{"id":1552,"date":"2014-03-17T18:17:31","date_gmt":"2014-03-17T16:17:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1552"},"modified":"2014-04-11T12:32:10","modified_gmt":"2014-04-11T10:32:10","slug":"pisa-2012-la-finlande-a-t-elle-definitivement-quitte-la-tete-de-la-course","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1552","title":{"rendered":"PISA 2012 : La Finlande a-t-elle d\u00e9finitivement quitt\u00e9 la t\u00eate de la course ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1556\" title=\"r-FINLAND-EDUCATION-large570\" src=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/r-FINLAND-EDUCATION-large570.jpg\" alt=\"\" width=\"570\" height=\"238\" srcset=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/r-FINLAND-EDUCATION-large570.jpg 570w, https:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/r-FINLAND-EDUCATION-large570-300x125.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 570px) 100vw, 570px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><em>Article \u00e9crit par Jean-Marie Lacrosse et publi\u00e9 dans\u00a0<a href=\"http:\/\/projeunes.be\/pjs_PDF\/ProJ_revue\/ProJ_09_web.pdf\" target=\"_blank\">Pro J, n\u00b09, \u00a0mars-mai 2014<\/a>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme chaque fois que sortent les r\u00e9sultats des fameux tests PISA (1)\u00a0\u2013 faut-il encore rappeler le sens de cet acronyme tant il a gagn\u00e9 mondialement en c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 depuis sa premi\u00e8re \u00e9dition en 2000 \u2013 nous avons droit \u00e0 un d\u00e9luge de commentaires et d\u2019analyses dans les m\u00e9dias, tous pays confondus. Ainsi si l\u2019on tape \u00ab\u00a0Pisa 2012\u00a0\u00bb dans Google actualit\u00e9s on obtient 116.000 entr\u00e9es. Certes chacun des m\u00e9dias nationaux se penche avant tout sur ses propres r\u00e9sultats mais il est des pays qui suscitent \u00e0 chaque \u00e9preuve un int\u00e9r\u00eat global, les premiers de la liste \u00e9videmment, et parmi ceux-ci, pour les europ\u00e9ens en tout cas, la Finlande. Ce pays nordique, rappelons-le, avait cr\u00e9\u00e9 la surprise en se classant parmi les \u00ab\u00a0top performers\u00a0\u00bb d\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9preuve (en 2000), puis en confirmant et m\u00eame en accentuant sa supr\u00e9matie en 2003 et 2006, avant de fl\u00e9chir l\u00e9g\u00e8rement en 2009 sans cependant quitter le peloton de t\u00eate en compagnie des incontournables pays asiatiques Hong-Kong, Cor\u00e9e du Sud, Shanghai, Singapour, etc. Il est d\u00e8s lors un peu \u00e9tonnant que personne, \u00e0 ma connaissance en tout cas, n\u2019ait attir\u00e9 l\u2019attention sur sa relative d\u00e9gringolade en 2012. Certes la Finlande reste 5<sup>\u00e8me<\/sup> en science et 6<sup>\u00e8me<\/sup> en lecture et premier pays europ\u00e9en dans ces domaines derri\u00e8re les habituels champions asiatiques. Mais en math\u00e9matiques, elle recule \u00e0 la 12<sup>\u00e8me<\/sup> place, d\u00e9pass\u00e9e en Europe m\u00eame par le Lichtenstein(!), la Suisse, les Pays-Bas et l\u2019Estonie, \u00e9videmment derri\u00e8re les ind\u00e9passables tigres d\u2019Asie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette discr\u00e9tion ne serait pas si \u00e9trange si la Finlande n\u2019avait acquis entretemps le statut d\u2019un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0mythe\u00a0moderne\u00a0\u00bb (2). Plus la crise de l\u2019\u00e9ducation se renfor\u00e7ait, plus le marasme de l\u2019\u00e9cole s\u2019accentuait et plus la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Finlande prenait une dimension proprement salvatrice. \u00ab\u00a0Inspire-toi du mod\u00e8le finlandais\u00a0\u00bb voil\u00e0 ce que l\u2019on r\u00e9p\u00e9tait inlassablement aux enseignants ext\u00e9nu\u00e9s par les difficult\u00e9s croissantes du m\u00e9tier, difficult\u00e9s constat\u00e9es, \u00e0 des degr\u00e9s divers bien s\u00fbr, \u00e0 tous les niveaux et dans tous les secteurs de l\u2019enseignement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que nous disaient en substance les nombreux p\u00e8lerins de retour de leur voyage dans cet \u00e9den \u00e9ducatif\u00a0? Car, flatt\u00e9 de cette renomm\u00e9e mondiale, jointe \u00e0 celle de ses fameux t\u00e9l\u00e9phones portables (l\u2019entreprise Nokia et le syst\u00e8me public d\u2019\u00e9ducation finlandaise ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9s \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame date, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1860), ce pays notoirement modeste et discret avait su en tirer le meilleur parti, en organisant et en canalisant des visites guid\u00e9es centr\u00e9es autour de quelques exp\u00e9riences-phares. En une dizaine d\u2019ann\u00e9es la Finlande \u00e9tait devenue un haut lieu de tourisme \u00e9ducatif et exportait partout dans le monde au m\u00eame titre que ses GSM, ses conseillers experts en \u00e9ducation. Le message des p\u00e8lerins rentr\u00e9s au pays \u00e9tait clair\u00a0et sans ambages : la r\u00e9ussite de la Finlande vient de ce qu\u2019elle a su aller jusqu\u2019au bout de l\u2019innovation p\u00e9dagogique alors que nos syst\u00e8mes \u00e9ducatifs sont rest\u00e9s en rade au milieu du gu\u00e9. N\u2019en prenons pour exemple qu\u2019un texte qui a beaucoup circul\u00e9\u00a0: le compte rendu que fait Paul Robert, principal du coll\u00e8ge Nelson Mandela de Clarensac (Gard), de sa visite d\u2019\u00e9tude en 2006, une visite regroupant 18 responsables \u00e9ducatifs, issus de 14 pays, de la Norv\u00e8ge \u00e0 la Turquie (3). \u00ab\u00a0Tout au long de ma visite, nous dit le principal, je n\u2019ai pas assist\u00e9 \u00e0 un seul cours magistral. J\u2019ai toujours vu des \u00e9l\u00e8ves en activit\u00e9s, seul ou par groupe, j\u2019ai toujours vu des professeurs sollicitant leur participation et attentifs \u00e0 leurs demandes (\u2026). Certes, on conna\u00eet en France, les m\u00e9thodes dites \u00ab\u00a0actives\u00a0\u00bb. Mais on ne peut affirmer encore aujourd\u2019hui qu\u2019elles se soient g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es. Dans la pratique combien observe-t-on de cours magistraux o\u00f9 l\u2019\u00e9l\u00e8ve passe le plus clair de son temps \u00e0 copier la le\u00e7on\u00a0? La Finlande veut que ses \u00e9l\u00e8ves acc\u00e8dent au savoir avec enthousiasme et cela n\u2019est possible qu\u2019en les rendant pleinement acteurs de leur apprentissage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9cisons bien qu\u2019il ne s\u2019agit pas de caricaturer le texte de Paul Robert (4)\u00a0qui propose par ailleurs beaucoup d\u2019observations justes et pertinentes. Mais c\u2019est d\u2019autre chose qu\u2019il s\u2019agit\u00a0: il y va ici d\u2019un diagnostic d\u2019ensemble sur la crise de l\u2019\u00e9ducation vis-\u00e0-vis duquel, quasi instinctivement, j\u2019ai pris d\u2019embl\u00e9e distance, non sans me heurter \u00e0 de multiples incompr\u00e9hensions et critiques de la part de mes coll\u00e8gues de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur voire m\u00eame \u00e0 passer, supr\u00eame insulte, pour un \u00ab\u00a0r\u00e9actionnaire\u00a0\u00bb. En fait, quand j\u2019y repense, j\u2019ai toujours trouv\u00e9 largement ridicule, ici comme en d\u2019autres domaines, la r\u00e9surgence de cette querelle des anciens et des modernes, cherchant plut\u00f4t d\u2019embl\u00e9e un \u00e9quilibre entre p\u00e9dagogie \u00ab\u00a0transmissive\u00a0\u00bb et p\u00e9dagogie \u00ab\u00a0active\u00a0\u00bb (je mets ces termes entre parenth\u00e8ses car tout le monde sait quelle intense \u00ab\u00a0activit\u00e9\u00a0\u00bb c\u00e9r\u00e9brale est mobilis\u00e9e par l\u2019\u00e9coute attentive d\u2019autrui\u00a0!). Pendant 25 ans, mon enseignement s\u2019est partag\u00e9 entre un cours \u00ab\u00a0magistral\u00a0\u00bb de Sociologie g\u00e9n\u00e9rale, o\u00f9 j\u2019attendais de mes \u00e9l\u00e8ves un silence absolu, condition indispensable \u00e0 l\u2019appropriation des contenus, tout en r\u00e9servant au minimum \u00bc du temps disponible pour les questions et objections, et un cours d\u2019Initiation \u00e0 la d\u00e9marche sociologique ou j\u2019agissais comme personne-ressource, laissant la plus large place \u00e0 l\u2019activit\u00e9 et \u00e0 la recherche personnelle des \u00e9l\u00e8ves. Je mettais l\u00e0 en \u0153uvre implicitement et spontan\u00e9ment un diagnostic explicitement formul\u00e9 et puissamment argument\u00e9 dans le dernier livre de Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet et Dominique Ottavi, \u00ab\u00a0Transmettre, apprendre\u00a0\u00bb (Stock, 2014), dont je me permets de citer le quart de couverture qui r\u00e9sume le probl\u00e8me mieux que je ne pourrais le faire\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Apprendre, qu\u2019est-ce que cela veut dire\u00a0? Qu\u2019est-ce que cela suppose\u00a0? Par quelles voies est-ce que cela passe\u00a0? A ces questions l\u2019\u00e9cole contemporaine apporte une r\u00e9ponse cat\u00e9gorique\u00a0: l\u2019\u00e9cole traditionnelle s\u2019est tromp\u00e9e, elle a voulu transmettre des connaissances d\u00e9tenues par un ma\u00eetre en les inculquant \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves passifs. Cette p\u00e9dagogie de l\u2019imposition ne marche pas. Il faut lui substituer une p\u00e9dagogie active faisant de l\u2019enfant l\u2019acteur de la construction de ses savoirs. Nous sommes au moment o\u00f9 cette r\u00e9ponse se r\u00e9v\u00e8le aussi fausse, dans sa demi-v\u00e9rit\u00e9, que la philosophie ant\u00e9rieure. Il en r\u00e9sulte que l\u2019\u00e9cole d\u2019aujourd\u2019hui est plong\u00e9e dans une incertitude compl\u00e8te sur la nature de l\u2019op\u00e9ration qu\u2019il lui revient d\u2019effectuer. Tout est \u00e0 reprendre, \u00e0 commencer par l\u2019opposition suppos\u00e9e entre activit\u00e9 de l\u2019\u00e9l\u00e8ve et transmission de savoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>En route pour la Finlande<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans cet \u00e9tat d\u2019esprit un peu dubitatif vis-\u00e0-vis des explications g\u00e9n\u00e9ralement avanc\u00e9es que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de prendre \u00e0 mon tour mon b\u00e2ton de p\u00e8lerin, profitant des vacances \u00e9ternelles que m\u2019offre notre doux et \u00ab\u00a0cher\u00a0\u00bb Etat Social. Dubitatif, je dis bien, quant aux explications avanc\u00e9es car sur le fond, j\u2019ai tendance \u00e0 faire confiance \u00e0 la maxime \u00abil n\u2019y a pas de fum\u00e9e sans feu\u2026\u00a0\u00bb. M\u00eame si le feu est souvent ailleurs qu\u2019on ne le croit. Le v\u00e9lo n\u2019est-il pas le moyen de transport id\u00e9al pour entreprendre un p\u00e8lerinage et aller enqu\u00eater sur un miracle\u00a0? Parti dans le sens inverse des p\u00e8lerins de Compostelle, j\u2019ai donc quitt\u00e9 la Belgique en v\u00e9lo \u00e0 la mi-mai 2012 pour rejoindre Helsinki fin juin apr\u00e8s avoir travers\u00e9 l\u2019Allemagne, le Danemark et la Su\u00e8de. Le mois de juillet est \u00e9videmment celui qui convient le moins pour le tourisme \u00e9ducatif. Je l\u2019ai mis \u00e0 profit pour lire tout ce qu\u2019il fallait lire sur le sujet, rencontrer informellement de jeunes enseignants rest\u00e9s en ville (la plupart des Finlandais, s\u2019ils ne migrent pas vers le sud, vont passer juillet dans leur \u00ab\u00a0cabane\u00a0\u00bb au bord de la mer ou d\u2019un lac), et prendre des contacts pour planifier un second s\u00e9jour \u00e0 la mi-septembre soit au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e scolaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mes lectures m\u2019ont vite persuad\u00e9 qu\u2019il y avait trois auteurs \u00e0 rencontrer en Finlande\u00a0: un sociologue de Helsinki, Hannu Simola, tr\u00e8s critique vis-\u00e0-vis des explications du miracle finlandais et de la forme prise par les comparaisons internationales en g\u00e9n\u00e9ral, un professeur de math\u00e9matiques de l\u2019universit\u00e9 de Joensuu et le directeur du CIMO (Centre pour la Mobilit\u00e9 et la Coop\u00e9ration Internationale, du Minist\u00e8re de l\u2019Education), Pasi Sahlberg. Hannu Simola est rest\u00e9 au bord de son lac et \u00e9tait presque scandalis\u00e9 qu\u2019on ose le solliciter en plein mois de juillet. Georges Malaty, professeur d\u2019origine \u00e9gyptienne, proche de la retraite, ayant transit\u00e9 par ce bastion de la pens\u00e9e math\u00e9matique qu\u2019a toujours \u00e9t\u00e9 la Russie, m\u2019a patiemment expliqu\u00e9 comment il avait consacr\u00e9 toute sa vie \u00e0 \u00e9lever le niveau des maths en Finlande par la cr\u00e9ation de clubs math\u00e9matiques (\u00ab\u00a0en Belgique, vous \u00eates bien plus forts en maths qu\u2019ici\u00a0\u00bb). Il s\u2019\u00e9tait r\u00e9cemment retrouv\u00e9 \u00e0 la t\u00eate d\u2019un mouvement regroupant la plupart des professeurs de math\u00e9matiques de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur constatant que l\u2019accent mis sur la r\u00e9solution de probl\u00e8mes pratiques, en vue entre autres de pr\u00e9parer les \u00e9l\u00e8ves pour les tests PISA, avait affaibli leur compr\u00e9hension des concepts et des raisonnements de base en math\u00e9matiques, carences qu\u2019ils devaient p\u00e9niblement s\u2019efforcer de combler pendant leurs premi\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les vraies le\u00e7ons finlandaises<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Pasi Sahlberg, j\u2019avais eu la chance de me procurer son livre \u00ab\u00a0Finish Lessons. What can the world learn from educational change in Finland\u00a0\u00bb (5) lors de mon passage \u00e0 Stockholm. Ce livre, publi\u00e9 aux USA par l\u2019universit\u00e9 de Columbia en 2011, l\u2019avait instantan\u00e9ment rendu c\u00e9l\u00e8bre dans l\u2019ensemble de la technostructure mondiale des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs plac\u00e9e sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019OCDE. Il est devenu en quelques ann\u00e9es le document de r\u00e9f\u00e9rence des opposants Anglo-Am\u00e9ricains \u00e0 ce qu\u2019il appelle le GERM (Global Educational Reform Movement). J\u2019ai pu le rencontrer \u00e0 Helsinki entre deux tourn\u00e9es mondiales en Australie et au Canada, en faisant valoir que, s\u2019il avait re\u00e7u des milliers de visiteurs \u00e9trangers, j\u2019\u00e9tais sans doute le premier \u00e0 \u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 Helsinki\u2026en v\u00e9lo. \u00ab\u00a0OK, John, rendez-vous \u00e0 11h au centre de la place Hakaniemi (la place du march\u00e9). Mon v\u00e9lo est rouge vif, facile \u00e0 reconna\u00eetre\u2026\u00a0\u00bb. La visite \u00e9tait plus honorifique qu\u2019autre chose. Elle m\u2019a permis de lui faire d\u00e9dicacer un livre que j\u2019avais intens\u00e9ment potass\u00e9 pendant les deux semaines pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et en effet, ce livre \u00e9tait \u00e0 lui tout seul un v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement. Il faut savoir que Pasi Sahlberg \u00e9tait un \u00ab\u00a0insider\u00a0\u00bb dans le dispositif de la mondialisation n\u00e9o-lib\u00e9rale. Il avait un moment travaill\u00e9 \u00e0 la banque mondiale et r\u00e9dig\u00e9 pour cette institution le rapport concernant la Finlande. Or le livre d\u00e9montrait de fa\u00e7on \u00a0tr\u00e8s convaincante que ce qui avait amen\u00e9 la Finlande au sommet du classement \u00e9tait largement d\u00fb \u00e0 sa capacit\u00e9 de s\u2019\u00e9loigner et de se d\u00e9marquer des voies et moyens pr\u00e9conis\u00e9s par les instances de la globalisation, entre autres de l\u2019utilisation d\u2019indicateurs standards de \u00ab\u00a0comp\u00e9tences\u00a0\u00bb d\u00e9bouchant sur \u2026 les classements PISA. Par un subtil jeu de mot, il y traitait le GERM (Global Educational Reform Movement) de \u00ab\u00a0virus\u00a0\u00bb, montrant comment ce qui n\u2019\u00e9tait au d\u00e9part qu\u2019un \u00e9change peu formalis\u00e9 de politiques et de pratiques \u00e9ducatives, entam\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, \u00e9tait devenu une \u00ab\u00a0nouvelle orthodoxie en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0virus\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9tant rapidement propag\u00e9 \u00e0 partir des Etats-Unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9forme se donnait trois objectifs\u00a0: 1. instaurer un nouveau paradigme de l\u2019apprendre, centr\u00e9 sur l\u2019apprenant, que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut\u00a0; 2. s\u2019assurer que tous les \u00e9l\u00e8ves sans exception ont acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, ce qui agit dans le m\u00eame sens que le premier objectif\u00a0: d\u00e9placer l\u2019attention du \u00ab\u00a0teaching\u00a0\u00bb de quelques uns vers le \u00ab\u00a0learning\u00a0\u00bb de tous suppose forc\u00e9ment la mise en place de standards communs de l\u2019apprendre\u00a0; 3. une tendance \u00e0 la d\u00e9centralisation et \u00e0 la responsabilisation des institutions scolaires locales instaurant entre elles une comp\u00e9tition par les r\u00e9sultats. Ces objectifs communs supposaient la mise en \u0153uvre de moyens communs\u00a0: la standardisation accentu\u00e9e par les syst\u00e8mes de tests ext\u00e9rieurs et d\u2019\u00e9valuation permanente\u00a0; le recentrage sur des noyaux de comp\u00e9tence d\u00e9terminant principalement un niveau de base de \u00ab\u00a0literacy\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0numeracy\u00a0\u00bb (je m\u2019excuse pour le lecteur francophone mais ces termes anglo-saxons sont franchement intraduisibles, comme d\u2019ailleurs le terme \u00ab\u00a0learning\u00a0\u00bb, que le mot \u00ab\u00a0apprentissage\u00a0\u00bb rend tr\u00e8s mal et que l\u2019on ne peut traduire qu\u2019en cr\u00e9ant des n\u00e9ologismes \u00ab\u00a0l\u2019apprendre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019apprenant\u00a0\u00bb, etc.)\u00a0; des curriculums prescrits au niveau global (on retrouve ici les fameuses \u00ab\u00a0comp\u00e9tences\u00a0\u00bb qui ont pour effet de juguler l\u2019inventivit\u00e9 des enseignants)\u00a0; le transfert vers l\u2019\u00e9cole de mod\u00e8les de management issus du monde des affaires et de l\u2019entreprise paralysant toute tentative des enseignants et des \u00e9coles de tirer les le\u00e7ons issues du pass\u00e9 et de leurs \u00e9changes informels\u00a0; enfin les politiques de responsabilisation des institutions \u00ab\u00a0intimement li\u00e9es aux processus d\u2019accr\u00e9ditation, de promotion, d\u2019inspection et, en fin de compte, de r\u00e9compense et de punition des \u00e9coles et des enseignants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous les enseignants auront reconnu dans ces programmes les grandes orientations \u00e9ducatives qui leur ont \u00e9t\u00e9 ici comme ailleurs propos\u00e9es voire impos\u00e9es depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, ann\u00e9es fatidiques du tournant id\u00e9ologique n\u00e9o-lib\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 donc un livre qui explique que si la Finlande s\u2019est retrouv\u00e9e en t\u00eate des classements mitonn\u00e9s par l\u2019OCDE, c\u2019est tr\u00e8s largement parce qu\u2019elle s\u2019est tenue \u00e0 l\u2019\u00e9cart des mesures que l\u2019OCDE pr\u00e9conisait. Entendons-nous bien\u00a0: il ne s\u2019agit pas ici de r\u00e9bellion ni m\u00eame de contestation frontale de ces orientations nouvelles. La Finlande, s\u2019appuyant sur sa culture farouchement \u00e9galitaire et socialiste, a scrupuleusement mis en place \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 un syst\u00e8me \u00e9ducatif, le \u00ab\u00a0peruskoulu\u00a0\u00bb, destin\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0ne laisser aucun enfant en arri\u00e8re\u00a0\u00bb et c\u2019est entre autres cette vis\u00e9e \u00e9galitaire qui lui a conf\u00e9r\u00e9 un avantage d\u00e9cisif dans les classements PISA. Elle a \u00e9galement largement adh\u00e9r\u00e9 aux nouvelles p\u00e9dagogies import\u00e9es des USA (h\u00e9ritage d\u00e9j\u00e0 ancien de John Dewey), m\u00eame si elles sont entr\u00e9es en vigueur tardivement, dans un contexte sur lequel je vais revenir. Mais, sans le savoir ou en ne le sachant qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9, elle ne l\u2019a pas fait sur le mode d\u2019une rupture brutale avec les principes anciens et notamment la fameuse p\u00e9dagogie \u00ab\u00a0transmissive\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est sans doute le chapitre 3, situ\u00e9 au centre de l\u2019ouvrage, qui livre la clef principale du succ\u00e8s finlandais. Il s\u2019intitule\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019avantage finlandais\u00a0: les enseignants\u00a0\u00bb. J\u2019en cite un court extrait\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0D\u00fb en premier lieu \u00e0 leur statut social \u00e9lev\u00e9, les professeurs ont toujours joui en Finlande d\u2019un grand respect et d\u2019une confiance incontest\u00e9e. En effet, les Finlandais continuent de regarder l\u2019enseignement comme une profession noble et prestigieuse \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9gal des m\u00e9decins, des avocats, ou des \u00e9conomistes \u2013 une profession principalement entra\u00een\u00e9e par un but moral, plut\u00f4t que par les int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels, les carri\u00e8res ou les r\u00e9compenses\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourrait conclure, en boutade bien s\u00fbr, que le mod\u00e8le finlandais consiste essentiellement \u00e0 \u00ab\u00a0mettre l\u2019enseignant au centre de l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb. Ainsi il manque \u00e0 la Finlande un syst\u00e8me rigoureux d\u2019inspection pour informer le public sur la performance de l\u2019\u00e9cole ou l\u2019efficacit\u00e9 des enseignants, comme c\u2019est le cas aux USA, au Canada ou en Grande-Bretagne. Et les enseignants disposent d\u2019une autonomie professionnelle telle qu\u2019elle leur permet de cr\u00e9er leur propre plan de travail et leur propre curriculum. L\u2019analyse minutieuse et inform\u00e9e de Pasi Salhberg aboutit en fait \u00e0 cette conclusion paradoxale\u00a0: si la Finlande a aussi bien r\u00e9ussi aux tests de l\u2019OCDE, c\u2019est parce qu\u2019elle \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 le plus mauvais \u00e9l\u00e8ve de l\u2019OCDE.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La soci\u00e9t\u00e9 finlandaise<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pasi Sahlberg n\u2019est donc nullement un pourfendeur des nouvelles p\u00e9dagogies, bien au contraire. Tous les Finlandais que j\u2019ai rencontr\u00e9s en \u00e9taient d\u2019ailleurs des partisans convaincus. Ce que Pasi Sahlberg porte \u00e0 la lumi\u00e8re c\u2019est le contexte soci\u00e9tal \u00e0 la fois social, politique et historique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel ont pris place les innovations p\u00e9dagogiques, alors que l\u2019id\u00e9ologie p\u00e9dagogiste et constructiviste, avec ses raccourcis faits d\u2019exclusivismes et d\u2019unilat\u00e9ralit\u00e9s, tend \u00e0 ignorer purement et simplement la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 elles prennent place, ne voyant plus qu\u2019une seule chose, des individus qui r\u00e9ussissent ou qui \u00e9chouent. Mais, encore une fois, il faut analyser ce contexte soci\u00e9tal avec soin. Que de fois ai-je entendu de la bouche des Finlandais eux-m\u00eames cette explication simpliste\u00a0: \u00ab\u00a0N\u2019oubliez pas que nous sommes un petit pays (moins de 6 millions d\u2019habitants) et une nation tr\u00e8s homog\u00e8ne\u00a0\u00bb. L\u2019explication est redoutable et devrait faire r\u00e9fl\u00e9chir ceux qui la formulent. Si l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle est une condition essentielle de la r\u00e9ussite \u00e9ducative, est-ce \u00e0 dire que c\u2019est la diversit\u00e9 et la multiculturalit\u00e9, dont on ne cesse de nous vanter les m\u00e9rites, qui ont mis en p\u00e9ril nos syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation\u00a0? Certes, la Finlande a men\u00e9 une politique d\u2019immigration bien plus rigoureuse et bien moins laxiste que la n\u00f4tre mais surtout, comme me l\u2019expliquait clairement Mohamed Sabour, professeur de sociologie \u00e0 Joensuu et lui-m\u00eame immigr\u00e9 marocain, le patriotisme finlandais, encore aujourd\u2019hui, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre de la rigolade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant de longs si\u00e8cles les Finlandais ont \u00e9t\u00e9 domin\u00e9s et mis sous tutelle par leurs puissants voisins, les Su\u00e9dois jusqu\u2019au d\u00e9but du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle puis les Russes \u00e0 partir de 1809 jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9sint\u00e9gration de l\u2019empire sovi\u00e9tique en 1991. Ils sont ensuite aussit\u00f4t entr\u00e9s dans l\u2019Union Europ\u00e9enne en 1995. Ils ont ainsi longtemps \u00e9t\u00e9 hant\u00e9s par la peur de leur extinction en tant que peuple. Pour ne consid\u00e9rer que la p\u00e9riode r\u00e9cente, ils ont pay\u00e9 tr\u00e8s cher apr\u00e8s la seconde guerre mondiale leur alliance avec Hitler, nou\u00e9e en 1941 pour bouter dehors l\u2019ogre sovi\u00e9tique qui les avait attaqu\u00e9s, ce qui n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 les troupes allemandes de les envahir et a exig\u00e9 d\u2019eux pour les expulser une \u00ab\u00a0guerre de continuation\u00a0\u00bb selon l\u2019expression consacr\u00e9e, men\u00e9e jusqu\u2019en 1945. L\u2019accord pass\u00e9 avec Moscou en 1944 leur a fait perdre une partie de la Carinthie, les obligeant \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer 450.000 personnes venues des territoires perdus et \u00e0 payer \u00e0 Staline des sommes faramineuses, s\u2019\u00e9levant \u00e0 7% du produit national brut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments qu\u2019il ne faut jamais perdre de vue si l\u2019on veut comprendre un tant soit peu l\u2019\u00e9quation finlandaise\u00a0: une soci\u00e9t\u00e9 qui s\u2019est d\u00e9traditionnalis\u00e9e et individualis\u00e9e beaucoup plus tardivement que la n\u00f4tre et qui a su \u00e9difier sur ce socle traditionnel sauvegard\u00e9 une modernisation ax\u00e9e essentiellement sur l\u2019\u00e9ducation. \u00ab\u00a0Il est difficile de comprendre pourquoi l\u2019\u00e9ducation est devenue un des embl\u00e8mes de la Finlande sans examiner ces d\u00e9veloppements politiques et sociaux succ\u00e9dant \u00e0 la seconde guerre mondiale, \u00e9crit Pasi Sahlberg\u00a0\u00bb. C\u2019est, peut-on penser, ce compromis maintenu entre tradition et modernit\u00e9, poursuivi au moment m\u00eame o\u00f9 la \u00ab\u00a0post-modernit\u00e9\u00a0\u00bb et ses affres se propageait partout ailleurs en Europe, qui pourrait bien expliquer sa proximit\u00e9 avec les asiatiques en t\u00eate du classement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je rejoins ici une hypoth\u00e8se formul\u00e9e nagu\u00e8re par Sophie Ernst \u00e0 propos du Japon\u00a0: \u00ab\u00a0Le Japon nous pr\u00e9sente une situation qui a peut-\u00eatre exist\u00e9 aussi en France, ou que nous imaginons avoir exist\u00e9 lorsque nous r\u00eavons d\u2019un \u00e2ge d\u2019or de l\u2019Ecole R\u00e9publicaine\u00a0: un moment o\u00f9 commence \u00e0 poindre le principe individuel, mais o\u00f9 il est rendu viable par la permanence, \u00e0 l\u2019insu m\u00eame de ceux qui croient \u00eatre entr\u00e9s dans la modernit\u00e9, de conceptions et d\u2019attitudes traditionnelles. Toute nouvelle pouss\u00e9e d\u2019individualisme rendant certes les constructions plus coh\u00e9rentes, mais fragilisant, de fait, l\u2019\u00e9tayage de cet individu d\u00e9li\u00e9 du pass\u00e9 et des autres\u00a0\u00bb (6).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je cite volontiers ce texte de Sophie Ernst, que j\u2019avais lu d\u00e8s sa sortie il y a plus de 10 ans, c\u2019est qu\u2019il m\u2019est brutalement revenu \u00e0 l\u2019esprit lorsque je visitais une \u00e9cole primaire dans une petite ville de la r\u00e9gion des lacs, Sotkamo. Sophie Ernst y montrait \u00e0 propos du Japon comment les principes guidant les p\u00e9dagogies nouvelles, dans leur dimension strictement p\u00e9dagogique ou didactique au sens ordinaire du terme, \u00e9taient largement mis en \u0153uvre au Japon. \u00ab\u00a0En revanche, \u00e9crivait-elle, ce qui est absent au Japon, c\u2019est la priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 l\u2019individu sur ce qui pr\u00e9c\u00e8de ou encadre l\u2019individu \u2013 non seulement la soci\u00e9t\u00e9, mais tout ce qui rel\u00e8ve de la soci\u00e9t\u00e9, la tradition, le savoir constitu\u00e9, la culture, les formes de la politesse, la civilit\u00e9, la morale\u00a0\u00bb. Son analyse \u00e9tait \u00e9tay\u00e9e par une vignette clinique finement diss\u00e9qu\u00e9e qui m\u2019avait beaucoup frapp\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Je retrouvais la m\u00eame ambiance dans cette \u00e9cole de la campagne finlandaise\u00a0: des enfants pr\u00e9cocement form\u00e9s \u00e0 vivre et \u00e0 agir en groupe. Dans les couloirs, on pouvait voir des groupes d\u2019enfants d\u00e9ambuler en file indienne, aussi calmes et disciplin\u00e9s que joyeux et souriants. Rien \u00e0 voir donc avec les images-repoussoir de l\u2019\u00e9cole traditionnelle avec sa soi-disant rigidit\u00e9 militaire, sa discipline oppressante, sa soumission b\u00e9ate \u00e0 des ma\u00eetres suppos\u00e9s tyranniques. Des enfants cool et d\u00e9tendus certes, mais se comportant comme \u00ab\u00a0un parmi d\u2019autres\u00a0\u00bb, sans chercher, comme on le voit souvent ici, \u00e0 se singulariser et \u00e0 s\u2019extraire du groupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela se passait lors de mon second s\u00e9jour \u00e0 la mi-septembre 2012. Mon p\u00e9riple comportait deux hauts-lieux du tourisme \u00e9ducatif, Oulu et Joensuu mais aussi deux visites hors des sentiers battus, l\u2019une dans cette petite ville de Sotkamo, l\u2019autre dans la banlieue ais\u00e9e et mondialis\u00e9e (\u00ab\u00a0nokiais\u00e9e\u00a0\u00bb) de Helsinki. Je retrouvais l\u00e0 tous les sympt\u00f4mes de la crise qui touche \u00e0 des degr\u00e9s divers nos syst\u00e8mes \u00e9ducatifs\u00a0: par exemple des \u00e9l\u00e8ves qui suivent les cours et se placent tout pr\u00e8s de l\u2019enseignante lorsqu\u2019ils ont eux-m\u00eames \u00ab\u00a0d\u00e9cid\u00e9\u00a0\u00bb de suivre le cours et qui s\u2019\u00e9loignent le plus possible d\u2019elle lorsqu\u2019ils ont \u00ab\u00a0d\u00e9cid\u00e9\u00a0\u00bb de marquer ouvertement par leur comportement leur r\u00e9sistance ou leur absence mentale. Et l\u2019enseignante pi\u00e9g\u00e9e qui\u00a0 oscille entre tentatives de s\u00e9duction et bouff\u00e9es de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, le cours tout entier se d\u00e9roulant dans une ambiance d\u00e9primante, faite de malaise et de frustration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a donc int\u00e9r\u00eat, pour la Finlande comme pour le Japon, analys\u00e9 par Sophie Ernst, \u00e0 distinguer dans les nouvelles p\u00e9dagogies les propositions qui rel\u00e8vent d\u2019une individualisation radicale et d\u2019un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0sacre de l\u2019apprenant\u00a0\u00bb (7) et celles qui insistent sur la n\u00e9cessaire activit\u00e9 de l\u2019enfant et l\u2019importance d\u2019une d\u00e9couverte du savoir par le dedans. \u00ab\u00a0Ce qui rend sans doute bien des discussions st\u00e9riles et des conflits inutiles, conclut Sophie Ernst, c\u2019est que l\u2019on m\u00eale les deux sortes de propositions, que nous voyons pourtant disjointes dans l\u2019\u00e9cole japonaise\u00a0\u00bb. Et ajouterais-je, sur base de mes propres observations, dans l\u2019\u00e9cole finlandaise\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Retrouver le (bon) sens de l\u2019histoire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les faits ne parlent pas\u00a0\u00bb. On sait l\u2019usage abondant que font les dissertations de fin d\u2019\u00e9tude de cette citation de Poincar\u00e9. Ce qui ne veut pas dire qu\u2019on peut les ignorer mais qu\u2019il faut, pour qu\u2019ils se mettent \u00e0 parler, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 devenir significatifs, que les faits principaux soient non seulement recens\u00e9s mais aussi organis\u00e9s et structur\u00e9s de fa\u00e7on coh\u00e9rente. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance du cadre d\u2019ensemble \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel on les situe et qui, dans le meilleur des cas, leur donnera un caract\u00e8re pr\u00e9dictif. Le livre de Pasi Sahlberg permettait-il de pr\u00e9voir cette r\u00e9trogradation de la Finlande en 2012\u00a0? C\u2019est une question que je posais \u00e0 tous mes interlocuteurs\u00a0: pensez-vous que ces succ\u00e8s vont se reproduire et durer\u00a0? Leurs r\u00e9ponses, y compris celle de Pasi Sahlberg, laissaient souvent poindre une certaine inqui\u00e9tude. Son livre s\u2019ach\u00e8ve sur un chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Is the future finnish\u00a0?\u00a0\u00bb o\u00f9 il r\u00e9it\u00e8re sa conviction que \u00ab\u00a0l\u2019excellence \u00e9ducationnelle a \u00e9t\u00e9 atteinte parce que la Finlande a choisi dans sa r\u00e9forme de l\u2019\u00e9ducation une voie alternative, souvent quasiment oppos\u00e9e au Global Education Reform Movement\u00a0\u00bb (8). Mais son livre mentionne en passant, sans presque s\u2019y arr\u00eater, des signes d\u2019un possible recul\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui est alarmant dans PISA 2009, cependant, c\u2019est la d\u00e9couverte que les jeunes Finlandais lisent moins par plaisir qu\u2019ils ne le faisaient il y a 10 ans. La moiti\u00e9 des gar\u00e7ons finlandais ne lisent pas pour le plaisir. Ceci est \u00e9galement clairement visible dans les \u00e9tudes nationales portant sur la compr\u00e9hension \u00e0 la lecture et les habitudes de lecture en Finlande\u00a0\u00bb (9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pasi Sahlberg est actuellement professeur invit\u00e9 \u00e0 Harvard et on n\u2019a \u00e9videmment pas manqu\u00e9, dans ce pays o\u00f9 son livre avait fait tant de bruit, de l\u2019interroger sur les r\u00e9sultats r\u00e9cents de la Finlande (10). Sa r\u00e9ponse laisse un go\u00fbt de trop peu\u00a0: comme les dirigeants de Nokia, les r\u00e9formateurs finlandais se sont endormis sur leurs lauriers, r\u00e9pond-t-il en substance. Une r\u00e9ponse qui est \u00e0 l\u2019image de l\u2019ensemble de son livre et de sa posture intellectuelle\u00a0: partag\u00e9 (d\u00e9chir\u00e9\u00a0?) entre une posture technocratique de r\u00e9formateur, c\u2019est l\u2019aspect le plus explicite, et un sens aigu de l\u2019histoire en train de se faire que l\u2019on attend en premier lieu d\u2019une sociologie ou d\u2019une philosophie politique dignes de ce nom. <strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, en ce qui me concerne, je posais cette question \u00e0 tous mes interlocuteurs, c\u2019est que je d\u00e9chiffrais les donn\u00e9es de la situation \u00e0 partir d\u2019un cadre plus g\u00e9n\u00e9ral et d\u2019un niveau plus profond de l\u2019\u00e9volution historique en cours. Je sentais bien \u00e0 chaque fois que mes questions d\u00e9concertaient mes interlocuteurs finlandais, sans cependant qu\u2019ils les trouvent d\u00e9plac\u00e9es ou incongrues. C\u2019\u00e9tait comme si elles les amenaient \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 des faits et des sympt\u00f4mes qu\u2019ils avaient sous les yeux mais sans leur pr\u00eater vraiment attention, inconsciemment pr\u00e9occup\u00e9s sans doute de continuer \u00e0 croire en l\u2019exceptionnalit\u00e9 finlandaise vis-\u00e0-vis du reste de l\u2019Europe (entre parenth\u00e8ses, un trait culturel de la Finlande, ancr\u00e9 dans leur histoire longue, et, \u00e0 un niveau tr\u00e8s \u00e9l\u00e9mentaire, dans les sonorit\u00e9s et les structures de leur langue tellement \u00e9trange pour nos oreilles indo-europ\u00e9ennes) (11).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quel cadre, quel raisonnement me direz-vous\u00a0? Sans myst\u00e8re, c\u2019est le raisonnement en termes de \u00ab\u00a0Conditions de l\u2019\u00e9ducation\u00a0\u00bb qu\u2019ont propos\u00e9 dans leur avant-dernier livre Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet et Dominique Ottavi, qui me para\u00eet le plus \u00e0 m\u00eame de rendre compte de la r\u00e9ussite finlandaise mais aussi des difficult\u00e9s pr\u00e9visibles qu\u2019elle va elle aussi devoir affronter. Comme je l\u2019ai fait plus haut pour leur dernier ouvrage, \u00ab\u00a0Transmettre, Apprendre\u00a0\u00bb, je ne peux que retranscrire ici le diagnostic qu\u2019ils proposent en quart de couverture, tant sa formulation est \u00e0 la fois concise et compl\u00e8te\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce sont les conditions de possibilit\u00e9 m\u00eame de l\u2019entreprise \u00e9ducative qui se voient aujourd\u2019hui remises en question par l\u2019\u00e9volution de nos soci\u00e9t\u00e9s. Toute une s\u00e9rie de donn\u00e9es qui semblaient aller de soi et qui servaient de socle \u00e0 l\u2019institution scolaire ont \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9es, voire sont en passe de dispara\u00eetre. Il ne s\u2019agit pas de d\u00e9plorer l\u2019\u00e9vanouissement d\u2019un pass\u00e9 vers lequel aucun retour n\u2019est imaginable ni souhaitable. Il s\u2019agit de mettre en lumi\u00e8re l\u2019impact d\u2019une s\u00e9rie de transformations majeures et de faire ressortir le d\u00e9fi qu\u2019elles repr\u00e9sentent. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 ce niveau qu\u2019on peut v\u00e9ritablement comprendre les difficult\u00e9s auxquelles l\u2019\u00e9ducation est en butte et prendre la mesure de la t\u00e2che de refondation qui est devant nous. L\u2019analyse se d\u00e9veloppe sur quatre fronts\u00a0: les relations de l\u2019\u00e9cole avec la famille, le sens des savoirs qu\u2019elle dispense, l\u2019autorit\u00e9 dont elle a besoin, sa place dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb (12).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La simple \u00e9num\u00e9ration de ces quatre conditions ou \u00ab\u00a0fronts\u00a0\u00bb\u00a0 fournit un principe d\u2019analyse simple pour d\u00e9chiffrer efficacement la situation finlandaise.\u00a0 Il ne s\u2019agit nullement d\u2019ignorer la qualit\u00e9 des infrastructures, l\u2019omnipr\u00e9sence des \u00e9quipements techniques et informatiques, la justesse et la pertinence des r\u00e9formes entreprises par le peruskoulu (le tronc commun qui coure de 7 \u00e0 16 ans), la qualit\u00e9 des p\u00e9dagogies actives, le bon \u00e9quilibre des horaires scolaires et des charges assign\u00e9es aux enseignants, bref, tout ce que les p\u00e8lerins enthousiastes nous ont rapport\u00e9 de leur voyage initiatique. Il s\u2019agit de comprendre que ces merveilleuses innovations n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 efficaces par elles-m\u00eames. Elles ne l\u2019ont \u00e9t\u00e9 que parce qu\u2019\u00e9taient maintenues vivantes dans la soci\u00e9t\u00e9 et la culture finlandaise les conditions de possibilit\u00e9 qui leur assuraient secr\u00e8tement leur efficacit\u00e9. Que, sous la pouss\u00e9e de l\u2019individualisation et de la d\u00e9traditionnalisation, ce socle se d\u00e9lite et se d\u00e9robe \u2013 ce qui, me semble-t-il, est en train de se passer \u2013 et les Finlandais se retrouveront face aux m\u00eames impasses et aux m\u00eames incertitudes que l\u2019ensemble des nations europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous le v\u00e9rifions ici une fois de plus\u00a0: \u00e0 force de ne plus rien vouloir conna\u00eetre ni comprendre du pass\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9, si ce n\u2019est pour le traiter par le m\u00e9pris et la d\u00e9rision, nous nous coupons irr\u00e9m\u00e9diablement de tout avenir possible, nous nous condamnons \u00e0 \u00eatre litt\u00e9ralement d\u00e9boussol\u00e9s. Au-del\u00e0 de l\u2019appropriation individuelle des savoirs, l\u2019\u00e9ducation doit redevenir ce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 depuis l\u2019origine, l\u2019acte par lequel une g\u00e9n\u00e9ration \u00e9duque celle qui la suit. Il ne peut s\u2019agir l\u00e0 seulement de lois \u00e0 \u00e9dicter, de mesures \u00e0 prendre, de r\u00e9formes \u00e0 effectuer. Il y va d\u2019une r\u00e9volution int\u00e9rieure qui concerne chacun de nous dans ce qu\u2019il a de plus intime.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">Jean-Marie Lacrosse<\/p>\n<div>\n<p><span style=\"text-align: justify; font-size: 13px;\">(1)\u00a0Program for international student assessment. Voir aussi Bruno Sedran,\u00a0<\/span><a style=\"text-align: justify; font-size: 13px;\" href=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1117\">\u00ab\u00a0Enseignement\u00a0: PISA et le mirage finlandais\u00a0\u00bb<\/a><span style=\"text-align: justify; font-size: 13px;\">, Pro J n\u00b03, septembre-novembre 2012.<\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>(2) Il faut bien s\u2019entendre sur la notion de \u00ab\u00a0mythe moderne\u00a0\u00bb. A la diff\u00e9rence des mythes anciens qui, dans un cadre religieux, font appel \u00e0 des anc\u00eatres, fondateurs du temps (mythique) de l\u2019origine dont nous sommes irr\u00e9m\u00e9diablement coup\u00e9s, les mythes modernes cristallisent dans une figure ou une institution actuelle ou pass\u00e9e des aspirations fondamentales d\u2019une communaut\u00e9 ou d\u2019un groupe humain.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: left;\">(3) L\u2019\u00e9ducation en Finlande\u00a0: les secrets d\u2019une \u00e9tonnante r\u00e9ussite. Texte t\u00e9l\u00e9chargeable \u00e0 l\u2019adresse suivante\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.meirieu.com\/ECHANGES\/robertfinlande.pdf\" target=\"_blank\">http:\/\/www.meirieu.com\/ECHANGES\/robertfinlande.pdf<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>(4)\u00a0Qui a aussi d\u00e9bouch\u00e9 sur un livre \u00ab\u00a0La Finlande, un mod\u00e8le \u00e9ducatif\u00a0pour la France\u00a0\u00bb, ESF, 2008.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>(5)\u00a0Teachers College, Columbia University, 2011<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>(6)\u00a0Sophie Ernst, D\u00e9tour par l\u2019\u00e9cole japonaise. Les p\u00e9dagogies nouvelles\u00a0: nouveaut\u00e9 et tradition. Le D\u00e9bat, n\u00b0106, septembre-octobre 1999, pp. 82-104.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>(7)\u00a0Voir Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet et Dominique Ottavi, Transmettre, Apprendre, Stock, 2014, pp. 11-48.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>(8)\u00a0Op.cit., p. 125.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>(9)\u00a0Op.cit., p. 55.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>(10)\u00a0Voir Marc Tucker,\u00a0<a href=\"http:\/\/blogs.edweek.org\/edweek\/top_performers\/2014\/02\/pasi_sahlberg_on_finlands_recent_pisa_results.html\" target=\"_blank\">Pasi Sahlberg on Finland\u2019s Recent PISA results<\/a>,\u00a0Education week\u2019s blog, 14 f\u00e9vrier 2014.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\">(11)\u00a0Voir \u00e0 ce propos Richard D. Lewis, Finland, Cultural lone wolf, Intercultural press, 2005.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(12) Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet et Dominique Ottavi, Conditions de l&rsquo;\u00e9ducation, Fayard\/Pluriel (poche), 2010.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article \u00e9crit par Jean-Marie Lacrosse et publi\u00e9 dans\u00a0Pro J, n\u00b09, \u00a0mars-mai 2014. Comme chaque fois que sortent les r\u00e9sultats des fameux tests PISA (1)\u00a0\u2013 faut-il encore rappeler le sens de cet acronyme tant il a gagn\u00e9 mondialement en c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 depuis &hellip; <a href=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1552\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,31],"tags":[],"class_list":["post-1552","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1552","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1552"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1552\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1554,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1552\/revisions\/1554"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1552"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1552"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1552"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}