partir, me semble-t-il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais remarquons d&rsquo;abord l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de ce qui nous est donn\u00e9 \u00e0 voir dans cette campagne. C&rsquo;est plus compliqu\u00e9 que la phrase \u00ab<em> papa attache-toi ou je le dis \u00e0 maman<\/em> \u00bb qui cl\u00f4ture et couronne le spot TV. Les affiches francophones et n\u00e9\u00e9rlandophones mettent en sc\u00e8ne alternativement une interaction m\u00e8re\/fils et une autre p\u00e8re\/fille. Curieusement la version germanophone de la campagne, question de budget sans doute, \u00e9limine l&rsquo;affiche m\u00e8re\/fils. Quant au spot TV, il met en sc\u00e8ne un petit Arthur excit\u00e9 et turbulent qui se voit rappeler \u00e0 l&rsquo;ordre successivement par sa soeur, sa m\u00e8re et son grand-fr\u00e8re (\u00ab <em>je vais le dire \u00e0 papa<\/em> \u00bb) avant que lui-m\u00eame ne pousse un STOP strident qui am\u00e8ne le p\u00e8re \u00e0 caler sur place \u00e0 la sortie du garage. Alors seulement vient la fameuse phrase:\u00ab <em>papa, attache-toi ou je le dis \u00e0 maman<\/em> \u00bb, \u00e9cho diff\u00e9r\u00e9 des \u00ab je va<em>is le dire \u00e0 papa<\/em> \u00bb dont il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement menac\u00e9 par ses proches \u00e0 trois reprises. Remarquons entre parenth\u00e8ses que le hurlement d&rsquo;Arthur, d\u00e9cal\u00e9 de quelques secondes seulement, en pleine circulation urbaine et avec la m\u00eame r\u00e9action de la part du p\u00e8re -le blocage des freins- aurait pu provoquer un grave accident. Notons enfin, pour en terminer avec le contenu du spot lui-m\u00eame, que Diane Drory d\u00e9force son propos en \u00e9voquant une \u00e9ducation \u00e0 la \u00ab <em>d\u00e9lation \u00bb<\/em>. Le terme me semble largement d\u00e9plac\u00e9 et, je suis sur ce point d&rsquo;accord avec Jean De Munck, cr\u00e9e une fausse pol\u00e9mique. Rien dans ces documents, l&rsquo;ambiance familiale, les sourires entendus des uns et des autres, les clins d&rsquo;oeil complices, n&rsquo;\u00e9voque la \u00ab <em>d\u00e9lation<\/em> \u00bb. On a l\u00e0 au contraire la peinture fid\u00e8le d&rsquo;une famille contemporaine cool, d\u00e9contract\u00e9e, apais\u00e9e, heureuse, comme sans doute celles des De Munck et des Drory (et des Lacrosse). Si malaise il y a, ce n&rsquo;est s\u00fbrement pas de l\u00e0 qu&rsquo;il vient et il faut en venir aux deux sujets litigieux : y a-t-il, oui ou non, destitution des p\u00e8res et adultisation des enfants ? Et si oui, est-ce vraiment probl\u00e9matique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le premier point, je dois avouer que j&rsquo;ai longtemps \u00e9t\u00e9 agac\u00e9, comme Jean De Munck, par l&rsquo;obsession que semblaient manifester les psychanalystes, les lacaniens en particulier, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la figure du p\u00e8re \u00e0 l&rsquo;ancienne. \u00ab <em>Pas une larme sur le P\u00e8re tout-puissant<\/em> \u00bb titre-t-il. Enti\u00e8rement d&rsquo;accord. Apr\u00e8s tout, c&rsquo;est d\u00e8s la fin du premier mill\u00e9naire que la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne \u00e9l\u00e8ve le fils au rang du p\u00e8re (la fameuse querelle du \u00ab filioque \u00bb, source, parmi d&rsquo;autres, du schisme orthodoxe de 1054) et d\u00e9tache la femme d&rsquo;un r\u00f4le strictement procr\u00e9ateur (Marie est m\u00e8re de Dieu mais c&rsquo;est une vierge-m\u00e8re !). Mais cette obsession lacanienne du p\u00e8re qui nous a tous \u00e9tonn\u00e9s par son ampleur m\u00eame est aujourd&rsquo;hui en recul. R\u00e9trospectivement, elle appara\u00eet moins comme une position \u00ab r\u00e9actionnaire \u00bb (supr\u00eame injure dans notre monde !) que comme l&rsquo;expression d&rsquo;une pi\u00e9t\u00e9, filiale justement, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du p\u00e8re fondateur, Sigmund Freud. Si on liquide la figure du p\u00e8re, que reste-t-il du noyau dur de la th\u00e9orie analytique, le complexe d&rsquo;Oedipe, la castration, la mort du p\u00e8re, etc &#8230; Que s&rsquo;efface le p\u00e8re r\u00e9el, d&rsquo;accord, mais le p\u00e8re symbolique, clef de vo\u00fbte de tout l&rsquo;\u00e9difice psychique?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes en mesure aujourd&rsquo;hui, me semble-t-il, de d\u00e9m\u00ealer la part de r\u00e9alit\u00e9 que comportait le tourment des psychanalystes \u00e0 propos de l&rsquo;affaissement de la symbolique paternelle. Pour cel\u00e0 il faut introduire un cha\u00eenon suppl\u00e9mentaire dans le raisonnement : la d\u00e9sinstitutionnalisation de la famille, rupture capitale dans l&rsquo;histoire humaine. C&rsquo;est en effet \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;institution familiale que les p\u00f4les masculin et f\u00e9minin, paternel et maternel, \u00e9taient ordonn\u00e9s hi\u00e9rarchiquement selon le principe mill\u00e9nairement valable pour l&rsquo;ensemble des liens sociaux, de la subordination hi\u00e9rarchique du tout et de la partie (ce que traduit mythiquement, montre Louis Dumont dans <em>Homo Hierarchicus<\/em>, le r\u00e9cit de la cr\u00e9ation d&rsquo;Eve \u00e0 partir de la c\u00f4te d&rsquo;Adam). C&rsquo;est seulement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;institution familiale, rouage-clef de toutes les soci\u00e9t\u00e9s connues, que prenait forme et sens la fameuse domination masculine assujetissant sur un mode quasi-identique les femmes et les enfants. Pour le dire autrement, derri\u00e8re et en-dessous du p\u00e8re symbolique des freudo-lacaniens se dissimulait le p\u00e8re institutionnel, garant de l&rsquo;institution familiale, de sa coh\u00e9sion et de son existence comme ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question devient donc: que se passe-t-il lorsque cette institution s&rsquo;efface pour c\u00e9der la place \u00e0 une association fond\u00e9e sur des liens volontaires et affectifs ? Eh bien, sugg\u00e8re Marcel Gauchet, ce fait social s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre \u00e9galement un fait libidinal. \u00ab <em>La procr\u00e9ation n&rsquo;a plus de sens du point de vue masculin. Elle n&rsquo;en a que par association au d\u00e9sir f\u00e9minin ( &#8230;). Et dans un nombre non n\u00e9gligeable de cas, cette initiative procr\u00e9atrice signifie domination f\u00e9minine. Il est permis de parler de matriarcat au sens psychique, en ce point, les femmes \u00e9tant celles qui portent le d\u00e9sir d&rsquo;enfant et l&rsquo;autorit\u00e9 dans les familles. Leur r\u00f4le maternel est le seul \u00e0 pouvoir justifier des pr\u00e9rogatives du type de celles qu&rsquo;on appellait paternelles<\/em> \u00bb (Temps d&rsquo;Arr\u00eat janvier 2008, p.20).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut donc consid\u00e9rer d&rsquo;une part, comme l&rsquo;\u00e9crit De Munck, que \u00ab <em>l&rsquo;officialisation d&rsquo;une autorit\u00e9 parentale conjointe repr\u00e9sente un gain moral incontestable<\/em> \u00bb et, d&rsquo;autre part, que ce gain moral incontestable se paie, en l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent de nos soci\u00e9t\u00e9s, d&rsquo;un probl\u00e8me situ\u00e9 \u00e0 la charni\u00e8re du libidinal et du social, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur ce qui est le terrain m\u00eame de la psychologie, et plus particuli\u00e8rement de la psychanalyse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Michel Schneider, en psychanalyste, avait d\u00e9j\u00e0 largement document\u00e9 ce glissement souterrain affectant conjointement vie libidinale et vie politique (<em>Big Mother, Psychopathologie de la vie politique<\/em>, Odile Jacob, 2002). Les psychanalystes ont souvent exprim\u00e9 leur perplexit\u00e9, et cela leur a \u00e9t\u00e9 beaucoup reproch\u00e9, face au ph\u00e9nom\u00e8ne, ultra-minoritaire de toute fa\u00e7on, de l&rsquo;homoparentalit\u00e9. En d\u00e9finitive, ne serions-nous pas plut\u00f4t face \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne, tr\u00e8s majoritaire celui-l\u00e0, de monoparentalit\u00e9 et d&rsquo;homomaternit\u00e9.\u00ab <em>Certains soutiennent qu&rsquo;il peut y avoir deux p\u00e8res , deux m\u00e8res, ou trois ou quatre, cela s&rsquo;appelle la coparentalit\u00e9 (&#8230;). Forc\u00e9ment, avancent-ils, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux jouera le r\u00f4le du p\u00e8re, l&rsquo;autre celui de la m\u00e8re. L&rsquo;exp\u00e9rience clinique des cures d&rsquo;enfants ou d&rsquo;adultes laisse plut\u00f4t penser qu&rsquo;alors il n&rsquo;y aurait que de la m\u00e8re. L&rsquo;homoparentalit\u00e9 est une homomaternit\u00e9. Car le p\u00e8re, en psychanalyse, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment celui qui n&rsquo;est pas la m\u00e8re<\/em> \u00bb (Big Mother, p.239).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lisons \u00e0 ce propos le Temps d&rsquo;Arr\u00eat pr\u00e9c\u00e9dent (novembre 2007) consacr\u00e9 par Ren\u00e9 Delion \u00e0 la <a href=\"http:\/\/www.yapaka.be\/professionnels\/publication\/la-fonction-parentale\">\u00ab fonction parentale \u00bb<\/a>. L&rsquo;auteur s&rsquo;efforce d&rsquo;y distinguer, en s&rsquo;appuyant sur Stol\u00e9ru, la maternalit\u00e9 et la paternalit\u00e9. Maternalit\u00e9 : \u00ab <em>l&rsquo;ensemble organis\u00e9 des repr\u00e9sentations mentales, des affects, des d\u00e9sirs, et des comportements en relation avec son enfant, que celui-ci soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de projet, attendu au cours de la grossesse ou d\u00e9j\u00e0 n\u00e9 <\/em>\u00bb (p. 12) et la paternalit\u00e9 : \u00ab En ce qui concerne la paternalit\u00e9, continue-t-il, on peut transposer sym\u00e9triquement la d\u00e9finitio<em>n pour attribuer au p\u00e8re l&rsquo;ensemble organis\u00e9 d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 en relation avec son enfant<\/em> \u00bb (idem, p. 12).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vois en r\u00e9alit\u00e9 dans ce qui me semble \u00eatre une non-d\u00e9finition un aveu criant : la paternalit\u00e9 reste ind\u00e9finissable du seul point de vue des \u00ab<em> repr\u00e9sentations mentales, des affects, des d\u00e9sirs et des comportements <\/em>\u00bb. Elle ne trouve une d\u00e9finition positive et substantielle que sur le plan institutionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 l&rsquo;adultisation des enfants, second point litigieux et plus important encore peut-\u00eatre que le pr\u00e9c\u00e9dent, elle r\u00e9sulte elle aussi de ce que les sociologues nomment des \u00ab effets pervers \u00bb, effets inattendus et non-voulus de ce qui peut \u00e9galement s&rsquo;appr\u00e9cier comme un gain moral incontestable de notre \u00e9poque : l&rsquo;individualisation pr\u00e9coce des enfants cad l&rsquo;attention ext\u00eame port\u00e9e au caract\u00e8re unique et singulier de chacun d&rsquo;entre eux. Pr\u00e9cisons bien, m\u00eame si cela va de soi, que ce n&rsquo;est pas l&rsquo;amour que nous portons \u00e0 nos enfants qui est ici en jeu. Il ne s&rsquo;agit pas de retirer \u00e0 nos enfants l&rsquo;affection que nous leur portons, il nous est demand\u00e9 de l&rsquo;\u00e9clairer, de rendre cet amour intelligent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ce second point du litige, toute la r\u00e9flexion que propose Jean-Claude Quentel (Temps d&rsquo;Arr\u00eat F\u00e9vrier 2008), \u00e0 partir de la \u00ab <em>th\u00e9orie de la m\u00e9diation<\/em> \u00bb de Jean Gagnepain, s&rsquo;av\u00e8re d\u00e9terminante et nous permet de formuler sur le malaise en question un diagnostic pr\u00e9cis. Je ne sais pas si Diane Drory conna\u00eet la th\u00e9orie de la m\u00e9diation mais, quoi qu&rsquo;il en soit, c&rsquo;est bien sur la responsabilisation indue des enfants que porte sa critique. Et c&rsquo;est bien le point que met le plus vivement en lumi\u00e8re le texte de Quentel que publie Yapaka. Je cite : \u00ab <em>En d\u00e9finitive, la th\u00e8se que nous soutenons pourrait se r\u00e9sumer de la mani\u00e8re suivante, dans le but de bien marquer la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;enfant par rapport \u00e0 l&rsquo;adolescent et du coup par rapport \u00e0 l&rsquo;adulte : au sens strict, l&rsquo;enfant n&rsquo;est ni autonome ni responsable<\/em> \u00bb (p.53).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, quant aux dimensions que la th\u00e9orie qualifie comme dimensions logique, technique et \u00e9thique de la rationalit\u00e9, elle conduit en fait \u00e0 \u00ab adultiser \u00bbl&rsquo;enfant, montrant par le d\u00e9tour de la clinique de l&rsquo;enfant comment ces dimensions se retrouvent identiques -en germes mais identiques- chez l&rsquo;enfant et chez l&rsquo;adulte. Sur ces plans, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;enfant \u00e0 proprement parler c&rsquo;est-\u00e0-dire pas de sp\u00e9cificit\u00e9 enfantine sinon celle du moindre apprentissage de la langue, de l&rsquo;outil, de la r\u00e8gle. Le fonctionnement logique ou langagier par exemple fait appel \u00e0 un principe qui demeure identique \u00e0 lui-m\u00eame et qui est en oeuvre chez l&rsquo;enfant comme chez tout locuteur. Ce qui ne veut \u00e9videmment pas dire que l&rsquo;enfant dispose du bagage cognitif ou langagier qui est celui d&rsquo;un adulte de 30 ans !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u00ab <em>adultisation<\/em> \u00bb de l&rsquo;enfant qu&rsquo;op\u00e8re la th\u00e9orie de la m\u00e9diation met d&rsquo;ailleurs dans un grand embarras ceux \u00e0 qui on l&rsquo;expose pour la premi\u00e8re fois, j&rsquo;en ai fait souvent l&rsquo;exp\u00e9rience. Les dispositions inn\u00e9es \u00e0 la logique et \u00e0 la technique ne suscitent g\u00e9n\u00e9ralement pas d&rsquo;objection tant la d\u00e9monstration en est ais\u00e9e. Ce qui semble incroyable, c&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une disposition \u00e9thique inn\u00e9e. L&rsquo;obstacle intellectuel principal est sans doute ici l&rsquo;id\u00e9e de surmoi, qui comporte une version sociologique (la contrainte ext\u00e9rieure int\u00e9rioris\u00e9e de Durkheim) et une version psychologique (Freud). Les pages de son ma\u00eetre-ouvrage, o\u00f9 Jean-Claude Quentel se livre \u00e0 la distinction de l&rsquo;\u00e9thique et du social (<em>L&rsquo;enfant<\/em>, De Boeck, 1997, pp.141-156) \u00e0 partir d&rsquo;une discussion serr\u00e9e des textes de Freud, sont de ce point de vue capitales, levant les ambiguit\u00e9s qui subsistent chez ces auteurs si on les lit superficiellement, comme c&rsquo;est souvent le cas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9finitive cependant, ses conclusions s&rsquo;inscrivent bien dans l&rsquo;h\u00e9ritage de Freud. Et de Durkheim&#8230;? (une question qui ne devrait pas manquer d&rsquo;int\u00e9resser les sociologues). Citons \u00e0 ce propos un passage-clef de Durkheim :\u00ab <em>Il est impossible que nous accomplissions un acte uniquement parce qu&rsquo;il nous est command\u00e9, et abstraction faite de son contenu. Pour que nous puissions nous en faire l&rsquo;agent, il faut qu&rsquo;il int\u00e9resse en quelque mesure notre sensibilit\u00e9, qu&rsquo;il nous apparaisse, sous quelque rapport, comme d\u00e9sirable. L&rsquo;obligation ou le devoir n&rsquo;exprime donc qu&rsquo;un des aspects, et un aspect abstrait, du moral. Une certaine d\u00e9sirabilit\u00e9 est un autre caract\u00e8re, non moins essentiel que le premier<\/em> \u00bb (<em>D\u00e9termination du fait moral in Sociologie et Philosophie<\/em>, p.52). Avec d&rsquo;autres cat\u00e9gories (d\u00e9sirable\/obligatoire; bien\/devoir) Durkheim tente d&rsquo;\u00e9tablir, me semble-t-il, la distinction du plan de l&rsquo;\u00e9thique et du plan social que la th\u00e9orie de la m\u00e9diation reprendra \u00e0 son compte en en d\u00e9multipliant la port\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est urgent \u00e0 mon sens que ces analyses soient connues et discut\u00e9es et il faut vivement remercier la collection Temps d&rsquo;Arr\u00eat d&rsquo;en rendre possible une large diffusion. Elles emportent des cons\u00e9quences immenses quant \u00e0 notre capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9chiffrer des pans entiers de nos soci\u00e9t\u00e9s : de la psychologie des criminels et des d\u00e9linquants \u00e0 la corruption largement r\u00e9pandue qui gangr\u00e8ne les institutions publiques, de l&rsquo;\u00e9chec scolaire galopant \u00e0 la d\u00e9saffection vis-\u00e0-vis des savoirs que manifestent nos \u00e9tudiants. C&rsquo;est de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale ce que nous nommons individualisme contemporain qui devrait \u00eatre revu et red\u00e9fini \u00e0 la lumi\u00e8re de tout ce que nous avons appris ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Car s&rsquo;il est un trait frappant de la psychologie contemporaine que manifeste cet individu d\u00e9li\u00e9 -\u00e0 tous les \u00e2ges de la vie, entendons nous bien- c&rsquo;est celui qui pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9finit en propre l&rsquo;enfant, qui donne \u00e0 l&rsquo;enfant sa sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;enfant : une incoercible adh\u00e9rence \u00e0 soi d\u00e9terminant la faible capacit\u00e9 de cet individu symboliquement et cognitivement d\u00e9connect\u00e9 du tout, \u00e0 sortir de son point de vue particulier pour se placer du point de vue de l&rsquo;ensemble. Une tendance, entre parenth\u00e8ses, que nous d\u00e9celons avec assez bien de perspicacit\u00e9 lorsque nous la voyons \u00e0 l&rsquo;oeuvre chez un candidat au poste de premier ministre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dr\u00f4le d&rsquo;\u00e9poque \u00e0 vrai dire, h\u00e9ro\u00efquement arc-bout\u00e9e sur les acquis d&rsquo;une r\u00e9volution juridique qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e entre 1650 et 1800 et s&rsquo;est termin\u00e9e, comme on sait, par la cons\u00e9cration des droits individuels, la souverainet\u00e9 du peuple et la d\u00e9capitation symbolique du roi-p\u00e8re-suppos\u00e9-tout-puissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un combat \u00e0 la fois, semblent dire nos contemporains! Assurons-nous d&rsquo;abord que l&rsquo;ancien monde est vraiment derri\u00e8re nous avant de nous pr\u00e9occuper s\u00e9rieusement de celui qui arrive devant nous! Peut-on pourtant modestement sugg\u00e9rer au nouveau d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aux droits de l&rsquo;enfant d&rsquo;envisager son action sous au moins deux points de vue : au pr\u00e9sent, celui de la dignit\u00e9 et de la protection \u00e0 assurer \u00e0 tous les entrants dans le monde; au futur, celui de ce que, devenus adultes, ils souhaiteraient le voir accomplir d&rsquo;urgence, s&rsquo;ils savaient tout ce que nous avons dores et d\u00e9j\u00e0 pu apprendre et comprendre de ce qu&rsquo;est un enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Jean-Marie Lacrosse<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9l\u00e9spectateur al\u00e9atoire et grand usager des transports en commun depuis le choc p\u00e9trolier des ann\u00e9es 1970, j&rsquo;avais objectivement peu de chances de tomber sur la campagne publicitaire de l&rsquo;automne 2007 pour le port de la ceinture de s\u00e9curit\u00e9. 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