{"id":168,"date":"2009-09-01T12:15:41","date_gmt":"2009-09-01T10:15:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=168"},"modified":"2014-04-16T17:26:17","modified_gmt":"2014-04-16T15:26:17","slug":"quest-ce-que-la-cyberdependance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=168","title":{"rendered":"Qu&rsquo;est-ce que la cyberd\u00e9pendance ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Article \u00e9crit par Jean-Marie Lacrosse et publi\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/projeunes.be\/pjs_PDF\/RJ_archives\/resolument_jeunes_28_web.pdf\" target=\"_blank\">R\u00e9solument jeunes, n\u00b028, septembre-novembre 2009<\/a>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A plusieurs reprises ces derniers temps (1), j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 interview\u00e9 sur le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab nouveau \u00bb que constituerait la cyberd\u00e9pendance, d\u00e9clin\u00e9e sous plusieurs noms comme \u00ab accros d&rsquo;internet \u00bb, d\u00e9pendances aux jeux vid\u00e9os, etc. Un ph\u00e9nom\u00e8ne, on s&rsquo;en doute, en pleine expansion qui suscite une inqui\u00e9tude sp\u00e9cifique, celle de favoriser chez les adolescents, les passages \u00e0 l&rsquo;acte violents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A chaque fois, j&rsquo;ai tent\u00e9 de d\u00e9fendre une id\u00e9e simple : si l&rsquo;on veut comprendre quelque chose \u00e0 la cyberd\u00e9pendance, il faut d&rsquo;abord se demander ce qu&rsquo;il en est de la d\u00e9pendance en g\u00e9n\u00e9ral, le passage du g\u00e9n\u00e9ral au particulier restant, nonobstant la phobie du g\u00e9n\u00e9ral dont nous faisons preuve en ce moment historique assez \u00e9trange, la meilleure mani\u00e8re de tenter d&rsquo;y voir clair. Non pas, je le pr\u00e9cise, que la nouveaut\u00e9 en question, en l&rsquo;occurrence Internet, serait \u00e0 consid\u00e9rer comme un \u00e9l\u00e9ment purement ext\u00e9rieur. Au contraire, la technique nouvelle change en profondeur les donn\u00e9es du probl\u00e8me. On ne peut r\u00e9duire ces changements \u00e0 de simples modifications de l&rsquo;environnement, mot fr\u00e9quemment utilis\u00e9 mais qui induit une perception tronqu\u00e9e. En r\u00e9alit\u00e9, ce qui est d\u00e9terminant, ce sont les changements qui interviennent dans le monde subjectif des individus et c&rsquo;est \u00e0 partir de cette dimension\u00a0subjective\u00a0que nous pouvons le mieux saisir la mont\u00e9e en puissance des addictions dans le monde contemporain, la d\u00e9pendance ou l&rsquo;addiction en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tant un ph\u00e9nom\u00e8ne qui rel\u00e8ve d&rsquo;abord de la subjectivit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">M\u00e9dicalisation, anthropologisation<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et <span style=\"text-decoration: none;\">d&rsquo;abord, faut-il dire addiction ou d\u00e9pendance ? Difficile de trancher. Le vieux mot de d\u00e9pendance \u00e9veille aussit\u00f4t des connotations m\u00e9taphysiques et politiques par son association avec la sacro-sainte volont\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9pendance qui caract\u00e9rise les hypermodernes que nous sommes. Le mot de d\u00e9pendance lui-m\u00eame am\u00e8ne \u00e0 poser un probl\u00e8me philosophique profond que je me contenterai d&rsquo;\u00e9voquer ici : l&rsquo;ind\u00e9pendance juridique et politique que nous avons conquise ne nous place-t-elle pas dans une forme paradoxale de d\u00e9pendance, la d\u00e9pendance psychique vis-\u00e0-vis de nous-m\u00eames (ce que nous appelons couramment narcissisme) ? Nous pouvons \u00eatre fiers d&rsquo;avoir aboli l&rsquo;esclavage mais quant \u00e0 l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage vis-\u00e0-vis de nous-m\u00eames, nous paraissons plut\u00f4t nous en \u00e9loigner. Voil\u00e0 un probl\u00e8me qui demanderait une r\u00e9flexion s\u00e9rieuse : plus nous devenons juridiquement ind\u00e9pendants, plus nous sommes psychiquement d\u00e9pendants non seulement vis-\u00e0-vis de nous-m\u00eames mais \u00e9galement vis-\u00e0-vis des autres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">La francisation de l&rsquo;anglais addiction ajoute, elle, une nuance int\u00e9ressante : celle d&rsquo;un comportement compulsif, celle donc d&rsquo;un sujet activement impliqu\u00e9 dans ces comportements. Quoi qu&rsquo;il en soit, les deux mots en sont venus peu \u00e0 peu \u00e0 supplanter celui de toxicomanie, lorsqu&rsquo;il est apparu que les mod\u00e8les de comportement li\u00e9s aux substances psychotropes s&rsquo;appliquaient \u00e0 un domaine bien plus vaste que celles-ci. La question de savoir s&rsquo;il faut ranger dans la m\u00eame cat\u00e9gorie les toxicomanies li\u00e9es \u00e0 un produit particulier et les addictions comme celle qui nous concerne reste controvers\u00e9e et n&rsquo;est tranch\u00e9e clairement ni par le DSM III (qui date de 1980) ni par le DSM IV (qui date de 1994), le DSM V \u00e9tant attendu pour 2011 (2).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">De notre point de vue, disons plus anthropologique, on peut constater une sorte de mouvement g\u00e9n\u00e9ral s&rsquo;appliquant \u00e0 diff\u00e9rents domaines de la pathologie mentale : une premi\u00e8re phase qui correspond \u00e0 la m\u00e9dicalisation d&rsquo;un trouble mental et \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de classifications analytiques de plus en plus sp\u00e9cifiques (les DSM que je viens d&rsquo;\u00e9voquer s&rsquo;inscrivent dans cette ligne) qui \u00e9largissent sans cesse par cercles concentriques le champ des troubles mentaux (ainsi, un premier cercle comprend la psychose, \u00e0 laquelle viennent s&rsquo;ajouter d&rsquo;abord les n\u00e9vroses et les perversions, puis les toxicomanies, d\u00e9linquances, boulimies, anorexies, etc). Le mot toxicomanie a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 pour rassembler une s\u00e9rie de \u00ab manies \u00bb (\u00e0 l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, \u00e0 la coca\u00efne, \u00e0 l&rsquo;alcool, etc) lorsqu&rsquo;on s&rsquo;est rendu compte vers la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle que souvent, dans les cas lourds, ces \u00ab manies \u00bb s&rsquo;additionnaient chez les m\u00eames personnes (le mot polytoxicomanes fr\u00e9quemment utilis\u00e9 aujourd&rsquo;hui est en fait une tautologie).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Suit, ou suivra sans doute, une deuxi\u00e8me phase encore mal rep\u00e9r\u00e9e, en laquelle on pourrait voir une \u00ab anthropologisation \u00bb de la pathologie mentale qui proc\u00e8de \u00e0 l&rsquo;inverse par d\u00e9sp\u00e9cification. Ces cercles concentriques successifs finissent, \u00e0 force de s&rsquo;\u00e9largir, par recouvrir une gamme de comportements de plus en plus r\u00e9pandus, les ressemblances qu&rsquo;ils pr\u00e9sentent avec des comportements normaux se faisant ainsi de plus en plus criantes. Il devient alors \u00e9vident qu&rsquo;une red\u00e9finition du normal et du pathologique s&rsquo;impose. Nous sommes, me semble-t-il, au beau milieu de ce gu\u00e9 : le normal, selon la formule de Jean-Pierre Dupuy, contient le pathologique au double sens du mot contient. Il le retient bien s\u00fbr mais aussi le renferme, la pathologie mentale devenant alors une question de degr\u00e9 et de seuil. Pour prendre un exemple, nous avons tous, \u00e0 un moment o\u00f9 l&rsquo;autre, des tendances parano\u00efdes sans devenir pour autant parano\u00efaques. Mais \u00e0 l&rsquo;inverse, nous devenons de plus en plus conscients que ce que nous rep\u00e9rons de mani\u00e8re spectaculaire dans les pathologies mentales, chez ceux qui ont \u00ab p\u00e9t\u00e9 les plombs \u00bb comme nous disons famili\u00e8rement, existe \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat diffus et donc moins facilement observable dans la vie psychique ordinaire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Ainsi, pour illustrer un peu la d\u00e9marche, ce ne sont pas seulement les maladies mentales qui sont bipolaires (manie\/d\u00e9pression, parano\u00efa\/schizophr\u00e9nie), c&rsquo;est toute notre vie psychique qui est structur\u00e9e par des oppositions et des contradictions b\u00e9antes et qui risque toujours de se \u00ab polariser \u00bb ou de se \u00ab cliver \u00bb. Ainsi \u00e9galement, quant \u00e0 ces troubles qu&rsquo;on appelle n\u00e9vroses et perversions, nous savons tous ce qu&rsquo;est le conflit int\u00e9rieur, l&rsquo;angoisse, la phobie, l&rsquo;obsession, le sentiment d&rsquo;impuissance ou de toute-puissance, etc.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Et donc, pour en revenir \u00e0 notre probl\u00e8me de cyberd\u00e9pendance, pas besoin d&rsquo;\u00eatre cyberd\u00e9pendant pour l&rsquo;\u00e9clairer et le comprendre. La d\u00e9pendance ou l&rsquo;addiction ne font que r\u00e9v\u00e9ler, en les grossissant, comme si elles \u00e9taient plac\u00e9es sous une puissante loupe, des propri\u00e9t\u00e9s de notre exp\u00e9rience subjective normale. Pour mieux les appr\u00e9hender, nous avons donc int\u00e9r\u00eat \u00e0 op\u00e9rer un va-et-vient mental entre ces comportements pathologiques et notre exp\u00e9rience normale. En ce qui concerne les addictions, on voit assez facilement, me semble-t-il, le lien que l&rsquo;on peut \u00e9tablir entre ces comportements et des dimensions de la subjectivit\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 mises en \u00e9vidence depuis longtemps par la philosophie et les sciences humaines.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Maladies du d\u00e9sir et figures de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Mais, avant de nous aventurer sur ce terrain, il nous faut isoler avec pr\u00e9cision le registre de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine dont elles rel\u00e8vent. Il y a des maladies ou des pathologies de la connaissance (ou de la cognition comme on dit aujourd&rsquo;hui). Manifestem<\/span>e<span style=\"text-decoration: none;\">nt, ce n&rsquo;est pas de ce registre que rel\u00e8vent les addictions. Elles rel\u00e8vent avant tout du registre du d\u00e9sir. Ce sont des maladies du d\u00e9sir, en entendant d\u00e9sir dans un sens tr\u00e8s large et tr\u00e8s profond, bien au-del\u00e0 du sexuel : l&rsquo;homme est fondamentalement un \u00eatre de d\u00e9sir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Qu&rsquo;est-ce que la philosophie a \u00e0 nous dire du d\u00e9sir et qui est d\u00e8s lors connu depuis tr\u00e8s longtemps ? En premier lieu, qu&rsquo;il y a chez l&rsquo;\u00eatre humain une dimension d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9. L&rsquo;homme ne peut se satisfaire de la vie qu&rsquo;il m\u00e8ne dans la r\u00e9alit\u00e9 prosa\u00efque et famili\u00e8re. Il n&rsquo;a de cesse de vivre ailleurs, dans un autre monde. On peut m\u00eame aller plus loin : l&rsquo;homme pr\u00e9f\u00e8re ce monde imaginaire au monde r\u00e9el, il y trouve une jouissance infinie et il faut, selon les mots de Freud, un solide \u00ab principe de r\u00e9alit\u00e9 \u00bb pour le ramener sur terre. Cette dimension est connue et pratiqu\u00e9e depuis la nuit des temps. Depuis toujours, les hommes recherchent ce que les anthropologues comme Erika Bourguignon nomment des \u00ab altered states of consciousness \u00bb, qui, dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, se concr\u00e9tisent dans les ph\u00e9nom\u00e8nes de transe et de possession, des ph\u00e9nom\u00e8nes que l&rsquo;on trouve dans pratiquement toutes les cultures.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Dans nos cultures, ce primat donn\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation sur la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;a \u00e9videmment pas disparu. Pensons simplement au nombre d&rsquo;heures quotidiennes que passent nos contemporains dans le monde imaginaire des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, de Dr House \u00e0 Desperate Housewives en passant par Lost et Eleventh Hour. Mais aussi \u00e0 bien d&rsquo;autres choses comme cette curieuse pratique que l&rsquo;on a pu d&rsquo;abord observer chez les touristes japonais mais qui est en train de se g\u00e9n\u00e9raliser : des touristes qui, au lieu de regarder les gens ou les paysages des pays qu&rsquo;ils visitent, pr\u00e9f\u00e8rent les photographier ou les filmer et revivre ensuite les exp\u00e9riences qu&rsquo;ils ont v\u00e9cues en se repassant en boucle, seuls ou entre amis, les vid\u00e9os et les galeries de photos qu&rsquo;ils ont amass\u00e9es tout au long de leur p\u00e9riple. Et qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;art contemporain, particuli\u00e8rement les courants \u00e9v\u00e9nementiels et transgressifs, sinon la tentative de faire surgir au sein m\u00eame des apparences famili\u00e8res une autre face de la r\u00e9alit\u00e9 ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Trois inflexions n\u00e9cessaires<\/span> <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">La prise en compte de cette dimension anthropologique dans notre r\u00e9flexion sur les d\u00e9pendances nous am\u00e8nerait \u00e0 l&rsquo;infl\u00e9chir dans trois directions &#8211; qui repr\u00e9senteraient \u00e0 mon sens autant d&rsquo;avantages et de gains intellectuels &#8211; que je vais essayer d&rsquo;un peu d\u00e9tailler.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Premi\u00e8rement, elle nous permettrait de trancher la question que j&rsquo;\u00e9voquais tout \u00e0 l&rsquo;heure concernant la d\u00e9finition m\u00eame du champ des addictions. Pour nous, addiction ou d\u00e9pendance est quasi synonyme de drogue et de drogu\u00e9. C&rsquo;est-\u00e0-dire que nous privil\u00e9gions en fait, dans la d\u00e9finition, le rapport objectif avec un produit plut\u00f4t que l&rsquo;exp\u00e9rience subjective et, comme le DSM III ou IV, nous ne savons pas tr\u00e8s bien o\u00f9 placer ces addictions sans substance, qui deviennent par exemple des \u00ab addictions comportementales \u00bb. Nous sommes en fait enferm\u00e9s dans une d\u00e9finition m\u00e9dicale de l&rsquo;addiction dont nous peinons \u00e0 sortir, la r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 une population plus ou moins limit\u00e9e de \u00ab drogu\u00e9s \u00bb ou de \u00ab toxicomanes \u00bb, qu&rsquo;il faut aider et soigner. Du point de vue anthropologique, les produits retrouvent clairement leur statut de moyens, des moyens subordonn\u00e9s \u00e0 une fin qui peut cependant \u00eatre atteinte par d&rsquo;autres moyens. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efne produit, para\u00eet-il, un \u00e9tat d&rsquo;extase mais que dire alors de l&rsquo;extase que produisent les endorphines chez le coureur de fond suffisamment entra\u00een\u00e9 qui s&rsquo;est enfonc\u00e9 dans une for\u00eat bien fra\u00eeche par une chaude soir\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Deuxi\u00e8me inflexion significative. Cette perspective nous am\u00e8nerait forc\u00e9ment \u00e0 mieux prendre en compte le contexte dans lequel s&rsquo;effectuent ces \u00ab prises de drogues \u00bb. De nouveau, quand nous pensons \u00ab prises de drogues \u00bb, au-del\u00e0 de ces populations prises en charge par la m\u00e9decine et la psychiatrie, nous aurions int\u00e9r\u00eat \u00e0 comprendre le contexte social \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur duquel elles s&rsquo;effectuent massivement. C&rsquo;est ce qu&rsquo;a cherch\u00e9 \u00e0 faire une sociologue fran\u00e7aise dans un excellent petit livre, quasi unique en son genre, \u00ab La teuf \u00bb de Monique Dagnaud (3). Dans son premier chapitre, \u00ab De la f\u00eate \u00e0 la teuf \u00bb, elle souligne le peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat des sciences sociales depuis 1950 pour le ph\u00e9nom\u00e8ne des f\u00eates qui est par contre \u00e0 l&rsquo;\u00e9picentre de la r\u00e9flexion anthropologique. Or les soir\u00e9es d\u00e9cha\u00een\u00e9es qu&rsquo;elle a pris pour objet de son enqu\u00eate sont loin d&rsquo;\u00eatre un ph\u00e9nom\u00e8ne marginal : leurs \u00ab habitu\u00e9s \u00bb sont en France, selon ses estimations, aux alentours de 15 % des 18-24 ans, elles occupent des plages de temps de plus en plus longues, devenant presque un mode de vie au regard duquel les activit\u00e9s de la semaine comme le travail et les \u00e9tudes finissent par para\u00eetre insipides et insignifiantes. Enfin, les teufeurs sont souvent selon son expression, on pouvait s&rsquo;en douter, des \u00ab experts des psychotropes et des sensations aigu\u00ebs \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Ceci nous am\u00e8ne \u00e0 notre troisi\u00e8me observation. Il n&rsquo;y a pas \u00e0 proprement parler de toxicomanes ou de drogu\u00e9s dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles. La figure du toxicomane \u00e9merge au 19\u00e8me si\u00e8cle et est m\u00e9dicalis\u00e9e au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle. On pourrait prendre comme rep\u00e8re de cette \u00e9mergence les c\u00e9l\u00e8bres textes de Baudelaire sur les paradis artificiels (le vin, l&rsquo;opium, le haschich) dont le titre lui-m\u00eame est lourd de signification.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Dieu sait pourtant que la consommation d&rsquo;alcool et de stup\u00e9fiants occupe dans les cultures traditionnelles une place bien av\u00e9r\u00e9e. Dans son \u00ab Histoire d&rsquo;un voyage faict en la terre du Br\u00e9sil \u00bb (1578), Jean de L\u00e9ry, un pasteur calviniste que l&rsquo;on peut consid\u00e9rer comme le premier ethnographe, raconte en d\u00e9tail les incroyables beuveries des Tupinamba du Br\u00e9sil. \u00ab<\/span><em><span style=\"text-decoration: none;\"> Arri\u00e8re Alemans, Flamans, Lansquenets, Suisses, et tous qui faites carhous [boire \u00e0 qui mieux mieux] et profession de boire par-de\u00e7\u00e0 : car comme nous-m\u00eames, apr\u00e8s avoir entendu comment nos Am\u00e9riquains s&rsquo;en acquittent, confesserez que vous n&rsquo;y entendez rien aupr\u00e8s d&rsquo;eux, aussi faut-il que vous leur c\u00e9diez en cet endroit<\/span><\/em><span style=\"text-decoration: none;\"> \u00bb (p. 249).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Et en effet, \u00ab\u00a0nos Am\u00e9riquains\u00a0\u00bb ont pour r\u00e8gle lors de grandes c\u00e9r\u00e9monies festives de \u00ab caouiner \u00bb (boire le caouin, l&rsquo;alcool de mil local) pendant des jours et des nuits jusqu&rsquo;\u00e0 ce que toute la production soit \u00e9puis\u00e9e. Et lorsqu&rsquo;ils arraisonnent un navire portugais, ils font subir le m\u00eame sort en une s\u00e9ance festive unique \u00e0 toute la cargaison de vin, \u00ab <\/span><em><span style=\"text-decoration: none;\">apr\u00e8s avoir assomm\u00e9 et mang\u00e9 tout l&rsquo;\u00e9quipage<\/span><\/em><span style=\"text-decoration: none;\"> \u00bb ajoute de L\u00e9ry.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Que dire de l&rsquo;observation que fait Harner (4) quatre si\u00e8cles plus tard chez les Jivaros : \u00ab <\/span><em><span style=\"text-decoration: none;\">une mani\u00e8re beaucoup plus subtile de r\u00e9primander les enfants est de leur donner du jus de maikua (un breuvage hallucinog\u00e8ne). Ceci se fait surtout lorsqu&rsquo;un enfant manque de respect envers son p\u00e8re ou met en question son savoir et son autorit\u00e9 (&#8230;). Donner \u00e0 l&rsquo;enfant cet hallucinog\u00e8ne puissant vise \u00e0 le mettre dans un \u00e9tat de transe qui lui permettra de voir le monde surnaturel. Il y d\u00e9couvrira, dit-on, que bien des affirmations de son p\u00e8re sur la nature de la r\u00e9alit\u00e9 sont exactes et il aura plus de respect pour lui (&#8230;). Nous avons affaire \u00e0 une culture o\u00f9 un parent peut menacer un enfant d&rsquo;un hallucinog\u00e8ne s&rsquo;il se tient mal<\/span><\/em><span style=\"text-decoration: none;\"> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Etrange conception de la discipline en effet mais qui livre peut-\u00eatre une cl\u00e9 essentielle de notre probl\u00e8me. Si la toxicomanie est introuvable dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, c&rsquo;est non seulement qu&rsquo;elle est strictement codifi\u00e9e et ritualis\u00e9e, donc cadr\u00e9e de part en part dans le temps et l&rsquo;espace, mais que cette fuite hors de la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;en est r\u00e9ellement pas une puisqu&rsquo;elle nous projette dans le vrai monde, le monde invisible qui commande de part en part le monde visible. Ainsi la boucle est boucl\u00e9e et cette supr\u00eame victoire du \u00ab principe de plaisir \u00bb en est une \u00e9galement pour le \u00ab principe de r\u00e9alit\u00e9 \u00bb. Il y a peut-\u00eatre plus de r\u00e9alisme qu&rsquo;on ne croit dans ce parti pris de la fantasmagorie et de l&rsquo;illusion qui a domin\u00e9 la majeure partie de l&rsquo;histoire humaine, donnant \u00e0 la religion son r\u00f4le d&rsquo;organisateur de l&rsquo;espace social-humain et s&rsquo;assurant de la sorte une institution de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 (5).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Par contraste, la formule nous fait mieux saisir la d\u00e9faite du principe de r\u00e9alit\u00e9 dans notre monde : officiellement fond\u00e9 sur le soi-disant r\u00e9alisme de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale et du calcul \u00e9conom\u00e9trique, le monde -\u00e9conomique en particulier- o\u00f9 nous vivons porte la d\u00e9r\u00e9alisation et la fantasmagorie \u00e0 des sommets rarement atteints. Voil\u00e0 sans doute o\u00f9 pourrait se situer le point de d\u00e9part de toute r\u00e9flexion s\u00e9rieuse sur la mont\u00e9e en puissance des d\u00e9pendances et des addictions \u00e0 laquelle nous assistons depuis trente ans : qu&rsquo;est-ce qui, dans la dite r\u00e9alit\u00e9, pousse tant de gens \u00e0 tenter de la fuir o\u00f9, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des jeunes, d&rsquo;y entrer le plus tard possible ou mieux encore de ne pas y entrer du tout ? Il faudra peut-\u00eatre trouver d&rsquo;autres r\u00e9ponses que celle, pr\u00eate \u00e0 l&#8217;emploi : le capitalisme, bien s\u00fbr !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">En d\u00e9pliant cette perspective anthropologique, nous avons jusqu&rsquo;ici peu ou prou raisonn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;opposition freudienne principe de plaisir\/principe de r\u00e9alit\u00e9. Et il est vrai que spontan\u00e9ment c&rsquo;est le cadre o\u00f9 nous situons ces comportements, dans une \u00e9conomie psychique des plaisirs et des d\u00e9plaisirs, comme si le principe de plaisir relevait tout entier d&rsquo;une dimension pulsionnelle, venant de l&rsquo;int\u00e9rieur, qui se heurte un jour ou l&rsquo;autre au mur ext\u00e9rieur que constituerait le principe de r\u00e9alit\u00e9. Dans cette perspective, le toxicomane quel qu&rsquo;il soit serait celui qui ne parvient plus \u00e0 contr\u00f4ler cette qu\u00eate du plaisir intense que lui procurent nos fameux \u00ab paradis artificiels \u00bb (je trouve cette expression tellement appropri\u00e9e qu&rsquo;elle pourrait \u00e0 mon sens \u00eatre \u00e9lev\u00e9e au rang d&rsquo;un concept).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Pourtant, un certain nombre de faits r\u00e9sistent \u00e0 ce sch\u00e9ma somme toute assez simple. A commencer par le fait que le plaisir humain consiste aussi, pour une part importante, dans le fait de ne pas consommer ces plaisirs. L&rsquo;homme est cet animal \u00e9trange qui trouve du plaisir \u00e0 ne pas en prendre. Ici encore, les donn\u00e9es anthropologiques sont massives. Toutes les cultures humaines, quels que soient les motifs qu&rsquo;elles invoquent, font une place importante \u00e0 l&rsquo;asc\u00e8se et \u00e0 l&rsquo;abstinence. Ici aussi, la cl\u00e9 est sans doute \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 de la structure m\u00eame du d\u00e9sir humain qui comporte toujours une exigence de distance ou d&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame. D\u00e9sirer pour un humain, c&rsquo;est conserver une certaine ma\u00eetrise sur son d\u00e9sir (une ma\u00eetrise qui peut d&rsquo;ailleurs donner lieu \u00e0 des pathologies, elles aussi de type addictif, comme l&rsquo;anorexie qui est une sorte d&rsquo;addiction \u00e0 la ma\u00eetrise de l&rsquo;app\u00e9tit).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Ce qui se donne \u00e0 voir ici, c&rsquo;est une sorte de r\u00e9flexivit\u00e9 en acte du d\u00e9sir qui se perd lui-m\u00eame lorsqu&rsquo;il se laisse emporter par son propre mouvement. C&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e0 partir de cette observation que l&rsquo;on pourrait distinguer l&rsquo;autonomie individuelle, qui est possession de soi, et la libert\u00e9 individuelle, toujours menac\u00e9e de d\u00e9possession o\u00f9 se loge une part importante de l&rsquo;esclavage chez les modernes (compar\u00e9 \u00e0 celui des anciens pourrait-on faire dire \u00e0 un nouveau Benjamin Constant). Ces questions, il faut le reconna\u00eetre, ont r\u00e9cemment connu de grandes avanc\u00e9es th\u00e9oriques, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la th\u00e9orie de la m\u00e9diation et aux clarifications d\u00e9cisives apport\u00e9es par Jean-Claude Quentel (6) l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;oeuvre de Freud et de ses disciples restait \u00e0 mon sens ambigu\u00eb. Ce qui se pr\u00e9cise ici, c&rsquo;est que le d\u00e9sir humain n&rsquo;est jamais \u00e9tranger \u00e0 la norme : la dimension normative du d\u00e9sir est intrins\u00e8que et non extrins\u00e8que comme on le pensait encore r\u00e9cemment. Pour le dire dans les termes freudiens, \u00ab <\/span><em><span style=\"text-decoration: none;\">l&rsquo;angoisse est la cause du refoulement et non l&rsquo;inverse<\/span><\/em><span style=\"text-decoration: none;\"> \u00bb (7).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Cons\u00e9quence : la souffrance qui est immanquablement associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;addiction comporte deux sources et non une seule. Le (cyber ou autre) d\u00e9pendant souffre certes de ce que son activit\u00e9 empi\u00e8te de plus en plus sur ses autres activit\u00e9s et l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;exercer ses responsabilit\u00e9s familiales, professionnelles, civiques ou autres, ce que mentionnent tous les manuels de psychiatrie, qu&rsquo;ils soient populaires ou savants. Mais il souffre aussi de ce sentiment paradoxal d&rsquo;avoir perdu son d\u00e9sir et son plaisir en s&rsquo;y abandonnant totalement.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Resterait pour boucler cette br\u00e8ve r\u00e9flexion \u00e0 examiner une question que je me contente d&rsquo;\u00e9voquer sans l&rsquo;approfondir. Elle a directement \u00e0 voir avec un des textes de Freud qui m&rsquo;a toujours personnellement intrigu\u00e9, ne f\u00fbt-ce que par son tr\u00e8s \u00e9nigmatique titre \u00ab Au-del\u00e0 du principe de plaisir \u00bb. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un essai publi\u00e9 en 1920 o\u00f9 Freud, \u00e0 la surprise de ses disciples, revient sur un certain nombre de ses conceptions ant\u00e9rieures et introduit notamment la fameuse pulsion de mort. On pourrait se contenter de le lire \u00e0 la lumi\u00e8re de ce que j&rsquo;ai expos\u00e9 au point pr\u00e9c\u00e9dent, \u00e0 savoir la place du renoncement et de l&rsquo;interdit dans l&rsquo;\u00e9conomie du d\u00e9sir humain. Mais une lecture attentive laisse entrevoir une autre dimension, celle pr\u00e9cis\u00e9ment que la \u00ab pulsion de mort \u00bb d\u00e9signe de mani\u00e8re \u00e0 mon sens peu appropri\u00e9e, une sorte d&rsquo;h\u00e9sitation\/oscillation entre tout et rien, entre \u00eatre et ne pas \u00eatre, ais\u00e9ment d\u00e9chiffrable dans les pathologies addictives. A suivre donc&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Jean-Marie Lacrosse<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">(1) Par exemple dans La Libre.be du 05\/03\/2009 sous le titre \u00ab <a href=\"http:\/\/www.lalibre.be\/archive\/une-maladie-du-desir-humain-51b731b9e4b0de6db9754166\" target=\"_blank\">Une maladie du d\u00e9sir humain<\/a> \u00bb et dans Espace Citoyen du 12\/12\/2008 \u00ab <a href=\"http:\/\/www.espace-citoyen.be\/article\/161-j-m-lacrosse-sociologue-il-y-a-une-perte-du-principe-de-rea\/\" target=\"_blank\">Il y a une perte du principe de r\u00e9alit\u00e9<\/a> \u00bb dans le dossier \u00ab La violence dans les jeux vid\u00e9os \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">(2) Les DSM sont des manuels de diagnostic et de statistique des troubles mentaux, mis au point par l&rsquo;Association Am\u00e9ricaine de Psychiatrie. Le DSM V a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 aux Etats-Unis le 18 mai 2013. Il n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">(3) Monique Dagnaud, <\/span><em><span style=\"text-decoration: none;\">La teuf. Essai sur le d\u00e9sordre des g\u00e9n\u00e9rations<\/span><\/em><span style=\"text-decoration: none;\">, Seuil, janvier 2008. Voir \u00e9galement son article\u00a0La teuf comme utopie provisoire\u00a0dans le dossier \u00ab Nouvelles jeunesses \u00bb publi\u00e9 par la revue Le D\u00e9bat, 145, mai-ao\u00fbt 2007.Voir \u00e9galement le compte-rendu qu&rsquo;en a fait H\u00e9l\u00e8ne Lacrosse<\/span><span style=\"text-decoration: none;\">, <a href=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=125\" target=\"_blank\">La teuf ou la f\u00eate comme mode de vie<\/a>. On peut \u00e9galement \u00e9couter la conf\u00e9rence que Monique Dagnaud a donn\u00e9e au <\/span><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"text-decoration: none;\">CePPecs<\/span><\/span><span style=\"text-decoration: none;\"> en mars 2009 en cliquant <a href=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=236\" target=\"_blank\">ici<\/a>. Cette conf\u00e9rence ne sera h\u00e9las pas publi\u00e9e dans la collection \u00ab Temps d&rsquo;arr\u00eat \u00bb de <\/span><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"text-decoration: none;\">Yapaka<\/span><\/span><span style=\"text-decoration: none;\">. On ne peut que le regretter tant elle jette un utile coup de projecteur sur les pratiques de ces \u00ab nouvelles jeunesses \u00bb que parents, psychologues et travailleurs sociaux s&rsquo;\u00e9vertuent \u00e0 laisser dans l&rsquo;ombre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"text-decoration: none;\">(4) Michael Harner, <\/span><em><span style=\"text-decoration: none;\">Les Jivaros<\/span><\/em><span style=\"text-decoration: none;\">, Petite biblioth\u00e8que Payot, 2006 (\u00e9dition originale 1972)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">(5) Sur la question de l&rsquo;institution et de son \u00e9clipse dans le monde contemporain voir\u00a0<a href=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=485\" target=\"_blank\">Les trag\u00e9dies de la rage adolescente<\/a><\/span><span style=\"text-decoration: none;\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">(6) De Jean-Claude Quentel, voir son oeuvre ma\u00eetresse, <\/span><em><span style=\"text-decoration: none;\">L&rsquo;enfant <\/span><\/em><span style=\"text-decoration: none;\">(De Boeck, 1993), sp\u00e9cialement les pages 141 \u00e0 154, \u00ab\u00a0Le rapport de l&rsquo;enfant \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique\u00a0\u00bb. Voir \u00e9galement <\/span><em><span style=\"text-decoration: none;\"><a href=\"http:\/\/www.yapaka.be\/files\/publication\/TA_Quentel_enfant_pas_une_personne.pdf\" target=\"_blank\">L&rsquo;enfant n&rsquo;est pas une personne<\/a><\/span><\/em><span style=\"text-decoration: none;\">, collection \u00ab Temps d&rsquo;arr\u00eat \u00bb (<\/span><span style=\"text-decoration: none;\">Yapaka<\/span><span style=\"text-decoration: none;\">) ou l&rsquo;enregistrement audio de sa conf\u00e9rence du m\u00eame nom sur le site du <\/span><span style=\"text-decoration: none;\">CePPecs en cliquant <a href=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=35\" target=\"_blank\">ici<\/a><\/span><span style=\"text-decoration: none;\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: none;\">(7) Jean-Claude Quentel, <\/span><em><span style=\"text-decoration: none;\">L&rsquo;enfant,<\/span><\/em><span style=\"text-decoration: none;\"> p.144<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article \u00e9crit par Jean-Marie Lacrosse et publi\u00e9 dans R\u00e9solument jeunes, n\u00b028, septembre-novembre 2009. A plusieurs reprises ces derniers temps (1), j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 interview\u00e9 sur le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab nouveau \u00bb que constituerait la cyberd\u00e9pendance, d\u00e9clin\u00e9e sous plusieurs noms comme \u00ab accros &hellip; <a href=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=168\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":165,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,44,31],"tags":[],"class_list":["post-168","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-medias","category-revue-resolument-jeunes","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/168","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=168"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/168\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":170,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/168\/revisions\/170"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/165"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=168"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=168"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=168"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}