{"id":1456,"date":"2013-10-07T17:46:40","date_gmt":"2013-10-07T15:46:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1456"},"modified":"2013-10-28T17:47:26","modified_gmt":"2013-10-28T15:47:26","slug":"lecran-nouveau-maitre-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1456","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9cran, nouveau ma\u00eetre du monde"},"content":{"rendered":"<p><em>Article de Marcel Gauchet publi\u00e9 sur <a href=\"http:\/\/www.marianne.net\/\" target=\"_blank\">marianne.net<\/a> le 6 juillet 2013.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un livre de Val\u00e9rie Charolles, \u00ab Philosophie de l&rsquo;\u00e9cran \u00bb, \u00e9claire l&rsquo;univers digital dans lequel nous vivons d\u00e9sormais. Le r\u00e9dacteur en chef du \u00ab D\u00e9bat \u00bb l&rsquo;a lu pour nous.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici un puissant coup de projecteur sur la nouveaut\u00e9 si d\u00e9concertante de notre monde. Elle se r\u00e9sume dans un objet-f\u00e9tiche, en permanence \u00e0 port\u00e9e de regard, compagnon de tous les instants : l&rsquo;\u00e9cran. Un objet carrefour en lequel confluent les chiffres de l&rsquo;\u00e9conomie, les images qui nous informent, nous distraient, les messages qui nous bombardent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout passe par lui : l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie des march\u00e9s, le r\u00e8gne des m\u00e9dias, l&rsquo;omnipr\u00e9sence de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, la libert\u00e9 des r\u00e9seaux num\u00e9riques. Ecran minuscule dans notre poche, \u00e9cran g\u00e9ant \u00e0 l&rsquo;usage des foules, il est notre feu vital, le foyer autour duquel nous nous r\u00e9unissons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re cet ustensile familier, il y a un nouveau monde que nous ne connaissons pas. Nous savons quels sont ses \u00e9l\u00e9ments, puisqu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9s de main d&rsquo;homme et que nous en avons l&rsquo;usage quotidien. Mais son fonctionnement nous \u00e9chappe. N&rsquo;en d\u00e9plaise au principe qui voudrait que l&rsquo;esprit saisisse comme vrai ce qu&rsquo;il a fait, il nous est opaque et se soustrait \u00e0 notre contr\u00f4le. Son \u00e9mergence correspond au moment o\u00f9, du point de vue de nos existences, l&rsquo;univers artificiel l&rsquo;a d\u00e9finitivement emport\u00e9 sur le milieu naturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes en train de vivre la fin de la nature, et les efforts que nous faisons pour la pr\u00e9server ou la reconstituer ne font que l&rsquo;artificialiser davantage. La moiti\u00e9 de la population du globe vit dans des villes, elles-m\u00eames de plus en plus techniques, organis\u00e9es comme un assemblage de r\u00e9seaux, de syst\u00e8mes, de machines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui travaille encore \u00e0 transformer la mati\u00e8re de ses mains, comme \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge h\u00e9ro\u00efque de la production ? Or voici qu&rsquo;au moment o\u00f9 nous nous installons dans un \u00ab technocosme \u00bb con\u00e7u par l&rsquo;intelligence humaine, ce milieu tiss\u00e9 de nos signes et de nos symboles, que nous devrions en principe ma\u00eetriser, nous devient obscur, \u00e9nigmatique, \u00e9tranger. La crise de l&rsquo;action politique n&rsquo;a pas d&rsquo;autre motif. C&rsquo;est le myst\u00e8re de ce retournement que Val\u00e9rie Charolles cherche \u00e0 percer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LA NATURE VUE AUTREMENT<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle avance une proposition d\u00e9cisive pour qualifier cette mutation. De m\u00eame, explique-t-elle, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aube des Temps modernes la science nous a fait passer \u00abdu monde clos \u00e0 l&rsquo;univers infini\u00bb, selon le titre fameux du livre d&rsquo;Alexandre Koyr\u00e9, nous venons de passer de l&rsquo;univers infini \u00e0 un \u00absyst\u00e8me r\u00e9fl\u00e9chi\u00bb. La comparaison donne l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;ampleur de la rupture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est tout le cadre de pens\u00e9e \u00e9labor\u00e9 depuis la r\u00e9volution scientifique du XVIIe si\u00e8cle qui se trouve \u00e9branl\u00e9. La repr\u00e9sentation de la nature elle-m\u00eame se transforme. L&rsquo;avanc\u00e9e des connaissances la donne \u00e0 concevoir comme \u00ab un syst\u00e8me dans lequel les ph\u00e9nom\u00e8nes se font \u00e9cho \u00bb. Le changement est beaucoup plus sensible encore dans le domaine humain, o\u00f9 l&rsquo;interaction des sph\u00e8res et les interrelations entre les faits et leurs repr\u00e9sentations sont omnipr\u00e9sentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la vraie raison de notre impuissance \u00e0 conduire ce monde cr\u00e9\u00e9 par \u00ab notre domination technologique sur ce qui n&rsquo;est plus la nature \u00bb. Nous n&rsquo;avons pas les outils intellectuels qui nous rendraient capables de \u00ab nous mesurer au type de r\u00e9alit\u00e9 que nous connaissons d\u00e9sormais \u00bb. Ils sont \u00e0 reb\u00e2tir de la base au sommet. Nous continuons de travailler avec les concepts forg\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usage de l&rsquo;univers infini. Il reste \u00e0 construire ceux qu&rsquo;exige le syst\u00e8me nouveau o\u00f9 nous nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 \u00e9voluer.<\/p>\n<p><strong>Philosophie de l&rsquo;\u00e9cran. Dans le monde de la caverne, de Val\u00e9rie Charolles, Fayard, 312 p., 19 \u20ac.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.marianne.net\/L-ecran-nouveau-maitre-du-monde_a229804.html\" target=\"_blank\">Lien vers la page originale<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Marcel Gauchet publi\u00e9 sur marianne.net le 6 juillet 2013. Un livre de Val\u00e9rie Charolles, \u00ab Philosophie de l&rsquo;\u00e9cran \u00bb, \u00e9claire l&rsquo;univers digital dans lequel nous vivons d\u00e9sormais. 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