{"id":1971,"date":"2016-03-26T17:11:38","date_gmt":"2016-03-26T15:11:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1971"},"modified":"2016-03-29T18:44:20","modified_gmt":"2016-03-29T16:44:20","slug":"nous-qui-sommes-trois-a-propos-de-nous-qui-sommes-cent-de-jonas-hassen-khemiri","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1971","title":{"rendered":"Nous qui sommes trois. A propos de \u00ab Nous qui sommes cent \u00bb de Jonas Hassen Khemiri"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1975\" src=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/pj17_cover.jpg\" alt=\"pro j 17\" width=\"350\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/pj17_cover.jpg 350w, https:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/pj17_cover-233x300.jpg 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>Article \u00e9crit par Jean-Marie Lacrosse\u00a0et publi\u00e9 dans\u00a0<a href=\"http:\/\/projeunes.be\/pjs_PDF\/ProJ_revue\/ProJ_17_web.pdf\" target=\"_blank\">Pro J, n\u00b017, \u00a0mars-mai 2016<\/a>.<\/em><br \/>\n<em>Version l\u00e9g\u00e8rement remani\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Th\u00e9\u00e2tre National et la troupe Fluorescence Collective nous ont r\u00e9cemment propos\u00e9 la derni\u00e8re pi\u00e8ce \u00ab\u00a0Nous qui sommes cent\u00a0\u00bb d\u2019un jeune auteur su\u00e9dois, Jonas Hassen Khemiri. N\u00e9 en 1978 d\u2019un p\u00e8re tunisien et d\u2019une m\u00e8re su\u00e9doise, vivant \u00e0 Stockholm, Khemiri est l\u2019auteur \u00e0 38 ans de trois romans et six pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre dont les plus c\u00e9l\u00e8bres ont \u00e9t\u00e9 en leur temps traduit et mise en sc\u00e8ne en fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0Montecore, un tigre unique\u00a0\u00bb (2006, traduit en 2008) pour le roman, \u00ab\u00a0Invasion\u00a0\u00bb (2006, premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne fran\u00e7aise en 2007) pour le th\u00e9\u00e2tre. \u00ab\u00a0Invasion\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e simultan\u00e9ment \u00e0 Bruxelles en janvier 2012 dans deux mises en sc\u00e8ne diff\u00e9rentes par le Th\u00e9\u00e2tre Varia et le Th\u00e9\u00e2tre de Poche. La pi\u00e8ce est d\u00e9crite \u00e0 cette occasion comme \u00ab\u00a0un joyeux portrait au vitriol de notre soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus plong\u00e9e dans le racisme ordinaire\u00a0\u00bb, en ces temps\u00a0\u00ab\u00a0troubl\u00e9s par de fausses r\u00e9flexions sur l\u2019identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. Deux \u00ab\u00a0jeunes des cit\u00e9s\u00a0\u00bb, comme on dit en France, s\u2019y inventent un personnage imaginaire, Abulkasem (le \u00ab\u00a0p\u00e8re du t\u00e9moin\u00a0\u00bb en arabe, un personnage que l\u2019auteur a trouv\u00e9 chez un \u00e9crivain su\u00e9dois de la fin du 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle) qui constitue pour eux une sorte de mod\u00e8le ou de projection identificatoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur a donc b\u00e2ti sa renomm\u00e9e sur les th\u00e8mes qui ont \u00ab\u00a0envahi\u00a0\u00bb la vie publique depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es\u00a0: immigration, racisme, x\u00e9nophobie, populisme, th\u00e8mes qui divisent fortement les opinions publiques, \u00e0 droite d\u2019abord puis plus r\u00e9cemment \u00e0 gauche. Et il ne fait pas myst\u00e8re de l\u2019arri\u00e8re-fond autobiographique de ces histoires. Or justement \u00ab\u00a0Nous qui sommes cent\u00a0\u00bb tranche compl\u00e8tement avec la veine d\u00e9velopp\u00e9e jusque-l\u00e0 par l\u2019auteur. Il n\u2019y est plus question ni de nation, ni d\u2019immigration, sinon de fa\u00e7on tout \u00e0 fait marginale. Il s\u2019agit d\u2019une femme \u00e0 l\u2019aube de la mort qui ressasse entre exaltation et m\u00e9lancolie les \u00e9v\u00e9nements de sa vie. Le texte est de part en part un monologue int\u00e9rieur, un genre inaugur\u00e9 au 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle dans La Princesse de Cl\u00e8ves et th\u00e9oris\u00e9 au 20<sup>\u00e8me<\/sup> par Edouard Dujardin. Ce flux ininterrompu de souvenirs, pens\u00e9es, images, sentiments, sensations sans organisation apparente a pris une dimension relativement importante dans le roman \u00e0 partir du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et fait bien s\u00fbr penser \u00e0 la technique psychanalytique de la libre association . Le probl\u00e8me que doit affronter Khemiri apr\u00e8s quelques autres n\u2019est pas simple\u00a0: comment transposer au th\u00e9\u00e2tre ce proc\u00e9d\u00e9 romanesque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 psychologique alors que par d\u00e9finition le th\u00e9\u00e2tre rel\u00e8ve d\u2019une essentielle ext\u00e9riorit\u00e9, il est par excellence un art expressif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La technique utilis\u00e9e par l\u2019auteur consiste \u00e0 faire incarner ce moi unique par trois actrices d\u2019\u00e2ges diff\u00e9rents, une jeune, une \u00ab\u00a0adulte\u00a0\u00bb et une vieille, qu\u2019il d\u00e9signe simplement par les nombres 1, 2 et 3. Le spectateur qui ne serait pas au courant de ce proc\u00e9d\u00e9 sc\u00e9nographique est cens\u00e9 le d\u00e9couvrir assez rapidement, gr\u00e2ce \u00e0 quelques artifices simples comme les v\u00eatements et les coiffures identiques que portent les trois actrices lors de leur apparition. Car l\u2019explicitation th\u00e9orique ne viendra qu\u2019\u00e0 la moiti\u00e9 de la pi\u00e8ce, quand l\u2019actrice incarnant le moi adulte explique, lors d\u2019une conf\u00e9rence qu\u2019elle donne sur la prophylaxie dentaire, qu\u2019elle vient d\u2019\u00eatre victime d\u2019une fac\u00e9tie de son jeune moi. <em>\u00ab\u00a0&#8211; Merci beaucoup de m\u2019avoir invit\u00e9, si vous vous posez des questions sur ce que nous venons de voir, ce premier extrait \u00e9tait un petit bonjour de mon jeune moi. Elle aurait aim\u00e9 \u00eatre l\u00e0 aujourd\u2019hui pour \u00eatre t\u00e9moin de cette \u00e9tape importante dans ma carri\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em>. En fait, le jeune moi en question a substitu\u00e9 des images pornographiques aux powerpoints de la conf\u00e9renci\u00e8re. Cet incident donne lieu \u00e0 un dialogue avec les participants \u00e0 la conf\u00e9rence\u00a0<em>: -Une participante\u00a0: \u00ab\u00a0oui je me demandais une chose\u2026 pourquoi n\u2019avez-vous pas, vous, une \u2013 hum en tout cas jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui \u2013 une chercheuse reconnue en pleine carri\u00e8re, laiss\u00e9 votre jeune moi derri\u00e8re vous\u00a0? -Le moi adulte\u00a0: bah. C\u2019est une question difficile. Je ne sais trop quoi vous r\u00e9pondre\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En mati\u00e8re de th\u00e9orie on pense donc assez spontan\u00e9ment \u00e0 une \u00e9cole de psychoth\u00e9rapie n\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, tr\u00e8s populaire dans la seconde moiti\u00e9 du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, que son fondateur Eric Berne, un psychiatre am\u00e9ricain (1910-1970) a nomm\u00e9 l\u2019analyse transactionnelle. La structure du psychisme humain repose selon celle-ci sur trois \u00ab\u00a0\u00e9tats du moi\u00a0\u00bb engag\u00e9s dans une sorte de transaction permanente, \u00e0 la fois dans le rapport \u00e0 soi et dans le rapport aux autres. Son ouvrage le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0Games people play\u00a0\u00bb (1964) a \u00e9t\u00e9 malencontreusement traduit en fran\u00e7ais \u00ab\u00a0Des jeux et des hommes\u00a0\u00bb (\u00e0 ne pas confondre avec Les jeux et les hommes de Roger Caillois (1958), un classique de la sociologie fran\u00e7aise avec lequel il n\u2019a pas grand-chose \u00e0 voir). L\u2019id\u00e9e que les relations inter et intra-individuelles reposent sur des transactions crois\u00e9es entre une instance parentale, une instance adulte et une instance infantile \u00e9claire certainement beaucoup de situations existentielles. Elle \u00e9largit en m\u00eame temps qu\u2019elle simplifie et vulgarise la cartographie du moi propos\u00e9e par Freud dans sa deuxi\u00e8me topique (\u00e7a, moi, surmoi). Mais elle participe en m\u00eame temps du tournant pragmatiste et relationnel op\u00e9r\u00e9 par la psychoth\u00e9rapie \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, avec quelques autres courants majeurs, tous issus des Etats-Unis. On peut ainsi citer la Gestalt Therapy de Fritz Perls (1893-1970) et la Client-Centered Therapy de Carl Rogers (1902-1987). Un tournant qui se confirmera et s\u2019accentuera dans les d\u00e9cennies suivantes avec le courant syst\u00e9mique et le c\u00e9l\u00e8bre Changes de Paul Watzlawick (1921-2007).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut cependant rester prudent dans l\u2019usage de ces r\u00e9f\u00e9rences\u00a0: par exemple, l\u2019auteur, m\u00eame s\u2019il en laisse appara\u00eetre certains traits, n\u2019attribue pas explicitement un caract\u00e8re parental \u00e0 l\u2019\u00e9tat du moi le plus \u00e2g\u00e9. Peut-\u00eatre veut-il seulement s\u2019approprier cette id\u00e9e-clef de la pens\u00e9e freudienne\u00a0: loin qu\u2019il disparaisse, l\u2019enfant que nous avons \u00e9t\u00e9 reste pr\u00e9sent en nous jusqu\u2019\u00e0 notre dernier souffle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">La r\u00e9volution anthropologique du 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle est la t\u00e2che que l\u2019on peut ici attendre de la critique\u00a0? Pr\u00e9cisons tout d\u2019abord que la critique au sens o\u00f9 on l\u2019entend ne consiste pas \u00e0 donner un avis personnel et particulier sur une production litt\u00e9raire ou th\u00e9\u00e2trale. Il s\u2019agit en fait de tout autre chose. Je rappelle la d\u00e9finition qu\u2019en proposait Marcel Gauchet dans son Essai de psychologie contemporaine\u00a0: \u00ab\u00a0Critiquer un livre, c\u2019est rendre lisible la place de ce livre au sein d\u2019un ensemble ou d\u2019un mouvement, c\u2019est d\u00e9finir le cadre dans lequel il s\u2019inscrit, situer ce par rapport \u00e0 quoi il apporte quelque chose, reconstituer ce en regard de quoi il compte ou ne compte pas\u00a0\u00bb. Envisag\u00e9e de cette fa\u00e7on, la question \u00ab\u00a0critique\u00a0\u00bb est donc de savoir si la forme tripartite de la personnalit\u00e9 que configure le sc\u00e9nario est bien la m\u00eame que celle que mettent en \u00e9vidence les discours et les images de ce m\u00eame sc\u00e9nario. Et plus largement si les tentatives de mod\u00e9lisation du psychisme humain qui s\u2019inscrivent dans le sillage des topiques freudiennes sont encore susceptibles de s\u2019appliquer \u00e0 la personnalit\u00e9 contemporaine, celle pr\u00e9cis\u00e9ment qui se d\u00e9voile \u00e0 travers le sc\u00e9nario.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un changement structurel de la personnalit\u00e9 n\u2019est pas neuve. Elle a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1970 par des auteurs comme Christopher Lasch et Gilles Lipovetsky avant d\u2019alimenter l\u2019id\u00e9e que son av\u00e8nement s\u2019inscrivait dans une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0mutation anthropologique\u00a0\u00bb, dont cependant une d\u00e9finition convaincante peine \u00e0 s\u2019imposer. Pour des raisons qui sont sans doute largement li\u00e9es \u00e0 cette mutation m\u00eame. Si l\u2019un des traits marquants de cette nouvelle personnalit\u00e9 est de se vivre comme sortie de l\u2019histoire, hors histoire ou apr\u00e8s l\u2019histoire comme le sugg\u00e9rait le regrett\u00e9 Philippe Muray, on comprend ais\u00e9ment qu\u2019il lui soit difficile voire impossible de se r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 partir de sa place dans une histoire commune et qu\u2019elle tende \u00e0 s\u2019auto-naturaliser. Pourtant ce n\u2019est qu\u2019en reconstruisant une perspective historique que cette \u00e9tape nouvelle du moi peut s\u2019appr\u00e9hender dans sa singularit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9v\u00e9nement d\u00e9clencheur de cette histoire, c\u2019est sans doute la r\u00e9volution scientifique moderne (souvent dite galil\u00e9enne), qui marque la d\u00e9cennie 1620-1630. Elle impose l\u2019id\u00e9e d\u2019une s\u00e9paration de la repr\u00e9sentation et de la r\u00e9alit\u00e9. La r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas directement accessible \u00e0 la conscience. Elle ne s\u2019appr\u00e9hende qu\u2019\u00e0 l\u2019aide de mod\u00e8les et d\u2019instruments comme exemplairement le t\u00e9lescope et le microscope. La connaissance \u00e9tait jusque-l\u00e0 passive, objective et directe. Elle devient active, subjective et indirecte. On peut m\u00eame remonter un peu plus haut dans le temps\u00a0: en 1604, Kepler se demande comment l\u2019image qui se forme sur la r\u00e9tine au fond de l\u2019\u0153il, au d\u00e9bouch\u00e9 du nerf optique, peut p\u00e9n\u00e9trer dans le nerf et, color\u00e9e et lumineuse, cheminer dans un conduit aussi obscur et aussi tortueux. Avec Kepler, conclut G\u00e9rard Simon, un historien de la science, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me devient sujet\u00a0\u00bb. L\u2019optique est une discipline charni\u00e8re, \u00e0 la fois science de la mati\u00e8re et science humaine, science de la vision. Elle fait ressortir la dualit\u00e9 du processus optique physique et du processus de saisie de cette image par l\u2019\u00e2me\u00a0: ce sont deux op\u00e9rations diff\u00e9rentes, une physique, l\u2019autre psychique. La connaissance moderne devient ainsi probl\u00e9matique\u00a0puisqu\u2019on a pris conscience que l\u2019objet ne s\u2019imprime pas directement dans l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 partir de cette r\u00e9volution \u00e9pist\u00e9mologique \u00ab\u00a0cart\u00e9sienne\u00a0\u00bb, \u00a0que \u00a0s\u2019impose l\u2019id\u00e9e d\u2019un homme int\u00e9rieur, ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame, l\u00e0 o\u00f9 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb \u00e9tait cens\u00e9e ouvrir directement l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un autre monde invisible, de l\u2019ordre d\u2019une surnature. Ce rapport primordial \u00e0 soi, Pascal le premier nommera le moi, un moi appr\u00e9hend\u00e9 dans un premier temps comme m\u00e9prisable et ha\u00efssable, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une g\u00e9om\u00e9trie de l\u2019\u00e2me enti\u00e8rement renouvel\u00e9e\u00a0: la grandeur de l\u2019homme n\u2019est plus le fait de ceux qui, comme chez Platon, parviennent \u00e0 s\u2019extraire de la caverne des apparences sensibles pour rejoindre le ciel des intelligibles. Car \u00ab\u00a0qui veut faire l\u2019ange fait la b\u00eate\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la grandeur de l\u2019homme est grande en ce qu\u2019il se conna\u00eet mis\u00e9rable. Un arbre ne se connait pas mis\u00e9rable. C\u2019est donc \u00eatre mis\u00e9rable que de se conna\u00eetre mis\u00e9rable, mais c\u2019est \u00eatre grand que de conna\u00eetre qu\u2019on est mis\u00e9rable\u00a0\u00bb (Fragment 146, Sellier).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si cette r\u00e9volution anthropologique de l\u2019\u00e2ge classique a une source \u00e9pist\u00e9mologique, comme je l\u2019ai expos\u00e9 plus haut, elle en a aussi une d\u2019ordre th\u00e9ologique\u00a0: la th\u00e9ologie augustinienne du p\u00e9ch\u00e9 originel qui s\u00e9pare radicalement l\u2019humain du divin. Pour l\u2019homme d\u00e9chu d\u2019apr\u00e8s le p\u00e9ch\u00e9 originel, Dieu est lointain, il se cache et choisit parmi ses fid\u00e8les ceux \u00e0 qui il donne la facult\u00e9 de s\u2019\u00e9lever au-dessus d\u2019eux-m\u00eames. La Rochefoucauld formule la m\u00eame id\u00e9e mais de fa\u00e7on \u00ab\u00a0la\u00efque\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il y a un amour pur et exempt du m\u00e9lange de nos autres passions, c\u2019est celui qui est cach\u00e9 au fond du c\u0153ur, et que nous ignorons nous-m\u00eames\u00a0\u00bb (Maxime 69). Augustinisme et cart\u00e9sianisme (1)\u00a0sont donc bien les deux mamelles de ce tournant anthropologique majeur dont nous sommes les h\u00e9ritiers directs. La condition de l\u2019homme est d\u2019\u00eatre sans cesse tiraill\u00e9 entre des d\u00e9sirs contradictoires, travers\u00e9 de penchants sans suite logique\u00a0: \u00ab\u00a0Condition de l\u2019homme. Inconstance, ennui, inqui\u00e9tude\u00a0\u00bb (Fragment 58, Sellier). \u00ab\u00a0Nous souhaitons la v\u00e9rit\u00e9 et ne trouvons en nous qu\u2019incertitude. Nous recherchons le bonheur et ne trouvons que mis\u00e8re et mort. Nous sommes incapables de ne pas souhaiter la v\u00e9rit\u00e9 et le bonheur et sommes incapables ni de certitude ni de bonheur. Ce d\u00e9sir nous est laiss\u00e9 tant pour nous punir que pour nous faire sentir d\u2019o\u00f9 nous sommes tomb\u00e9s\u00a0\u00bb (Fragment 20, Sellier). \u00ab\u00a0L\u2019homme ne sait \u00e0 quel rang se mettre. Il est visiblement \u00e9gar\u00e9 et tomb\u00e9 de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. Il le cherche partout avec inqui\u00e9tude et sans succ\u00e8s dans des t\u00e9n\u00e8bres imp\u00e9n\u00e9trables\u00a0\u00bb (Fragment 19, Sellier).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Pascal, seule la religion peut apaiser ces tourments\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019homme n\u2019est pas fait pour Dieu, pourquoi n\u2019est-il heureux qu\u2019en Dieu\u00a0? Si l\u2019homme est fait pour Dieu, pourquoi est-il si contraire \u00e0 Dieu\u00a0?\u00a0\u00bb (Fragment 18, Sellier). Mais rien dans le monde d\u2019apr\u00e8s la r\u00e9volution scientifique moderne ne semble y conduire. Seulement la foi que justifie le fameux pari. \u00ab\u00a0Cela \u00f4te tout parti\u00a0: partout o\u00f9 est l\u2019infini et o\u00f9 il n\u2019y a pas infinit\u00e9 de hasards de perte contre celui de gain, il n\u2019y a point \u00e0 balancer. Il faut tout donner. Et ainsi, quand on est forc\u00e9 \u00e0 jouer, il faut renoncer \u00e0 la raison pour garder la vie plut\u00f4t que de la hasarder pour le gain infini aussi pr\u00eat \u00e0 arriver que la perte du n\u00e9ant\u00a0\u00bb (Fragment 680, Sellier). Le diagnostic est partout le m\u00eame mais il ne d\u00e9bouche pas sur les m\u00eames conclusions. Si La Rochefoucauld constate l\u2019enfermement du c\u0153ur humain dans l\u2019amour de soi, il efface de ses maximes toute r\u00e9f\u00e9rence th\u00e9ologique\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019amour-propre est l\u2019amour de soi-m\u00eame et de toute chose pour soi\u00a0; il rend les hommes idol\u00e2tres d\u2019eux-m\u00eames, il les rendrait tyrans des autres si la fortune leur en donnait les moyens\u00a0;\u00a0 il ne se repose jamais hors de soi, et ne s\u2019arr\u00eate dans les sujets \u00e9trangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre\u00a0\u00bb (Maximes supprim\u00e9es 1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les topiques freudiennes qui restent, quoiqu\u2019on en dise, notre r\u00e9f\u00e9rence centrale en mati\u00e8re de th\u00e9orie du psychisme, s\u2019inscrivent dans cette filiation. Le \u00e7a freudien est bien le fils direct de l\u2019amour-propre des augustiniens du 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: il est m\u00fb par des pulsions aveugles que r\u00e9git le seul principe de plaisir et la qu\u00eate illimit\u00e9e de satisfactions. Mais ce \u00e7a pulsionnel se heurte \u00e0 un principe de r\u00e9alit\u00e9 qui, sans se d\u00e9partir de cet amour-propre, instaure une sorte de distance \u00e0 soi que Freud nomme le moi. Et il est barr\u00e9 par un surmoi civilisateur qui fait passer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du moi l\u2019instance interdictrice de la loi qui fait de nous des \u00eatres pour la soci\u00e9t\u00e9. On le voit, chez Freud, l\u2019horizon n\u2019est plus religieux mais civilisateur. Le surmoi est ce qui se saisit de notre psych\u00e9 pour la sortir d\u2019elle-m\u00eame, au point dans certaines pathologies de la tyranniser voire m\u00eame de la d\u00e9truire. Il s\u2019inscrit ainsi dans la lign\u00e9e de la glorieuse \u00e9poque des Lumi\u00e8res et des concepts qu\u2019elle a forg\u00e9s\u00a0: conscience, volont\u00e9, citoyennet\u00e9. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019optimisme \u00e0 la fois lib\u00e9ral et citoyen du 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, que justifie la victoire de la raison sur les \u00ab\u00a0superstitions\u00a0\u00bb, le compromis entre l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 psychologique autocentr\u00e9e et les imp\u00e9ratifs de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 sociale est tout sauf pacifique et harmonieux. Il est fait de frustrations et de refoulements qui rendent ind\u00e9passable le fameux \u00ab\u00a0malaise dans la civilisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">La mutation anthropologique du 21<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a cependant affaire l\u00e0 \u00e0 une structure de la personnalit\u00e9 qui continue d\u2019articuler l\u2019individuel et le collectif sur base d\u2019une identification au collectif d\u2019une part au moins de l\u2019individu\u00a0: cette identification int\u00e9rieure au collectif, si elle ne participe plus d\u2019une surnature, n\u2019en demeure pas moins un surmoi. Mais l\u00e0 o\u00f9 Freud pensait avoir d\u00e9couvert une organisation psychique transhistorique, relevant de la nature humaine, de plus en plus de psychanalystes s\u2019accordent \u00e0 y reconna\u00eetre une formation historique transitoire qui n\u2019aura \u00e9t\u00e9 qu\u2019un moment singulier de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 psychologique. Charles Melman, Jean-Pierre Lebrun et bien d\u2019autres, notent ainsi l\u2019av\u00e8nement d\u2019une \u00ab\u00a0nouvelle \u00e9conomie psychique\u00a0\u00bb caract\u00e9ris\u00e9e par une imm\u00e9diatet\u00e9 effusive et chaleureuse avec soi, oublieuse des conditions et des m\u00e9diations sociales qui la rendent possible. Le trait structurel primordial de cette psychologie me semble \u00eatre la priorit\u00e9 absolue accord\u00e9e au rapport \u00e0 soi sur le rapport \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Elle est donc aux antipodes et en rupture compl\u00e8te (ce qui justifie de parler de mutation anthropologique) avec l\u2019organisation de la personnalit\u00e9 qui a pr\u00e9valu depuis l\u2019origine de l\u2019humanit\u00e9 et qui reposait depuis toujours sur un primat du collectif et une identification mobilisatrice de l\u2019individu au collectif. Non pas que les autres, la soci\u00e9t\u00e9, le monde environnant aient disparu. Mais cette appartenance \u00e0 une collectivit\u00e9 ne structure plus le psychisme comme elle l\u2019a fait mill\u00e9nairement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les nombreuses manifestations de cette nouvelle organisation psychique ne sont \u00e9videmment pas pass\u00e9es inaper\u00e7ues. On pourrait m\u00eame dire qu\u2019elles saturent toute l\u2019exp\u00e9rience contemporaine de notre rapport \u00e0 nous-m\u00eame, aux autres et au monde en g\u00e9n\u00e9ral. Dans ces manifestations, les repr\u00e9sentations, tout ce que nous appelons les \u00ab\u00a0r\u00eaves\u00a0\u00bb, ont compl\u00e8tement pris le pas sur la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: on le voit dans l\u2019explosion de la pornographie, des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, des jeux vid\u00e9o o\u00f9 c\u2019est bien la repr\u00e9sentation qui est recherch\u00e9e pour le plaisir qu\u2019elle procure \u00e0 ses adeptes. Il faut citer aussi la fortune du mot \u00ab\u00a0addiction\u00a0\u00bb mis aujourd\u2019hui \u00e0 toutes les sauces, dont il est difficile de ne pas voir le lien qu\u2019il entretient avec l\u2019adh\u00e9rence \u00e0 soi que produit ce nouvel individualisme. Mais, si ces manifestations ont bel et bien \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es, l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019il convient d\u2019en donner reste confuse et incertaine. Les causes de cette nouvelle psychologie sont-elles \u00e0 chercher dans la psychologie elle-m\u00eame\u00a0? C\u2019est l\u2019hypoth\u00e8se que privil\u00e9gient en g\u00e9n\u00e9ral les m\u00e9dias qui d\u00e9chiffrent dans la politique des \u00ab\u00a0batailles d\u2019egos\u00a0\u00bb, dans le football des \u00ab\u00a0\u00e9gos surdimensionn\u00e9s\u00a0\u00bb, dans les relations de travail et de couple des \u00ab\u00a0pervers narcissiques\u00a0\u00bb qu\u2019il faut impitoyablement traquer. Pr\u00e9cisons le propos\u00a0: il\u00a0 y a bien s\u00fbr des individus narcissiques, \u00e9go\u00efstes, vaniteux, harceleurs, etc\u2026 Et on n\u2019a pas attendu le 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et les maximes de La Rochefoucauld pour constater l\u2019amour tout-puissant de soi qui travaille le c\u0153ur humain, y compris dans ses mouvements les plus g\u00e9n\u00e9reux et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le paysage qui nous est donn\u00e9 \u00e0 voir ici ne rel\u00e8ve pas de la psychologie individuelle. Il co\u00efncide \u00e9troitement avec un remaniement en profondeur de l\u2019articulation entre l\u2019\u00eatre-soi et l\u2019\u00eatre-ensemble. L\u2019av\u00e8nement des droits de l\u2019homme, qui sont devenus notre id\u00e9al supr\u00eame depuis la fin des ann\u00e9es 1970, est seul \u00e0 m\u00eame de rendre compte d\u2019une telle m\u00e9tamorphose. Ce n\u2019est pas seulement l\u2019identification au collectif qui s\u2019est dissoute, il y a substitution d\u2019une autre identification \u00e0 celle-ci, remplacement par l\u2019identification de l\u2019individu \u00e0 son statut de droit. C\u2019est proprement ce qui consomme la rupture et c\u2019est ce qui justifie de parler d\u2019une psychologie de l\u2019individu de droit, notion qui autrement pourrait para\u00eetre remarquablement arbitraire. Jusqu\u2019alors en effet, le droit, entendons le droit au sens des droits fondamentaux, le droit du l\u00e9gitime, le droit \u00e9tait rest\u00e9 essentiellement ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience personnelle. Si grand que pouvait \u00eatre son r\u00f4le dans la sph\u00e8re ext\u00e9rieure, le droit restait de l\u2019ordre d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence intellectuelle abstraite ou d\u2019un outil social par rapport \u00e0 un domaine de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 qui semblait lui \u00eatre enti\u00e8rement \u00e9tranger. Ici, non seulement le droit entre dans l\u2019id\u00e9e de soi, dans le rapport imm\u00e9diat de soi \u00e0 soi, mais il en devient constitutif. Il faut parler d\u2019un soi par le droit, d\u2019un soi advenant sur le terrain ou sur la base du droit. Lequel ouvre un espace qui est justement celui de cette saisie directe de soi par soi. Formulons-le autrement\u00a0: dans le r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent d\u2019articulation au collectif, ce qui me passait par la t\u00eate \u00e9tait d\u2019embl\u00e9e, via l\u2019inconscient bien s\u00fbr, pass\u00e9 au crible de la place qu\u2019il \u00e9tait susceptible d\u2019occuper dans le mouvement d\u2019ensemble des id\u00e9es et des repr\u00e9sentations. Dans celui qui pr\u00e9vaut aujourd\u2019hui, tout ce qui me passe par la t\u00eate, fantasmes, id\u00e9es, r\u00eaves\u2026, est d\u2019embl\u00e9e l\u00e9gitim\u00e9 par cette incorporation du droit pour autant qu\u2019il n\u2019empi\u00e8te pas sur le droit des autres \u00e0 leurs id\u00e9es et \u00e0 leurs fantasmes, ce qui justifie de parler d\u2019une imm\u00e9diatet\u00e9 de soi \u00e0 soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Un moi dissoci\u00e9<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Revenons \u00e0 Jonas Khemiri. Est-il conscient de mettre en sc\u00e8ne dans cette pi\u00e8ce une figure historique du moi, assez \u00e9loign\u00e9e, il faut bien le constater, de celle th\u00e9oris\u00e9e par Freud\u00a0? Peut-\u00eatre la question est-elle finalement sans importance. Car il appara\u00eet assez clairement que le centre de gravit\u00e9 du moi qu\u2019il dessine est la dissociation et non le conflit qui \u00e9tait au c\u0153ur de la r\u00e9flexion psychanalytique. La conflictualit\u00e9 entre les trois \u00e9tats du moi est ici de l\u2019ordre de la chamaillerie plus que du conflit structurant que g\u00e9n\u00e9rait la tension entre le dedans pulsionnel et les r\u00e9quisitions int\u00e9rioris\u00e9es du dehors, qu\u2019elles rel\u00e8vent du principe de r\u00e9alit\u00e9 ou des imp\u00e9ratifs de la civilisation. Les aspirations \u00e0 se d\u00e9passer que ressent l\u2019h\u00e9ro\u00efne viennent, elles aussi, de l\u2019int\u00e9rieur. Elles prennent la forme de r\u00eaves exotiques, d\u2019autant plus puissants qu\u2019ils risquent moins de d\u00e9boucher sur la r\u00e9alit\u00e9. Ce qui domine dans ce psychisme liquide et chaotique, c\u2019est bien la dissociation\u00a0: dissociation et s\u00e9paration vis-\u00e0-vis du monde, des autres et finalement de ce soi qui s\u2019av\u00e8re insaisissable et tout entier occup\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9chapper de lui-m\u00eame. Voici un extrait significatif\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Maintenant, on peut arr\u00eater ces putain de recherches dentaires \u00e0 la con et commencer \u00e0 se consacrer \u00e0 des choses plus importantes\u00a0?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>2 <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Comme quoi\u00a0? <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Comme genre un tout petit truc qui s\u2019appelle le g\u00e9nocide au Darfour\u00a0? Ou le droit aux soins des sans-papiers\u00a0? Ou\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>3 (l\u2019interrompt)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>S\u2019il te pla\u00eet, toi qui est si engag\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>2<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tu pourrais pas nous expliquer ce qui se passe r\u00e9ellement au Darfour\u00a0? Qui tue qui,\u00a0en fait? <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1 (incertaine)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ben, en fait, c\u2019est un dirigeant vraiment m\u00e9chant qui s\u2019appelle genre\u2026. Du coup, j\u2019ai oubli\u00e9 son nom, juste parce que vous me le demandez\u2026 mais, en tout cas, en collaboration avec genre\u2026 l\u2019OTAN, il a ordonn\u00e9 un nettoyage ethnique anti\u2026 tutsi et hutsi.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>3<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pourquoi\u00a0?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c7a a rapport avec ce truc, l\u00e0, entre les chiites et les sunnites. L\u2019Islam. Mais au d\u00e9part, c\u2019est la faute du colonialisme et du capitalisme. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>3 (ironique)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tu as bien \u00e9tudi\u00e9 depuis la derni\u00e8re fois.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc bien d\u2019identit\u00e9 qu\u2019il est question ici. Un mot entre parenth\u00e8ses qui jusqu\u2019\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e9tait marginal dans le vocabulaire des sciences sociales tant il semblait purement tautologique. Eh bien cette tautologie apparente recouvre d\u00e9sormais tout le domaine de son ombre tut\u00e9laire. La question que pose ce sc\u00e9nario mais qu\u2019\u00e9vitent soigneusement d\u2019expliciter les discours et les commentaires qui l\u2019entourent, par peur sans doute de troubler le sommeil enchant\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 multiple et plurielle, est bien celle-ci\u00a0: cela peut d\u00e9j\u00e0 co\u00fbter tr\u00e8s cher d\u2019\u00eatre trois, mais alors, \u00eatre cent\u2026 Voil\u00e0 qui d\u00e9passe sans doute les capacit\u00e9s de nos mis\u00e9rables \u00ab\u00a0\u00e9conomies psychiques\u00a0\u00bb, en tout cas celles de la plupart d\u2019entre nous. Mais ici, comme dans les crises \u00e9conomiques et financi\u00e8res, le secret de polichinelle est bien gard\u00e9, l\u2019horizon est limpide, le soleil radieux d\u2019une nouvelle aube ne va pas tarder \u00e0 se lever. Comme le crie path\u00e9tiquement le moi vieillissant du personnage\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il n\u2019est jamais trop tard pour des gens comme nous. Souvenez-vous-en\u00a0! Avant d\u2019abandonner, souvenez-vous que la derni\u00e8re heure ne sonne jamais et que personne ne peut \u00eatre plus nombreux que nous, my hair is black\u00a0 and black is black and\u2026\u00a0\u00bb<\/em>. Le commentaire des actrices sur leur personnage semble d\u2019ailleurs tout autant faire fi du caract\u00e8re probl\u00e9matique de cette identit\u00e9 multiple\u00a0: \u00ab\u00a0On n\u2019est jamais totalement une seule chose et on peut passer dans sa vie par des moments o\u00f9 on a envie de tout balancer et de partir vivre dans un autre pays, et puis par d\u2019autres moments o\u00f9 on a envie de construire\u2026 Je ne veux pas me laisser enfermer dans un seul de ces trois personnages\u00a0\u00bb. Ou\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait important d\u2019avoir r\u00eav\u00e9 \u00e0 la fois d\u2019\u00eatre une femme au foyer mod\u00e8le et d\u2019aller sauver des enfants en Ouganda. Il ne faut pas abandonner le combat de vouloir mener tous ces r\u00eaves de front. Quelque part, cette pi\u00e8ce nous dit de ne pas nous laisser enfermer dans une seule voie. En fait, m\u00eame les r\u00eaves qu\u2019on a perdus, c\u2019\u00e9tait chouette de les avoir r\u00eav\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on veut avoir une chance de sortir de cette douce b\u00e9atitude, peut-\u00eatre faudrait-il commencer \u00e0 prendre en compte que ce moi liquide et fuyant ne repr\u00e9sente qu\u2019une des faces de la r\u00e9alit\u00e9 psychique contemporaine. L\u2019autre face est celle d\u2019un moi d\u2019une solidit\u00e9 \u00e0 toute \u00e9preuve, arc-bout\u00e9 sur ses droits individuels et son identification \u00e0 lui-m\u00eame au prix d\u2019un intenable solipsisme, un solipsisme paradoxal puisqu\u2019il ne peut vivre autrement qu\u2019hyper connect\u00e9. Derri\u00e8re les images paradisiaques d\u2019une identit\u00e9 en forme d\u2019archipel tropical o\u00f9 le moi vogue sans peine ni souci d\u2019un \u00eelot \u00e0 l\u2019autre, se cache une forteresse imprenable, un bastion sans faille ni br\u00e8che. On disait jadis \u00ab\u00a0sous les pav\u00e9s, la plage\u00a0\u00bb. Il faudrait plut\u00f4t dire aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0sous la plage, les pav\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut cependant consid\u00e9rer qu\u2019avec cette pi\u00e8ce, Jonas Khemiri a fait la moiti\u00e9 du chemin. Ses pi\u00e8ces ant\u00e9rieures, comme cette \u00ab\u00a0Invasion\u00a0\u00bb que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9e plus haut, s\u2019embo\u00eetaient parfaitement dans le multiculturalisme ambiant qui pousse \u00e0 d\u00e9chiffrer dans l\u2019\u00e9poque actuelle \u00ab\u00a0de fausses r\u00e9flexions sur l\u2019identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0de plus en plus plong\u00e9e dans le racisme ordinaire\u00a0\u00bb. La fortune r\u00e9cente du mot identit\u00e9 est d\u2019ailleurs en r\u00e9alit\u00e9 le strict corr\u00e9lat de la vision individualiste dominante. Elle vise \u00e0 prolonger les droits des individus dans le droit de chacun \u00e0 sa propre culture. Elle d\u00e9bouche et ne peut d\u00e9boucher que sur des dialogues de sourds puisque l\u2019identit\u00e9 en question est clou\u00e9e au pilori lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019identit\u00e9 majoritaire \u00ab\u00a0nationale\u00a0\u00bb, qui pr\u00e9tend se d\u00e9fendre et se nourrit du fantasme de sa propre mort, tandis que les identit\u00e9s minoritaires (de culture, de genre, de pr\u00e9f\u00e9rence sexuelle, etc.) sont revendiqu\u00e9es haut et fort, en tant \u00e9videmment, selon la vulgate de la lutte des classes, qu\u2019elles sont minoritaires et domin\u00e9es (ou m\u00eame qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 domin\u00e9es dans un pass\u00e9 qui s\u2019\u00e9tend de plus en plus loin). Le glissement qu\u2019a op\u00e9r\u00e9 Khemiri de cette id\u00e9ologie, issue de ce que Jean-Pierre Le Goff nomme le gauchisme culturel, vers la prise en compte d\u2019un probl\u00e8me identitaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 est donc hautement significatif. Il lui reste \u00e0 consid\u00e9rer, avec tout le talent dont il dispose, l\u2019ancrage de cette question dans la conjoncture hyper individualiste que nous traversons et dans l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale qui n\u2019en est que la traduction discursive, le multiculturalisme n\u2019\u00e9tant finalement qu\u2019une des variantes possibles de cette id\u00e9ologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce glissement th\u00e9matique co\u00efncide d\u2019ailleurs avec un glissement dans l\u2019opinion publique europ\u00e9enne et les pr\u00e9occupations qui la travaillent. C\u2019est le ph\u00e9nom\u00e8ne du djihadisme qui a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ce nouveau malaise dans la civilisation, bien diff\u00e9rent de celui que Freud avait diagnostiqu\u00e9 en 1929. Il nous aura fallu patauger quelque temps avant que le ph\u00e9nom\u00e8ne ne soit clairement identifi\u00e9 gr\u00e2ce aux remarquables enqu\u00eates de quelques auteurs-cl\u00e9s (2)\u00a0et \u00e0 l\u2019analyse qu\u2019en propose David Le Breton. A l\u2019adolescent qui cherche passionn\u00e9ment un ordre \u00e0 l\u2019incoh\u00e9rence \u00e9thique de ce monde, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0on donne des r\u00e9ponses simples, sans nuances, sur les grandes questions de l\u2019existence, l\u00e0 o\u00f9 justement nos soci\u00e9t\u00e9s ont perdu une part de leur capacit\u00e9 d\u2019orientation anthropologique en livrant l\u2019individu \u00e0 une libert\u00e9 sans limite mais difficile \u00e0 assumer\u00a0\u00bb (3). Dans un premier temps, on a pu tenir sur le ph\u00e9nom\u00e8ne en question deux positions finalement aussi fausses l\u2019une que l\u2019autre\u00a0: tout cela ne concerne que l\u2019Islam, nous n\u2019avons rien \u00e0 voir avec cette barbarie et, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, tout cela n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019Islam. Face \u00e0 ces simplifications, l\u2019expression du psychanalyste Fethi Benslama fait mouche\u00a0: c\u2019est en quelque sorte un \u00ab\u00a0surmusulman\u00a0\u00bb qui a pris la place du surmoi freudien, il s\u2019agit bien d\u2019Islam donc. Mais cette \u00ab\u00a0radicalisation\u00a0\u00bb, ce grand bond en avant dans le fanatisme meurtrier, s\u2019av\u00e8re souvent \u00eatre un choix purement personnel, op\u00e9r\u00e9 dans la solitude d\u2019Internet, ind\u00e9pendant de tout endoctrinement ou manipulation et ses adeptes, pour une part non n\u00e9gligeable, se recrutent dans des milieux sociaux privil\u00e9gi\u00e9s et culturellement \u00e9loign\u00e9s de l\u2019Islam institutionnel. C\u2019est arriv\u00e9 pr\u00e8s de chez nous en quelque sorte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce visage soudain et inattendu de la crise europ\u00e9enne signale-t-il le retour et l\u2019actualit\u00e9 de la probl\u00e9matique pascalienne\u00a0? Pour Pascal, rappelons les termes de son pari, seule la foi chr\u00e9tienne pouvait assurer \u00e0 l\u2019homme de vivre un v\u00e9ritable destin en d\u00e9pit de sa fragilit\u00e9 intrins\u00e8que. Elle seule pouvait faire droit \u00e0 la \u00ab\u00a0grandeur de l\u2019\u00e2me\u00a0humaine\u00a0\u00bb (Fragment 742, Sellier) dont il se sait et se sent le d\u00e9positaire oblig\u00e9.\u00a0Le th\u00e8me de l\u2019\u00e9lection divine, th\u00e8me central du calvinisme puis du jans\u00e9nisme, qui a refait surface dans le djihadisme, est sans doute ce qui noue le plus \u00e9troitement les deux conjonctures. Un th\u00e8me qui percute \u00e0 nouveaux frais dans les conditions culturelles qui sont les n\u00f4tres aujourd\u2019hui. D\u2019une part, parce que la question de la contingence de notre \u00eatre individuel prend une acuit\u00e9 extr\u00eame dans un monde o\u00f9 il est entendu qu\u2019il faut savoir \u00ab\u00a0se vendre\u00a0\u00bb et se faire reconna\u00eetre pour exister. Un monde o\u00f9 notre place est \u00e0 prendre, alors qu\u2019elle nous \u00e9tait donn\u00e9e dans l\u2019ancien monde. Et un monde, d\u2019autre part, dont les traits contrastent puissamment avec la chaleureuse \u00ab\u00a0estime de soi\u00a0\u00bb que nos parents ont tent\u00e9 d\u2019insuffler aux enfants du d\u00e9sir que nous sommes tous. \u00ab\u00a0On commence \u00e0 l\u2019entrevoir, \u00e9crit Marcel Gauchet, nombre d\u2019enfants du d\u00e9sir ne sauront jamais bien qui ils sont, ni ce qu\u2019ils veulent. A des degr\u00e9s divers, ils manqueront du pouvoir qui na\u00eet de se sentir absolument comptable de ses actes et de son sort, comme de l\u2019assurance de leur unicit\u00e9 en m\u00eame temps que de leur banalit\u00e9 -soit ces dimensions dont le faisceau complexe\u00a0 constitue la personne\u00a0(4)\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00e0 la diff\u00e9rence du pari pascalien, c\u2019est \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la tradition europ\u00e9enne que s\u2019est \u00e9difi\u00e9e cette offre spirituelle d\u2019un nouveau type. Face \u00e0 une telle menace, la r\u00e9ponse principale, me semble-t-il, ne peut en aucun cas \u00eatre seulement ni d\u2019abord militaire. La question est avant tout de savoir ce que nous pouvons offrir comme id\u00e9al mobilisateur dans la voie la\u00efque et d\u00e9mocratique, on devrait m\u00eame dire \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb, au sens originel du terme, que nous avons emprunt\u00e9e depuis deux si\u00e8cles. Sur ce plan, ni le scepticisme postmoderne qui nous affaiblit intellectuellement, ni le droit-de-l\u2019hommisme qui nous cuirasse moralement ne suffiront. Ne suffira pas non plus l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale et sa promesse juridico-technico-\u00e9conomique\u00a0: plus de droit pour assurer la justice, plus de technique pour garantir la puissance et plus d\u2019\u00e9conomie pour p\u00e9renniser la richesse. Sera sans doute requise une capacit\u00e9 in\u00e9dite d\u2019invention, de r\u00e9flexion et de red\u00e9finition en profondeur de ce que nous voulons \u00eatre collectivement. Heureusement pour nous, europ\u00e9ens, ce travail de r\u00e9flexion et de red\u00e9finition est profond\u00e9ment enracin\u00e9 dans notre tradition depuis de nombreux si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Jean-Marie Lacrosse<\/p>\n<p>(1) Voir Henri Gouhier, Cart\u00e9sianisme et augustinisme au 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Vrin, 1978<\/p>\n<p>(2) David Thomson, Les fran\u00e7ais jihadistes, Les Ar\u00e8nes, 2014. Fahrad Khosrokhavar, Quand Al-Qa\u00efda parle, Grasset, 2006. Dounia Bouzar, Comment sortir de l\u2019emprise \u00ab\u00a0djihadiste\u00a0\u00bb, Ivry, Editions de l\u2019Atelier, 2015<\/p>\n<p>(3)\u00a0David Le Breton, Jeunesse et djihadisme, Le D\u00e9bat, n\u00b0188, janvier-f\u00e9vrier 2016<\/p>\n<p>(4) Marcel Gauchet, L\u2019enfant du d\u00e9sir, Le d\u00e9bat n\u00b0132, novembre-d\u00e9cembre 2004<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article \u00e9crit par Jean-Marie Lacrosse\u00a0et publi\u00e9 dans\u00a0Pro J, n\u00b017, \u00a0mars-mai 2016. Version l\u00e9g\u00e8rement remani\u00e9e. Le Th\u00e9\u00e2tre National et la troupe Fluorescence Collective nous ont r\u00e9cemment propos\u00e9 la derni\u00e8re pi\u00e8ce \u00ab\u00a0Nous qui sommes cent\u00a0\u00bb d\u2019un jeune auteur su\u00e9dois, Jonas Hassen Khemiri. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=1971\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-1971","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1971","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1971"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1971\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1979,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1971\/revisions\/1979"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1971"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1971"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1971"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}