{"id":156,"date":"2009-04-20T11:28:03","date_gmt":"2009-04-20T09:28:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=156"},"modified":"2011-09-02T13:52:44","modified_gmt":"2011-09-02T11:52:44","slug":"156","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=156","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9cole et la t\u00e9l\u00e9vision"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Robert Chi\u00e8ze, ancien professeur de math\u00e9matiques et photographe, a r\u00e9cemment expos\u00e9 au\u00a0<a href=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/\">CePPecs<\/a> son analyse des effets de la t\u00e9l\u00e9vision sur l&rsquo;enfant. Nous publions ici la critique de Michel Gheude concernant un texte sur le sujet pr\u00e9alablement publi\u00e9 dans la revue\u00a0<a href=\"http:\/\/www.le-debat.gallimard.fr\/\">\u00ab\u00a0Le d\u00e9bat\u00a0\u00bb<\/a> ainsi que la r\u00e9ponse de Robert Chi\u00e8ze. L&rsquo;enregistrement de sa conf\u00e9rence peut \u00eatre \u00e9cout\u00e9 sur notre\u00a0site en cliquant <a href=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=238\">ici<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Enqu\u00eate : Parents et \u00e9cole : un couple difficile<br \/>\n(texte publi\u00e9 dans Le Ligueur n\u00b039 du 26\/11\/2008)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u2019article d\u2019un ancien prof de maths intitul\u00e9 \u00ab\u00a0L\u2019image, le langage et l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb (1). Th\u00e8se centrale : la t\u00e9l\u00e9vision d\u00e9veloppe chez les enfants un rapport au monde qui les rend r\u00e9sistants \u00e0 la culture scolaire, \u00e0 l\u2019usage de l\u2019\u00e9crit, du langage et de l\u2019argumentation. Elle a un immense pouvoir de \u00ab\u00a0d\u00e9s\u00e9ducation\u00a0\u00bb, qui limite la m\u00e9morisation, va \u00e0 l\u2019encontre des savoirs institu\u00e9s et du travail intellectuel, \u00e9largit certes le champ des connaissances mais dans la d\u00e9sinvolture et la facilit\u00e9. M\u00eame si tout, dans cette litanie, n\u2019est pas faux, la perspective est fondamentalement anachronique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><em>Un divorce programm\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, les enfants d\u2019aujourd\u2019hui peinent \u00e0 se concentrer, \u00e0 raisonner, \u00e0 argumenter, \u00e0 m\u00e9moriser. Mais la t\u00e9l\u00e9vision a bon dos. Comme si, avant la t\u00e9l\u00e9vision, tous les enfants, d\u00fbment pr\u00e9par\u00e9s par le saut \u00e0 la corde, la marelle et les batailles de terrains vagues, se soumettaient ais\u00e9ment \u00e0 la discipline scolaire. Et l\u2019expression de d\u00e9solation \u00ab\u00a0Ils ne lisent plus\u00a0\u00bb, suppose qu\u2019autrefois, ils lisaient. Allons donc ! Il y a aujourd\u2019hui dans les \u00e9coles secondaires et l\u2019enseignement sup\u00e9rieur un immense pourcentage d\u2019enfants qui ne d\u00e9passaient pas autrefois l\u2019\u00e9cole primaire et qui n\u2019acc\u00e9daient qu\u2019aux usages minimaux de la lecture, de l\u2019\u00e9criture et du calcul. Ils connaissaient par c\u0153ur le refrain de la Braban\u00e7onne, Le Corbeau et le renard et les chefs-lieux des neuf provinces. Les plus dou\u00e9s ma\u00eetrisaient la r\u00e8gle de trois et les probl\u00e8mes de robinet et, arm\u00e9s de ce formidable bagage intellectuel, \u00e0 14 ans, ils \u00e9taient au travail. Et personne ne se souciait de savoir s\u2019ils lisaient apr\u00e8s l\u2019usine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est vrai, et que Chi\u00e8ze souligne \u00e0 juste titre, mais trop bri\u00e8vement, c\u2019est que le succ\u00e8s de l\u2019\u00e9cole du 20e si\u00e8cle doit beaucoup au fait que \u00ab\u00a0son organisation, ses programmes, ses m\u00e9thodes \u00e9taient en corr\u00e9lation \u00e9troite avec le contexte culturel, social, \u00e9conomique et technologique\u00a0\u00bb. Et si ce n\u2019est plus le cas, la t\u00e9l\u00e9vision, oui, y est, entre autres, pour quelque chose car elle a \u00e9largi consid\u00e9rablement le champ de la curiosit\u00e9 de l\u2019enfant: \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9cole n\u2019est pas pour lui le lieu des apprentissages attendus\u00a0\u00bb. Les enfants ont l\u2019impression que l\u2019\u00e9cole les conduit dans un monde qui n\u2019est pas et ne sera pas le leur. Le foss\u00e9 est l\u00e0. Il ne cesse et ne cessera de s\u2019\u00e9largir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les parents de &rsquo;68<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les enfants ont dans ce bouleversement des alli\u00e9s aussi d\u00e9termin\u00e9s qu\u2019inattendus : leurs parents.\u00a0Inattendu parce que, si longtemps l\u2019\u00e9cole s\u2019est pens\u00e9e comme un lieu o\u00f9 l\u2019enfant allait pouvoir acc\u00e9der \u00e0 l\u2019universel et \u00e0 la science, en s\u2019\u00e9mancipant des contraintes de la famille, en \u00e9chappant \u00e0 ses pr\u00e9jug\u00e9s sociaux et culturels, si donc l\u2019\u00e9cole se pensait comme un contre-pouvoir limitant celui des parents, elle pouvait penser qu\u2019une fois ces enfants scolaris\u00e9s devenus eux-m\u00eames parents, ils seraient les partenaires privil\u00e9gi\u00e9s de l\u2019\u00e9cole. Mais ce fut tout le contraire et la r\u00e9volte de 68 en fut le tr\u00e8s clair signal avant-coureur. Les parents eux-m\u00eames form\u00e9s par l\u2019\u00e9cole ne s\u2019en laisseraient pas compter. Ils connaissaient tous les travers de l\u2019enseignement et, autant que possible, comptaient bien en prot\u00e9ger leurs enfants. En ce sens, l\u2019une des causes essentielles des difficult\u00e9s de l\u2019\u00e9cole aujourd\u2019hui tient au succ\u00e8s de sa d\u00e9mocratisation ultrarapide. Se rappeler, par exemple, que l\u2019enseignement primaire obligatoire en Belgique n\u2019a pas 100 ans puisqu\u2019il date de 1914. Et que l\u2019enseignement n\u2019a \u00e9t\u00e9 rendu obligatoire jusqu\u2019\u00e0 18 ans qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. En quelques d\u00e9cennies, l\u2019\u00e9cole a ainsi elle-m\u00eame contribu\u00e9 \u00e0 changer totalement les parents qui lui confient leurs enfants. Pire encore. Le paysan et l&rsquo;ouvrier analphab\u00e8tes respectaient et craignaient l\u2019instituteur comme un dieu. Le marketing manager et la superwoman regardent l\u2019institutrice avec la m\u00eame condescendance qu\u2019une technicienne de surface. Ils la critiquent et n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 lui faire la le\u00e7on. Pendant que les enfants scolaris\u00e9s ont grimp\u00e9 dans l\u2019\u00e9chelle sociale, les profs sont devenus les prol\u00e9taires du savoir. Petits salaires, horaires de fonctionnaires, gardiens d\u2019un temple fissur\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre l\u2019\u00e9cole et la famille, ce n\u2019est donc pas qu\u2019il y aurait aujourd\u2019hui crise dans une vie de couple hier encore idyllique. C\u2019est que le rapport de force s\u2019est invers\u00e9. Les parents n\u2019ont plus peur de l\u2019\u00e9cole, lieu de pouvoir et de savoir incontest\u00e9s et incontestables. C\u2019est d\u00e9sormais l\u2019\u00e9cole qui a peur des parents, de leurs exigences, de leur contestation, de leurs recours, voire de leurs actions en justice. Il faudrait \u00ab\u00a0revaloriser l\u2019image des enseignants dans le grand public\u00a0\u00bb, disait r\u00e9cemment un collectif de professeurs de g\u00e9ographie dans une carte blanche (2). On ne saurait mieux dire le renversement de ce rapport de forces. La soci\u00e9t\u00e9 l\u2019a act\u00e9, sans y penser vraiment, \u00e0 l\u2019occasion des grandes gr\u00e8ves de l\u2019\u00e9cole dans les ann\u00e9es 1990, quand, au nom de l\u2019avenir de nos enfants, les enseignants demand\u00e8rent la reconnaissance de leur r\u00f4le. La soci\u00e9t\u00e9, qui aurait pu profiter de l\u2019occasion pour imposer la r\u00e9forme de l\u2019\u00e9cole, se trouva malheureusement prise au pi\u00e8ge d\u2019une \u00e9quation douloureuse : refinancer l\u2019enseignement de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise, c\u2019\u00e9tait obligatoirement n\u00e9gocier avec une Communaut\u00e9 flamande qui demandait la f\u00e9d\u00e9ralisation partielle de la S\u00e9curit\u00e9 sociale. L\u2019enseignement fut sacrifi\u00e9 sur l\u2019autel de la S\u00e9cu, dont chacun sentait qu\u2019elle restait le socle des conditions d\u2019existence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de classe moyenne. La r\u00e9forme ne se fit pas, le foss\u00e9 continua de s\u2019\u00e9largir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Vers l\u2019\u00e9cole priv\u00e9e ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant ce temps, la soci\u00e9t\u00e9 avance. L\u2019Europe se promet de devenir l\u2019\u00e9conomie de la connaissance la plus performante au monde. Les savoirs circulent et se structurent via Internet. L\u2019enseignement \u00e0 distance progresse. Les universit\u00e9s s\u2019internationalisent. Les nanotechnologies arrivent qui vont tout bouleverser, en particulier la culture et la communication. Dans ce nouveau rapport de forces, la privatisation de l\u2019\u00e9cole n\u2019est pas pour demain, mais elle est inscrite dans les astres. Les vicissitudes de nos r\u00e9cents d\u00e9crets sur les inscriptions manifestent au grand jour la tension entre les valeurs traditionnelles de l\u2019\u00e9cole publique et celles des parents d\u2019aujourd\u2019hui. Nous allons \u00e9videmment vers une conception de l\u2019\u00e9cole comme \u00ab\u00a0service\u00a0\u00bb. Les parents voudront pouvoir choisir. Ils n\u2019exigeront pas de l\u2019\u00e9galit\u00e9, mais un service personnalis\u00e9, de la performance, de l\u2019efficacit\u00e9, un bon rapport qualit\u00e9\/prix, etc. La d\u00e9fense du mod\u00e8le de l\u2019\u00e9cole publique restera \u00e9videmment \u00e0 l\u2019ordre du jour pendant longtemps. Ce sera une bataille de tranch\u00e9es et de combats d\u2019arri\u00e8re-garde. Elle sera sans doute plus longue que celle qui se m\u00e8ne ces derni\u00e8res ann\u00e9es autour de la poste ou d\u2019autres services publics, parce que les valeurs en jeu sont plus importantes et les acteurs concern\u00e9s plus nombreux et plus convaincus de ce qu\u2019ils ont \u00e0 d\u00e9fendre. Mais il y a toujours un soir o\u00f9 les r\u00e9formes \u00e9ternellement report\u00e9es rendent les Sabena ou les Dexia-Fortis d\u00e9finitivement obsol\u00e8tes. Ce jour-l\u00e0, la n\u00e9cessit\u00e9 du changement s\u2019impose d\u2019un coup. Le prix social de la r\u00e9forme en est seulement plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et vous, que pensez-vous du couple terrible que vous formez avec l\u2019\u00e9cole ? Lisez, dans les pages suivantes, notre enqu\u00eate \u00e0 ce propos. Et puisez-y des forces pour que, ensemble, nous puissions faire en sorte que l\u2019\u00e9cole ne soit pas privatis\u00e9e (lire notre point de vue sur <a href=\"http:\/\/www.leligueur.be\">www.leligueur.be<\/a>)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Michel Gheude<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(1) Robert Chi\u00e8ze, <em>L\u2019image, le langage et l\u2019\u00e9cole. Sur les effets de la t\u00e9l\u00e9vision<\/em>. In <em>Le D\u00e9bat<\/em> #151, Paris, Gallimard, septembre-octobre 2008, pp 137-149.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(2) <em>Pourquoi ne trouve-t-on plus de professeurs de g\u00e9ographie en Communaut\u00e9 fran\u00e7ais<\/em>e ? In <em>Le Soir<\/em> du jeudi 13 novembre 2008.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>R\u00e9ponse de Robert Chi\u00e8ze, auteur de l\u2019article concern\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je viens de d\u00e9couvrir sur votre blog ce que vous avez \u00e9crit \u00e0 propos de mon texte paru dans la revue Le d\u00e9bat et je me sens oblig\u00e9 de r\u00e9agir.\u00a0Votre critique est mod\u00e9r\u00e9e et elle pr\u00e9sente m\u00eame des aspects positifs, mais mon article ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une litanie contre la t\u00e9l\u00e9vision. Quelle hostilit\u00e9 y avez-vous d\u00e9cel\u00e9e envers ce m\u00e9dia ? Alors que je d\u00e9plore de fa\u00e7on tr\u00e8s nette l\u2019usage, (ou plut\u00f4t le non-usage), que l\u2019\u00e9cole en fait, et que je montre que la t\u00e9l\u00e9vision constitue un formidable \u00ab outil \u00bb de pr\u00e9-conceptualisation et d\u2019ouverture sur le monde. Mais \u00e0 condition, bien s\u00fbr, que les enfants ne soient pas abandonn\u00e9s devant le poste, et que l\u2019\u00e9cole se d\u00e9cide \u00e0 faire un effort d\u2019adaptation. Un effort qui constitue pour elle un \u00e9norme d\u00e9fi p\u00e9dagogique. Un exemple, parmi les plus simples: les images r\u00e9alis\u00e9es en apesanteur facilitent de fa\u00e7on d\u00e9cisive la conceptualisation des notions de poids et de masse, \u00e0 condition que le professeur de physique sache s&rsquo;en servir. A l\u2019\u00e9gard du th\u00e9\u00e2tre, de la litt\u00e9rature\u2026, dans tous les domaines, les possibilit\u00e9s offertes par la t\u00e9l\u00e9vision sont \u00e9normes, mais l\u2019\u00e9cole doit sortir de ses conceptions archa\u00efques des apprentissages scolaires. Depuis qu\u2019elle existe la t\u00e9l\u00e9vision est sous le feu de toutes les critiques. Pourtant nous ignorons encore tout du fonctionnement de ses images, notamment avec les enfants. Nous croyons le conna\u00eetre \u00e0 travers nos cultures d\u2019adultes, mais nous nous trompons. Par manque d\u2019imagination et de r\u00e9alisme ? Peut-\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le but essentiel de ce texte est donc, tout simplement, d\u2019apporter au d\u00e9bat une meilleure connaissance de la nature des images de la t\u00e9l\u00e9vision.\u00a0Maintenant, m\u00eame si je pense \u00ab qu\u2019il ne faut surtout pas jeter les postes de t\u00e9l\u00e9vision par les fen\u00eatres \u00bb, (exactement le contre-pied du conseil qu\u2019un auteur \u00e0 succ\u00e8s donne dans un de ses pamphlets), que la t\u00e9l\u00e9vision appartient incontestablement \u00e0 la modernit\u00e9, je pense aussi que nous ne pouvons pas nous permettre d\u2019en ignorer les effets. Justement, pendant que l\u2019image de conception photographique \u00ab s\u2019emparait \u00bb de nos espaces de vie quotidiens, en r\u00e9action aux effets logiques de la t\u00e9l\u00e9vision sur les jeunes, (des effets parfaitement coh\u00e9rents avec la nature de ses images), nos \u00e9coles, notamment en France, rendaient leurs enseignements de plus en plus encyclop\u00e9diques et livresques. Les tentatives d\u2019adaptation des programmes, des contenus et des activit\u00e9s semblaient s\u2019organiser autour d\u2019\u00e9ventuelles utilit\u00e9s externes imm\u00e9diates dans la plus lamentable incoh\u00e9rence. Exactement de contraire de ce qu\u2019elles auraient du faire. Une meilleure connaissance de la nature des images de la t\u00e9l\u00e9vision aurait, peut-\u00eatre, permis d\u2019\u00e9viter bien des erreurs. Certains pays, comme la Finlande, r\u00e9ussissent mieux que nous, certainement parce que, par tradition, les ambitions intellectuelles y sont moins fortes. Le corps enseignant a bien tent\u00e9 d\u2019\u00e9voluer en cherchant \u00e0 adapter ses conceptions et ses pratiques p\u00e9dagogiques au champ social, mais les p\u00e9dagogues n\u2019ont pas su prendre en compte la totalit\u00e9 des facteurs \u00e0 l\u2019origine des \u00e9volutions des rapports aux langages. Or celui que constituent les effets des images de la t\u00e9l\u00e9vision se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre particuli\u00e8rement puissant. Cette \u00e9volution p\u00e9dagogique appara\u00eet aujourd\u2019hui comme un \u00e9chec. Et, comme bien souvent dans les situations de ce genre, \u00ab le b\u00e9b\u00e9 est jet\u00e9 avec l\u2019eau de bain \u00bb. La r\u00e9action est extr\u00eamement forte. Malgr\u00e9 le simplisme de ses arguments elle \u00ab surfe \u00bb sur la sensibilit\u00e9 des parents. Sous le couvert d\u2019un \u00ab respect des h\u00e9ritages \u00bb nous sombrons dans l\u2019archa\u00efsme, jusqu\u2019\u00e0 ressortir la m\u00e9thode Boscher pour l\u2019apprentissage de la lecture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors non, je ne regrette pas l\u2019\u00e9cole de Jules Ferry, et je pense ne pas donner le sentiment de la regretter. Ses pratiques p\u00e9dagogiques se fondaient sur une exigence de docilit\u00e9 qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un facteur d\u2019apprentissage efficace. Et, je suis d\u2019accord avec vous, celui qui avait appris plus par docilit\u00e9 que sous l\u2019impulsion de motivations r\u00e9elles ne lisait pas beaucoup apr\u00e8s l\u2019usine. Mais, globalement, le contexte \u00e9conomique, technologique, social et culturel de l\u2019\u00e9poque \u00e9tait plus motivant pour les apprentissages scolaires fondamentaux que celui d\u2019aujourd\u2019hui. La lecture \u00e9tait pour les jeunes le seul facteur d\u2019\u00e9mancipation intellectuelle disponible. D\u2019o\u00f9 l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019adapter notre pr\u00e9sentation des savoirs fondamentaux au contexte de la civilisation de l\u2019image, et des technologies modernes. Car j\u2019esp\u00e8re que vous admettez, tout de m\u00eame, qu\u2019il est toujours aussi important de savoir lire et \u00e9crire.\u00a0Au d\u00e9but de 2008, une \u00e9cole alsacienne a conduit une exp\u00e9rience baptis\u00e9e \u00ab dix jours sans \u00e9cran \u00bb. Il est \u00e9vident qu\u2019\u00e0 tr\u00e8s court terme ce type d\u2019exp\u00e9rience ne peut avoir que des effets positifs, notamment sur le comportement des enfants en classe. Et, justement, \u00e0 cause des conclusions h\u00e2tives qui peuvent en \u00eatre tir\u00e9es je pense que les initiatives de ce type sont tr\u00e8s perverses, et dangereuses. Derri\u00e8re l\u2019\u00e9cran il y a la t\u00e9l\u00e9vision, l\u2019ordinateur, les jeux vid\u00e9o\u2026, la modernit\u00e9. Ainsi, nous risquons d\u2019en arriver \u00e0 tout interdire aux enfants, en fait tout ce qui est moderne, m\u00eame ce qui peut donner envie d\u2019\u00e9crire, comme le traitement de texte. Je pense qu\u2019il est urgent d\u2019arriver \u00e0 reconna\u00eetre ce qui, \u00e0 travers l\u2019\u00e9cran, fait probl\u00e8me. Pour moi ce sont les images de conception photographique, parce que nous n\u2019avons pas su identifier leur nature, en reconna\u00eetre les effets, et que, par cons\u00e9quent, nous ne savons pas en tirer profit.\u00a0Mon article se veut effectivement neutre \u00e0 l\u2019\u00e9gard des positions qui s\u2019affrontent, en France, dans les d\u00e9bats sur l\u2019\u00e9cole. Je pense que tant que l\u2019\u00e9volution des rapports aux langages sous les effets des images de la t\u00e9l\u00e9vision ne sera pas reconnue, ces d\u00e9bats continueront \u00e0 tourner en rond. J\u2019ai tout de m\u00eame essay\u00e9 de mettre en avant les responsabilit\u00e9s de l\u2019\u00e9cole. Je me permets donc de vous inviter \u00e0 le relire. Et je ne peux pas vous laisser dire que mon texte est une litanie, (contre la modernit\u00e9 je suppose), et que \u00ab la perspective est fondamentalement anachronique \u00bb. Je souhaite au contraire un meilleur usage de la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s cordialement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Robert CHI\u00c8ZE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Robert Chi\u00e8ze, ancien professeur de math\u00e9matiques et photographe, a r\u00e9cemment expos\u00e9 au\u00a0CePPecs son analyse des effets de la t\u00e9l\u00e9vision sur l&rsquo;enfant. Nous publions ici la critique de Michel Gheude concernant un texte sur le sujet pr\u00e9alablement publi\u00e9 dans la revue\u00a0\u00ab\u00a0Le &hellip; <a href=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=156\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,31],"tags":[],"class_list":["post-156","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-medias","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/156","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=156"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/156\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":711,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/156\/revisions\/711"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=156"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=156"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=156"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}