{"id":676,"date":"2010-12-01T12:50:40","date_gmt":"2010-12-01T10:50:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=676"},"modified":"2014-04-15T23:32:08","modified_gmt":"2014-04-15T21:32:08","slug":"%c2%ab-into-the-wild-%c2%bb-une-approche-de-l%e2%80%99individu-hypermoderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ceppecs.eu\/?p=676","title":{"rendered":"\u00ab Into the wild \u00bb, une approche de l\u2019individu hypermoderne"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-693\" title=\"Into the Wild movie poster\" src=\"http:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/into-the-wild-affiche-203x300.jpg\" alt=\"\" width=\"203\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/into-the-wild-affiche-203x300.jpg 203w, https:\/\/www.ceppecs.eu\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/into-the-wild-affiche.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 203px) 100vw, 203px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Article \u00e9crit par Myriam Ippersiel\u00a0et publi\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/projeunes.be\/pjs_PDF\/RJ_archives\/resolument_jeunes_33_web.pdf\" target=\"_blank\">R\u00e9solument jeunes, n\u00b033, d\u00e9cembre 2010-f\u00e9vrier 2011<\/a>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui est ce nouvel individu qui \u00e9merge dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales, nomm\u00e9 individu hypermoderne, et qui fait l\u2019objet de nombreux ouvrages ? Je prends le parti de mettre en exergue certaines de ses caract\u00e9ristiques au travers d\u2019un h\u00e9ros de film contemporain : Christopher McCandless du film \u00ab Into the wild \u00bb. Cette \u00e9tude est \u00e0 consid\u00e9rer comme un exercice, une monstration, non pas une d\u00e9monstration. L\u2019approche que j\u2019utilise est donc une approche selon les concepts de l\u2019hypermodernit\u00e9 et non une approche \u00ab cin\u00e9philique \u00bb, les th\u00e9matiques abord\u00e9es ont un caract\u00e8re exploratoire et illustratif et ne sont pas exhaustives, la d\u00e9marche que j\u2019emprunte est celle d&rsquo;un hypermoderne par le fait qu&rsquo;elle part d&rsquo;une singularit\u00e9, celle d&rsquo;un personnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de plonger dans l\u2019analyse proprement dite, je souhaite pr\u00e9senter en quelques points le pourquoi du choix du cin\u00e9ma contemporain. Premi\u00e8rement, j\u2019ai \u00e9mis l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019ambiance soci\u00e9tale hypermoderne ainsi que ce nouvel individu hypermoderne se trouveraient largement pr\u00e9sents. En effet, les films contemporains produits dans l&rsquo;espace soci\u00e9tal hypermoderne sont la cr\u00e9ation d\u2019individus provenant de cette soci\u00e9t\u00e9 et sont adress\u00e9s \u00e0 un large public, lui aussi de la m\u00eame provenance. D\u00e8s lors, j\u2019ai postul\u00e9 qu\u2019un reflet, du moins partiel et certes biais\u00e9, de ces individus serait clairement visible. Ainsi, l&rsquo;air du temps, selon moi, transpara\u00eetrait dans ce cin\u00e9ma.\u00a0<span style=\"font-size: 13px;\">Deuxi\u00e8mement, nous nous trouvons \u00e0 \u00ab l\u2019\u00e9poque de l\u2019\u00e9cran global \u00bb (1). Que ce soient des \u00e9crans tactiles, miniatures, vid\u00e9os ou autres, qu\u2019ils se trouvent en rue, en avion, au restaurant ou en voiture, nous sommes sans cesse confront\u00e9s \u00e0 l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019\u00e9cran et d\u00e8s lors sans arr\u00eat bombard\u00e9s d\u2019images. Troisi\u00e8mement, le visionnage des films a acquis, dans une large mesure, un mode hypermoderne : \u00ab d\u00e9r\u00e9gul\u00e9, d\u00e9synchronis\u00e9, o\u00f9 chacun visionne le film qu\u2019il veut, quand il veut, o\u00f9 il veut \u00bb (2) et ce, notamment gr\u00e2ce aux DVDs. Enfin, \u00ab non seulement le cin\u00e9ma n\u2019a pas de tradition ancestrale, mais ce qui l\u2019agence ne cesse de changer et d\u2019impulser des effets \u00e0 temps brefs \u2013 impermanence du cin\u00e9ma qui le rattache au plus profond \u00e0 la logique de la mode \u00bb (3).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Pr\u00e9sentation du film et r\u00e9sum\u00e9<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00ab Into the wild \u00bb, film r\u00e9alis\u00e9 par Sean Penn, est inspir\u00e9 d\u2019un roman de Jon Krakauer, \u00e9galement intitul\u00e9 \u00ab Into the wild \u00bb, traduit en fran\u00e7ais par \u00ab Voyage au bout de la solitude \u00bb et qui constitue lui-m\u00eame la biographie de Christopher McCandless (12 f\u00e9vrier 1968 \u2013 18 ao\u00fbt 1992).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le film \u00ab Into the Wild \u00bb relate l\u2019histoire de Christopher McCandless et plus particuli\u00e8rement sa travers\u00e9e des Etats-Unis dans le but ultime de rejoindre l\u2019Alaska o\u00f9 il compte vivre en solitaire et go\u00fbter aux joies de la nature. Le film est compos\u00e9 de flashbacks sur l\u2019enfance du h\u00e9ros, de ses d\u00e9boires sur les routes am\u00e9ricaines (1990-1992) et de sa vie en solitaire en Alaska (de mai \u00e0 ao\u00fbt 1992). La jeunesse de Christopher, dit Chris, est \u00e9voqu\u00e9e par Carine, sa s\u0153ur cadette, tandis que le r\u00e9cit de son exp\u00e9dition \u00e0 travers les States et celui de son s\u00e9jour au grand Nord sont tir\u00e9s des propres notes de l\u2019aventurier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enfance de Chris et Carine fut marqu\u00e9e par les disputes incessantes de leurs parents. L\u2019int\u00e9r\u00eat mat\u00e9rialiste de ceux-ci et l\u2019autorit\u00e9 stricte du p\u00e8re ont imprim\u00e9 des traces ind\u00e9l\u00e9biles chez Chris. De plus, au cours d\u2019un s\u00e9jour en Californie, \u00e0 la fin de ses \u00e9tudes secondaires, Chris apprend, par des amis de la famille, que son p\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mari\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. De cette union sont issus des enfants dont un fils que le p\u00e8re n\u2019a jamais reconnu. Chris d\u00e9couvre \u00e9galement que sa m\u00e8re \u00e9tait la ma\u00eetresse de son p\u00e8re avant leur mariage. Selon Carine, ces r\u00e9v\u00e9lations ont \u00ab bris\u00e9 \u00bb Chris. Ces bouleversements l\u2019ont conduit \u00e0 choisir un autre itin\u00e9raire que la voie qui lui \u00e9tait trac\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1990, Chris d\u00e9croche son dipl\u00f4me universitaire. Ses parents, qui esp\u00e8rent le voir partir \u00e0 Harvard pour y \u00e9tudier le droit, veulent lui offrir une voiture neuve. Chris la refuse. Il n\u2019a qu\u2019une id\u00e9e en t\u00eate : quitter le domicile familial. Il br\u00fble alors ses papiers d\u2019identit\u00e9, fait don d\u2019une partie de ses \u00e9conomies \u00e0 Oxfam, se d\u00e9fait du reste et part \u00e0 bord de sa vieille voiture. En route pour l\u2019aventure, Chris est confront\u00e9 \u00e0 un raz-de-mar\u00e9e. Contraint d\u2019abandonner sa voiture endommag\u00e9e par les \u00e9l\u00e9ments, il poursuit sa route \u00e0 pied tel un vagabond. Il prendra d\u2019ailleurs pour pseudonyme Alexander Supertramp (super vagabond).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que ses parents d\u00e9couvrent qu\u2019il a quitt\u00e9 son appartement d\u2019Atlanta sans laisser de trace, Chris est en Californie du Nord o\u00f9 il a fait la connaissance de Jan et Rainey, deux routards hippies qui voyagent en camping-car. Il passe quelques jours avec ses deux compagnons de fortune avant de les quitter sans pr\u00e9venir. Seuls quelques mots de remerciements sont \u00e9crits sur le sable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En septembre 1990, Chris a atteint le Dakota du Sud et travaille dans une plantation de ma\u00efs. Au cours de son s\u00e9jour il \u00e9coute attentivement les conseils d\u2019un fermier concernant la chasse, le d\u00e9coupage de la viande et la fa\u00e7on de la conserver. Il explique \u00e0 son chef, avec qui il entretient des liens amicaux, qu\u2019il souhaite rejoindre l\u2019Alaska pour y vivre seul en pleine nature. Son chef, Wayne, tentera de l\u2019en dissuader au fil des jours. Suite \u00e0 l\u2019arrestation de Wayne, Chris reprend son p\u00e9riple. Durant ce temps, ses parents le cherchent. Ils apprennent le don \u00e0 Oxfam et comprennent que Chris n\u2019a pas l\u2019intention de revenir. Ils engagent alors un d\u00e9tective priv\u00e9 et avertissent la police f\u00e9d\u00e9rale de sa disparition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Arriv\u00e9 en Arizona, Chris d\u00e9cide d\u2019entreprendre la descente de la rivi\u00e8re en kayak sans disposer du permis n\u00e9cessaire. Au cours de sa descente, il rencontre Sonja et Mads, deux jeunes Danois un peu d\u00e9jant\u00e9s \u00e0 qui il se confie. Les trois larrons aspirent au m\u00eame d\u00e9sir : rejoindre le Mexique. L\u2019arriv\u00e9e de la brigade fluviale oblige Chris \u00e0 \u00e9courter ce moment et \u00e0 quitter le fleuve pr\u00e9cipitamment. Un peu perdu, Chris songe \u00e0 appeler ses parents et plus particuli\u00e8rement sa s\u0153ur mais en abandonne l\u2019id\u00e9e. Carine, sans nouvelle de son fr\u00e8re tente de se convaincre que tout va bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9cembre 1990, Chris tente de passer la fronti\u00e8re mexicaine mais sans succ\u00e8s \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il n\u2019a pas de papiers d\u2019identit\u00e9. Il d\u00e9cide alors de remonter vers le Nord. Il saute dans un train de marchandises et arrive \u00e0 Los Angeles o\u00f9 il se rend dans un centre d\u2019accueil pour sans abris. Il change vite d\u2019avis, quitte le refuge et reprend alors un train duquel il se fait \u00e9jecter par une brigade anti-clandestin. Et tandis qu\u2019il poursuit son aventure \u00ab en stop \u00bb, ses parents, eux, s\u2019inqui\u00e8tent chaque jour davantage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9cembre 1991, Chris s\u2019\u00e9tablit dans un campement o\u00f9 il retrouve Jan et Rainey. Il y fait la connaissance de Tracy, une jeune chanteuse de seize ans qui se produit en concert dans le camping. Chris passe beaucoup de temps avec cette jeune fille qui s\u2019\u00e9prend rapidement de lui. Il lui parle essentiellement de l\u2019Alaska. Chris poursuit sa route et quitte le campement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En chemin, il rencontre Ron Franz, un vieil homme qui vit seul depuis la mort de sa femme et son fils tu\u00e9s par un chauffard. Ron travaille le cuir dans son petit atelier. Il apprend les rudiments du m\u00e9tier \u00e0 Chris. Tout en travaillant, ils conversent l\u2019un et l\u2019autre, notamment \u00e0 propos du sens de la vie. Chris invite Ron \u00e0 sortir de son quotidien et quitter la monotonie. Il affirme que la joie de vivre r\u00e9side dans les nouvelles exp\u00e9riences v\u00e9cues et non dans les relations humaines. Ron comprend que Chris veut fuir ses parents. Il lui enseigne que : \u00ab quand on pardonne, on aime et que quand on aime, Dieu r\u00e9pand sur nous la lumi\u00e8re \u00bb. Ron souhaite aider Chris. Nous sommes alors en mars 1992. Ron accompagne Chris et l\u2019emm\u00e8ne au plus pr\u00e8s du but que Chris veut atteindre. Au cours de leur voyage, Ron exprime son d\u00e9sir d\u2019adopter Chris mais celui-ci propose d\u2019en discuter \u00e0 son retour d\u2019Alaska. La discussion n\u2019aura jamais lieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois le territoire atteint, Chris s\u2019\u00e9tablit \u00e0 Fairbanks. Aux pieds des montagnes enneig\u00e9es, un vieux bus abandonn\u00e9 lui sert de refuge. Dans une solitude absolue, il y passe cinq mois \u00e0 tenter de comprendre la nature et l\u2019\u00eatre humain. Il vit de la chasse, de la p\u00eache et de la cueillette de baies sauvages. Il construit un barrage pour s\u2019approvisionner en eau. Il explore la r\u00e9gion, grimpant en altitude pour y d\u00e9couvrir des lieux enchanteurs et exceptionnels. Il \u00e9prouve des joies mais subit \u00e9galement des \u00e9checs. Ainsi lors de la capture d\u2019un renne, il ne sait comment proc\u00e9der \u00e0 sa conservation et ne peut donc en manger la viande devenue avari\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9cidant de rentrer chez lui, apr\u00e8s deux ans d\u2019absence, il est contraint de rester sur place. Il ne peut, en effet, franchir le fleuve en crue. Il \u00e9crit d\u2019ailleurs que la travers\u00e9e de la rivi\u00e8re est impossible et qu\u2019il se sent seul et effray\u00e9. En attendant la d\u00e9crue, Chris, affam\u00e9, se nourrit de baies et de racines. Mais celles-ci lui sont fatales. Empoisonn\u00e9 par des racines de pommes de terre sauvages, Chris ne peut survivre. Durant sa lente agonie, il comprend que la solitude n\u2019est pas l\u2019id\u00e9al de l\u2019homme. Peu de temps avant son d\u00e9c\u00e8s, il \u00e9crit au stylo sur une page de son livre \u00ab Le bonheur n\u2019est r\u00e9el que lorsqu\u2019il est partag\u00e9 \u00bb. Il laissera \u00e9galement une note sign\u00e9e de son vrai nom et pas de son pseudonyme Alexander Supertramp disant \u00ab J\u2019ai eu une vie heureuse. Merci \u00e0 Dieu, qu\u2019il vous b\u00e9nisse \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il meurt le 18 ao\u00fbt 1992. Son corps sera retrouv\u00e9 par des chasseurs deux semaines plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Th\u00e9matiques hypermodernes abord\u00e9es<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le fantasme d\u2019auto-engendrement<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme contemporain est amen\u00e9 \u00e0 se d\u00e9finir \u00ab de plus en plus par rapport \u00e0 lui-m\u00eame \u00bb (4). Jean-Pierre Lebrun (5) en arrive \u00e0 dresser le constat que l\u2019individu hypermoderne a tendance \u00e0 croire qu\u2019il est \u00e0 sa propre origine. Ainsi, au travers de son personnage principal, le film \u00ab Into the Wild \u00bb met en sc\u00e8ne le fantasme d\u2019\u00ab autofondation \u00bb. En effet, Christopher McCandless intitule la premi\u00e8re \u00e9tape du p\u00e9riple qui le m\u00e8nera en Alaska \u00ab my own birth \u00bb, traduit en fran\u00e7ais par \u00ab ma propre naissance \u00bb. Le protagoniste, en s\u2019attribuant de la sorte sa naissance, semble en arriver \u00e0 concevoir qu\u2019il est son propre principe de cr\u00e9ation, qu\u2019il s\u2019engendre lui-m\u00eame. De plus, il s&rsquo;octroie une nouvelle d\u00e9nomination, \u00ab Alexandre Supervagabond \u00bb, qui concr\u00e9tise un nouveau d\u00e9part dont il con\u00e7oit \u00eatre l\u2019unique initiateur. L&rsquo;acquisition de ce pseudonyme manifeste sa d\u00e9termination \u00e0 se fabriquer lui-m\u00eame, \u00e0 s&rsquo;auto-engendrer. Carine, la s\u0153ur de Christopher, narrant certains passages de la vie de son fr\u00e8re, utilise d\u2019ailleurs, pour l&rsquo;\u00e9voquer, la m\u00e9taphore d\u2019une rivi\u00e8re qui aurait invers\u00e9 son courant et coulerait vers sa source.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christopher McCandless renforce ce sentiment d\u2019\u00ab auto-engendrement \u00bb en niant ses parents. Questionn\u00e9 \u00e0 leur propos lors de ses multiples rencontres, il obvie \u00e0 toute discussion ou r\u00e9pond \u00e9vasivement. Il d\u00e9nie tout lien avec ses parents et m\u00eame plus, lors de sa derni\u00e8re rencontre, il se d\u00e9clare sans famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, \u00e0 la fin du film, il signe un \u00e9crit de son vrai nom (Christopher McCandless). Une fa\u00e7on pour sa rivi\u00e8re d&rsquo;enfin couler vers l&rsquo;aval? Une reconnaissance implicite, au terme de son p\u00e9riple et au seuil d&rsquo;une mort imminente, de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de s\u2019auto-engendrer ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De l\u2019appartenance \u00e0 la d\u00e9sappartenance<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Bernard Fourez (6), l\u2019individu traditionnel est caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019appartenance. Celle-ci pourrait se d\u00e9finir comme une repr\u00e9sentation symbolique d\u2019un collectif, d\u2019un ensemble, d\u2019un tout. Elle n\u2019est pas cr\u00e9\u00e9e par l\u2019individu car elle lui est ant\u00e9rieure. Elle pr\u00e9existe \u00e0 sa venue au monde et lui est donc insuffl\u00e9e. L\u2019auteur consid\u00e8re que l\u2019appartenance \u00ab fonde l\u2019individu et le marque d\u2019un rapport aux autres qui pr\u00e9existe par rapport \u00e0 sa singularit\u00e9 \u00bb (7). En effet, d\u00e8s son arriv\u00e9e au monde, l\u2019individu \u00ab se voit marqu\u00e9 du sceau des autres \u00bb (8). Par exemple, d\u00e8s sa naissance, l\u2019individu appartient \u00e0 un certain type de profession familiale &#8211; profession d\u2019agriculteur de p\u00e8re en fils \u2013 ou est plong\u00e9 dans une appartenance religieuse, r\u00e9gionale, politique, etc., ce qui situe directement l\u2019enfant dans un ensemble sociologiquement d\u00e9termin\u00e9. D\u00e8s lors, l\u2019individu re\u00e7oit d\u2019embl\u00e9e la trace des autres en lui et apprend ainsi qu\u2019il n\u2019est pas que lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fin du XX\u00e8me si\u00e8cle est caract\u00e9ris\u00e9e selon Marcel Gauchet par \u00ab l\u2019effacement de la structuration par l\u2019appartenance \u00bb (9). L\u2019individu ne voit le monde qu\u2019\u00e0 partir de sa singularit\u00e9 et \u00e9prouve des difficult\u00e9s \u00e0 se penser d\u00e9termin\u00e9 par autre chose que lui. L\u2019auteur explique que l\u2019individu contemporain ignore (10) qu\u2019il vit en soci\u00e9t\u00e9 en ceci \u00ab qu\u2019il n\u2019est pas organis\u00e9 au plus profond de son \u00eatre par la pr\u00e9c\u00e9dence du social et par l\u2019englobement au sein d\u2019une collectivit\u00e9 \u00bb. C\u2019est un \u00ab individu d\u00e9connect\u00e9 symboliquement et cognitivement du point de vue du tout, individu pour lequel il n\u2019y a plus de sens \u00e0 se placer au point de vue de l\u2019ensemble \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but du film, il est manifeste que le milieu ais\u00e9 dans lequel \u00e9volue notre h\u00e9ros le d\u00e9termine \u00e0 divers niveaux (\u00e9tudes, argent, etc.), le qualifie et nous montre \u00e0 voir un individu d&rsquo;appartenance. Tout en restant inscrit dans cette appartenance, Christopher d\u00e9veloppe au cours de son adolescence les embryons de ses rejets futurs, \u00e0 savoir essentiellement ceux relatifs \u00e0 la souffrance face aux disputes de ses parents, \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 oppressante de son p\u00e8re et plus tard \u00e0 la d\u00e9couverte d&rsquo;une fratrie non seulement cach\u00e9e mais aussi ni\u00e9e par son p\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le moment o\u00f9 Christopher re\u00e7oit son dipl\u00f4me d\u2019universit\u00e9 est le moment pr\u00e9cis o\u00f9 sa vie bascule. En effet, \u00e0 cet instant Christopher se d\u00e9couvre disponible \u00e0 envisager son futur par lui-m\u00eame et non plus en tant que jouet du d\u00e9terminisme inh\u00e9rent \u00e0 son appartenance. Mais son choix ne peut pas \u00eatre totalement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 tant il est plomb\u00e9 par les accumulations ant\u00e9rieures de souffrance, de suj\u00e9tion, de mat\u00e9rialisme outrancier. La premi\u00e8re manifestation concr\u00e8te de rejet sera celle du refus d&rsquo;un cadeau mat\u00e9riel (voiture). Viendra plus tard le don altruiste de son argent (Oxfam). La seconde manifestation est relative \u00e0 sa position au sein de sa famille l\u00e9gitime. L&rsquo;abandon d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de son patronyme et la destruction de ses papiers d&rsquo;identit\u00e9 l&rsquo;extraient de facto de cette famille. Cette d\u00e9marche est tellement radicale que nous ne pouvons que nous interroger sur sa brutalit\u00e9. N&rsquo;est-elle pas li\u00e9e au choc subi par Christopher \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation inopin\u00e9e d&rsquo;une fratrie, auquel cas l&rsquo;abandon volontaire de son nom propre serait un pendant \u00e0 l&rsquo;absence d&rsquo;un nom l\u00e9gitime impos\u00e9e \u00e0 son demi-fr\u00e8re?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix de Christopher aurait pu d\u00e9boucher sur des voies bien diverses. Il choisira tout d&rsquo;abord le renoncement \u00e0 une confrontation avec son milieu, et ensuite plus radicalement le refus de construire voire m\u00eame d&rsquo;envisager un futur aux contours bien dessin\u00e9s dans une perspective de p\u00e9rennit\u00e9. Son choix sera de ne pas choisir et s&rsquo;il est d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 ne pas (ne plus !) se laisser imposer quoi que ce soit, il n&rsquo;en demeure pas moins aux aguets, prompt \u00e0 saisir toute opportunit\u00e9 qui irait, le moment venu, dans le sens de ce qui lui para\u00eetrait correspondre \u00e0 ses perspectives du moment pr\u00e9sent. Adopter comme nouveau patronyme \u00ab super vagabond \u00bb est r\u00e9v\u00e9lateur de l&rsquo;absence de perspective et d&rsquo;anticipation chez Christopher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On objectera qu&rsquo;il veut aller en Alaska, que c&rsquo;est son id\u00e9e fixe. L&rsquo;Alaska, en fait, c&rsquo;est son Atlantide, sa Callipolis, endroit id\u00e9al, non fa\u00e7onn\u00e9 par l&rsquo;homme et donc vierge de tout ce qui caract\u00e9rise l&rsquo;humain. Cette contr\u00e9e, il en fait le paradigme de son Eden : toute l&rsquo;\u00e9pure de sa vie sera l\u00e0 gomm\u00e9e lui laissant une page blanche o\u00f9, pense-t-il, il pourra se dessiner une nouvelle existence. Apr\u00e8s quoi, Christopher, ayant endoss\u00e9 \u00ab sa \u00bb vie compte revenir \u00ab dans le monde \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;absence d&rsquo;anticipation cit\u00e9e plus avant est \u00e0 comprendre comme seule relative au cheminement vers l&rsquo;Alaska, et \u00e0 son post-Alaska. Car en ce qui concerne son s\u00e9jour l\u00e0-bas, l&rsquo;anticipation est bien d\u00e9celable dans ses agissements pr\u00e9liminaires. Le d\u00e9nouement tragique de son \u00e9pop\u00e9e se trouve inscrit dans l&rsquo;absence de pr\u00e9paratifs rigoureux que ce genre de projet n\u00e9cessite. Manque de lucidit\u00e9 ? Conviction trop forte qu&rsquo;il ne pourra que r\u00e9ussir ? Fantasme d\u2019autarcie ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christopher est un individu de d\u00e9sappartenance car tout en appartenant, il voudrait ne plus appartenir. Il bannit l&rsquo;appartenance \u00e0 son milieu, et au-del\u00e0 toute appartenance subie. Il a la volont\u00e9 de ne donner corps qu\u2019\u00e0 sa seule fraction individuelle. Se sachant organis\u00e9 par une pr\u00e9c\u00e9dence, il vise \u00e0 se d\u00e9connecter du tout et ali\u00e8ne toute fraction impersonnelle en son sein. Il refuse tout dictat autre que le sien, se veut libre de toute attache dans une qu\u00eate de puret\u00e9 ultime. Son choix d&rsquo;une immersion dans la nature sauvage proc\u00e8de de sa volont\u00e9 de rejet de son appartenance. Ainsi tente-il de casser son assujettissement \u00e0 son appartenance familiale et sociale, non pas pour s\u2019articuler \u00e0 cette derni\u00e8re, mais plut\u00f4t pour s\u2019en extraire totalement. Il tente de rompre avec son appartenance non pas pour la r\u00e9int\u00e9grer ult\u00e9rieurement mais pour s&rsquo;en d\u00e9partir \u00e0 jamais et ne conserver qu&rsquo;une fraction individuelle agissante. Il r\u00e9sout son \u00eatre-moi par un processus de d\u00e9tachement et d\u2019extraction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le comportement de Christopher montre l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une individuation manifest\u00e9e par une opposition, parfois implicite parfois explicite, \u00e0 diverses composantes de son environnement. N\u00e9anmoins, il ne tente pas d\u2019articuler ses fractions singuli\u00e8res et collectives les unes aux autres. Le processus est alors inabouti puisque Christopher n&rsquo;envisage le d\u00e9ploiement de sa fraction individuelle que de mani\u00e8re exclusive. Il rentre alors dans un processus d\u2019extraction car il semble concevoir \u00eatre lui dans la mesure \u00ab o\u00f9 il peut se d\u00e9prendre de quelque adh\u00e9sion que ce soit \u00bb (11). Sa d\u00e9marche le place ainsi sur la voie d&rsquo;un processus d\u2019individualisation : tout doit \u00e9maner de lui-m\u00eame (d\u2019o\u00f9 le fantasme d\u2019auto-engendrement) et tout ce qui lui est ext\u00e9rieur, il refuse d&rsquo;y \u00eatre assujetti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le franchissement de la fronti\u00e8re t\u00e9nue entre ces deux processus est concr\u00e9tis\u00e9 par deux \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9pond\u00e9rants : son changement de patronyme et la destruction des papiers d&rsquo;identit\u00e9. Tout lien est bris\u00e9, l&rsquo;extraction est compl\u00e8te, imm\u00e9diate et, le pense-t-il, irr\u00e9versible. Pour Christopher, s&rsquo;extraire, ce serait se retrouver unique et individu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l\u2019individu hypermoderne, l\u2019appartenance est reconduite sous une autre forme (12). En effet, l\u2019appartenance assign\u00e9e est d\u00e9laiss\u00e9e au profit d\u2019une appartenance choisie. Elle n\u2019est plus subie mais bien agie. L\u2019\u00eatre humain tente \u00ab de rendre ces appartenances aussi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es que possible, de les \u00e9pouser au lieu de les subir \u00bb (13). Ainsi, au cours de ses p\u00e9r\u00e9grinations, Christopher se cr\u00e9e des appartenances (hippies, fermier, routards, etc.), dissoutes aussi vite qu&rsquo;elles sont n\u00e9es. Conform\u00e9ment \u00e0 sa volont\u00e9, ces appartenances, tributaires de relations concr\u00e8tes, cessent d&rsquo;agir sur lui \u00e0 leur terme : aucun lien ne persiste. Christopher se dessaisit de toutes ces appartenances et n&rsquo;int\u00e8gre aucune valeur ou symbole dont ses rencontres auraient pu l&rsquo;investir. Pareillement, nous notons que ces relations\/liens sociaux initi\u00e9s par lui-m\u00eame, donc non pr\u00e9existants, sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Relations de type horizontal, il les choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment et en provoque les vicissitudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;exil est un ph\u00e9nom\u00e8ne intemporel, ce qui situe le cheminement de Christopher dans un processus hypermoderne tient dans la mani\u00e8re dont il compose ce cheminement. Nous notons cependant un paradoxe : ainsi le non-subi est v\u00e9cu dans un environnement subi (la nature a ses propres lois et les impose). Christopher choisit sa retraite dans un lieu dont il sait devoir subir les lois ; la persistance dans ce choix pourrait participer \u00e0 expliquer son \u00e9chec final (la mort).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ind\u00e9pendance<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le libre choix et la d\u00e9cision constituent un gage d\u2019autonomie pour l\u2019individu hypermoderne, celui-ci t\u00e9moigne par ailleurs d\u2019une volont\u00e9 farouche d\u2019ind\u00e9pendance. Christopher se veut l&rsquo;unique gouverneur de son existence ; les seules lois auxquelles il veut se soumettre sont celles qu&rsquo;il aura \u00e9dict\u00e9es. Tout ce qu&rsquo;il per\u00e7oit comme subi, impos\u00e9, il l&rsquo;exclut. La manifestation extr\u00eame de ce rejet sera la n\u00e9gation de son identit\u00e9 \u00ab administrative \u00bb propre (br\u00fbler papiers et photos d&rsquo;identit\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au del\u00e0, il se veut d\u00e9miurge : tout \u00e9manera de lui et de nul autre. Mais il n&rsquo;envisage pas cette d\u00e9marche sous l&rsquo;angle de la confrontation : pas question de combattre pour \u00eatre le ma\u00eetre \u00e0 d\u00e9cider.\u00a0 Son \u00e9tablissement en Alaska est symptomatique de cette option en ce sens qu&rsquo;aucun \u00eatre ne s&rsquo;y trouvera pour le contrecarrer, le freiner, le g\u00eaner, le d\u00e9router.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christopher d\u00e9cide aussi d\u2019\u00eatre autosuffisant. Il cherche ainsi \u00e0 se d\u00e9prendre de toute adh\u00e9sion : il sera un ma\u00eetre sans sujet, ou mieux il sera ma\u00eetre et sujet, car une suzerainet\u00e9 implique une d\u00e9pendance ce qu&rsquo;il exclut radicalement. Se passer de l&rsquo;autre est son d\u00e9fi ultime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez lui, la confusion est patente entre autonomie et ind\u00e9pendance. Dans son esprit, libert\u00e9 comme autonomie ne se con\u00e7oivent que comme opposables \u00e0 assujettissement et d\u00e9pendance, ce qu&rsquo;il exclut identiquement, les fusionnant sous le seul vocable de \u00ab libert\u00e9 \u00bb. La qu\u00eate de Christopher est sa libert\u00e9 con\u00e7ue comme une ind\u00e9pendance radicale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christopher s&rsquo;il revendique une totale ind\u00e9pendance, voit celle-ci reconnue et respect\u00e9e par les personnages qu&rsquo;il rencontre dans son errance. Si quelques uns l&rsquo;interrogent sur son voyage, lui donnent un avis, voire tentent de le dissuader, ce sera toujours dans le respect de l&rsquo;ind\u00e9pendance revendiqu\u00e9e par Christopher. Non seulement ces personnages respectent sa volont\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9pendance mais aussi en quelque sorte participent \u00e0 sa concr\u00e9tisation (Ron conduira en voiture Christopher vers sa destination, un fermier lui apprendra \u00e0 conserver la viande de sa chasse, etc.). Christopher au contact de ses rencontres verra sa qu\u00eate d&rsquo;ind\u00e9pendance chaque fois assouvie puisqu&rsquo;aucune entrave ne lui est faite et donc sans qu&rsquo;il ait \u00e0 lutter pour en conserver l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ayant atteint son but, Christopher quitte le r\u00eave pour la r\u00e9alit\u00e9. Il d\u00e9couvre alors que sa libert\u00e9-ind\u00e9pendance n&rsquo;est pas absolue : il refusait le subi mais le voici subissant les lois de la nature. En s&rsquo;isolant, il se retrouve assujetti \u00e0 des lois insoup\u00e7onn\u00e9es et donc non anticip\u00e9es. Il n&rsquo;en per\u00e7oit pas la force et n&rsquo;en prendra la mesure qu&rsquo;au moment o\u00f9 la mort le guette (son empoisonnement accidentel). Le parcours ind\u00e9pendantiste qu\u2019il s\u2019est trac\u00e9 trouve l\u00e0 sa premi\u00e8re mais aussi sa seule et derni\u00e8re entrave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Individualisme<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme contemporain est caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019individualisme qui est \u00e0 comprendre selon cet axe : \u00ab voir le monde \u00e0 partir de la particule et non plus \u00e0 partir de l\u2019ensemble \u00bb (14). Autrement dit, l\u2019homme hypermoderne voit le monde \u00e0 partir de sa singularit\u00e9, de son individualit\u00e9 et non plus \u00e0 partir d\u2019un tout qui l\u2019agence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout dans le comportement de Christopher le fait appr\u00e9hender comme un individu qui ne con\u00e7oit le monde qu&rsquo;\u00e0 partir de sa seule fraction individuelle\/personnelle. Lorsqu\u2019il dit \u00ab l\u2019important n\u2019est pas d\u2019\u00eatre fort mais de se sentir fort \u00bb, il se jauge \u00e0 une \u00e9chelle qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 sa seule fraction individuelle et non \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un tout, d&rsquo;un ensemble. Il ne prend en consid\u00e9ration que son propre d\u00e9veloppement plut\u00f4t que la pertinence de son action dans un ensemble. S&rsquo;il en vient \u00e0 br\u00fbler ses papiers d&rsquo;identit\u00e9, c&rsquo;est pour mieux manifester, d&rsquo;une part, son refus d&rsquo;\u00eatre inclus dans un ensemble, et d&rsquo;autre part, sa revendication de se placer en marge de toute loi humaine.\u00a0 Il ne veut pas seulement \u00eatre \u00ab un parmi d&rsquo;autres \u00bb, il veut \u00eatre \u00ab un \u00bb tout seul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son \u00e9r\u00e9mitisme se distingue de celui du moine qui le vit comme une abstraction au monde propice \u00e0 mieux communier avec \u00ab la cr\u00e9ation \u00bb. En effet, Christopher, lui, ne vibre qu&rsquo;avec lui-m\u00eame. Il n&rsquo;envisage pas et ne tente pas d&rsquo;int\u00e9grer un ext\u00e9rieur \u00e0 lui. Il en est m\u00eame incapable, tant l&rsquo;importance de sa seule fraction individuelle l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;objectiver ce qui est distant peu ou prou de sa personne. Et cette objectivation n&rsquo;est pas seulement relative \u00e0 des cong\u00e9n\u00e8res humains, elle concerne aussi le monde animal, v\u00e9g\u00e9tal, min\u00e9ral, etc. Pour preuve, ses difficult\u00e9s \u00e0 d\u00e9pecer un renne ou \u00e0 choisir ses baies. La nature n\u2019est pas utilis\u00e9e pour se lire lui-m\u00eame. Il n&rsquo;y a pas de continuit\u00e9 entre lui et la nature, il y a simplement une juxtaposition. Christopher ne cesse de faire part de ses sensations mais ne t\u00e9moigne pas d&rsquo;un ressort qui pourrait s&rsquo;op\u00e9rer entre la nature et lui. Il rejoint le contemporain qui, dans sa forme exacerb\u00e9e, est un \u00eatre qui n\u2019aurait \u00e0 voir qu\u2019avec lui-m\u00eame, qui ne fait pas partie d\u2019un tout, qui ne se sent pas concern\u00e9 par ce tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christopher adh\u00e8re \u00e0 lui seul, il ne fait pas preuve d\u2019abstraction de lui, ne tente pas d\u2019int\u00e9grer en son sein autre chose que lui. Il adopte une position qui s&rsquo;apparente \u00e0 de l&rsquo;\u00e9gocentrisme : on le voit notamment lorsqu\u2019il sous-titre sa vie, \u00e9crit ses faits et gestes, se parle \u00e0 lui-m\u00eame, etc. Ceci concourt \u00e0 indiquer un rapport exclusif de soi \u00e0 soi, auto-cyclique. Son moi est l&rsquo;objet exclusif de son int\u00e9r\u00eat, de son investigation. S&rsquo;il \u00e9tait \u00e9gocentrique, il s&rsquo;\u00e9rigerait en centre de l&rsquo;univers. Or ce n&rsquo;est pas le cas, puisque ce qui lui est ext\u00e9rieur, il en fait abstraction et donc il ne peut en \u00eatre le centre : il est l&rsquo;univers.\u00a0 Il n&rsquo;y a que lui, un point c&rsquo;est tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque Christopher s&rsquo;attribue son nouveau nom, \u00ab Supervagabond \u00bb, ce n&rsquo;est pas anodin car l&rsquo;errance est une d\u00e9marche de refus de stabilit\u00e9, d&rsquo;ancrage, de statisme, de d\u00e9finitif. Elle s&rsquo;inscrit dans le mouvement et d\u00e9note aussi un choix de libert\u00e9 et d&rsquo;ind\u00e9pendance. Christopher manifeste sa d\u00e9cision de ne pas s&rsquo;inscrire et de ne pas se laisser inscrire dans quoi que ce soit.\u00a0 Il conna\u00eet sa destination (l&rsquo;Alaska) mais ne sait pas comment et de quoi sa route sera faite. Son choix de l&rsquo;errance, il le maximise (\u00ab super \u00bb), pour renforcer son intention de ne concevoir son cheminement que comme impossible \u00e0 endiguer, enrayer, stopper. Rien ni personne ne l&rsquo;arr\u00eatera, rien ni personne n&rsquo;aura de prise sur lui. Il sera lisse, sans adh\u00e9rence possible.\u00a0 Il sera \u00e9tanche, un individu \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que Christopher \u00e9crit dans les derniers instants de sa vie, \u00ab le bonheur n\u2019est r\u00e9el que lorsqu\u2019il est partag\u00e9 \u00bb, pose la question de l&rsquo;individualisme men\u00e9 \u00e0 son paroxysme. Serait-ce simplement un constat, l&rsquo;aveu d&rsquo;une impasse ? Christopher se limiterait-il \u00e0 reconna\u00eetre la faillite de sa qu\u00eate solitaire d&rsquo;une absolue libert\u00e9 ? Au-del\u00e0, Christopher veut-il livrer une le\u00e7on ? Il ne veut pas faire transpara\u00eetre sa mort comme un \u00e9chec. Il d\u00e9clare son bonheur, l&rsquo;\u00e9crit et ainsi le partageant le rend r\u00e9el. Il officialise sa d\u00e9couverte des limites de l&rsquo;individualisme, r\u00e9int\u00e8gre le monde, recouvre son identit\u00e9 abandonn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Recherche de v\u00e9rit\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enjeu de l\u2019individu hypermoderne ne sera plus de \u00ab d\u00e9crocher la r\u00e9v\u00e9lation en dehors de lui mais d\u2019accoucher la v\u00e9rit\u00e9 postul\u00e9e au-dedans de lui \u00bb (15). La recherche de sens devient individuelle, \u00ab chacun devient l\u2019artisan de sa propre sph\u00e8re de sens et forge lui-m\u00eame le sens qu\u2019il entend donner \u00e0 sa vie \u00bb (16).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christopher explique, \u00e0 un moment du film, lors d&rsquo;une de ses rencontres que l\u2019argent, l\u2019amour, la foi, lui importent peu, et que seule la qu\u00eate de la V\u00e9rit\u00e9 l\u2019anime. Il ambitionne, une fois l&rsquo;Alaska atteint, d&rsquo;entreprendre cette qu\u00eate de la V\u00e9rit\u00e9. Il ne semble pas guid\u00e9 par une recherche de communion avec la nature, de transcendance avec elle mais bien par une recherche de lui-m\u00eame, ce qu&rsquo;attestent d\u2019ailleurs ses \u00e9crits. Il semble partir du postulat que la V\u00e9rit\u00e9 se situe en lui, il lui semble inconcevable que la V\u00e9rit\u00e9 puisse exister ailleurs qu\u2019en lui. Il exclut donc de sa qu\u00eate, et les autres, et la nature. Il n\u2019utilise ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre pour se lire lui-m\u00eame. Il semble chercher \u00e0 accoucher de sa V\u00e9rit\u00e9, puisqu&rsquo;il s&rsquo;estime seul d\u00e9tenteur et seul d\u00e9positaire de V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A un autre moment, il dit aussi que \u00ab c\u2019est dans les exp\u00e9riences in\u00e9dites que les profondeurs de l\u2019\u00e2me humaine se d\u00e9couvrent \u00bb. Le choix de l&rsquo;Alaska et le mode de cheminement (errance) pour y parvenir, Christopher veut les appr\u00e9hender comme des exp\u00e9riences in\u00e9dites concourant \u00e0 la d\u00e9couverte de son \u00e2me. En fait, s&rsquo;il cherche l&rsquo;\u00e9mergence de sa V\u00e9rit\u00e9, il est en qu\u00eate de prime abord de nouveaut\u00e9, d&rsquo;in\u00e9dit, puisqu&rsquo;il les pense n\u00e9cessaires \u00e0 cette r\u00e9v\u00e9lation. Ainsi, comme pour l\u2019individu hypermoderne, sa fa\u00e7on de faire \u00e9merger des potentialit\u00e9s int\u00e9rieures s&rsquo;exprime dans sa recherche de l\u2019in\u00e9dit et son \u00e9vitement du m\u00eame. Pour lui, un m\u00eame ne peut g\u00e9n\u00e9rer que du m\u00eame. Bien que l&rsquo;it\u00e9ration implique un mouvement, l&rsquo;individu hypermoderne la per\u00e7oit comme statique. Il ressent tout \u00e9tat fig\u00e9 comme du non-agi qu&rsquo;il assimile \u00e0 du subi, ce qu&rsquo;il rejette farouchement. L\u2019Alaska est alors appr\u00e9hend\u00e9 par Christopher comme un lieu id\u00e9al pour l&rsquo;expression de ses potentialit\u00e9s, et non comme un lieu qui l&rsquo;imprimerait et qu&rsquo;il int\u00e9grerait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab C\u2019est le moment de l\u2019aventure ultime la plus extraordinaire, le combat capital pour tuer l\u2019\u00eatre factice terr\u00e9 au plus profond et mener \u00e0 son terme la r\u00e9volution spirituelle \u00bb dira Christopher incidemment. Aurait-il l&rsquo;impression d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 parasit\u00e9 par des \u00e9l\u00e9ments \u00e9trangers \u00e0 sa personne ? Il ne veut sa V\u00e9rit\u00e9 que pure et fera le vide pour la d\u00e9couvrir. Nous pourrions extrapoler en disant que, pour l&rsquo;homme hypermoderne, la qu\u00eate de V\u00e9rit\u00e9 (avec un \u00ab V \u00bb majuscule) se mute en qu\u00eate d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 (avec un \u00ab v \u00bb minuscule) car la V\u00e9rit\u00e9 ne serait plus unique et commune mais bien v\u00e9rit\u00e9 individuelle, distincte voire diff\u00e9rente pour tout un chacun.<\/p>\n<p><em>Discussion<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00ab Le bonheur n\u2019est vraiment r\u00e9el que lorsqu\u2019il est partag\u00e9 \u00bb. Cette phrase de Christopher McCandless m\u2019a interpell\u00e9e. L&rsquo;absence de partage conduit le personnage d\u2019\u00ab Into the wild \u00bb tout droit vers la mort. Plut\u00f4t qu&rsquo;une question de bonheur, s&rsquo;agirait-il d&rsquo;une question de vie dont la maxime serait : \u00ab pour rester en vie, il faut partager avec les autres \u00bb ? M\u00eame si cette maxime peut \u00eatre applicable de tout temps, l\u2019injonction qu&rsquo;elle formule n&rsquo;aurait-elle pas plus de force \u00e0 notre \u00e9poque car l\u2019individu hypermoderne \u00ab n\u2019a plus les autres en lui \u00bb ? Le mouvement incessant vers les autres afin de les retrouver serait alors vital pour lui. Le h\u00e9ros souhaite-t-il faire conna\u00eetre les limites pour un individu \u00e0 vivre de mani\u00e8re hypermoderne ? Ou \u00e9nonce-t-il vers quelle impasse m\u00e8ne l\u2019individualisme lorsqu\u2019il est men\u00e9 \u00e0 son paroxysme ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il para\u00eet plus confortable, de prime abord, pour un individu actuel de vivre dans l\u2019instant, d\u00e9connect\u00e9 du tout, de mani\u00e8re ind\u00e9pendante et individualiste, il lui est n\u00e9anmoins difficile de vivre \u00e0 long terme de cette fa\u00e7on, et le recours notamment \u00e0 une permanence, \u00e0 des points d\u2019ancrage ou \u00e0 un collectif s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire, voire dans certains cas indispensable. Vivre en hypermoderne \u00e0 cent pour cent est-ce finalement possible et alors serait-ce pour une dur\u00e9e limit\u00e9e ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christopher se lance dans une qu\u00eate qu&rsquo;il veut individuelle et personnelle. Or, elle lui est insuffl\u00e9e par un courant culturel qui \u00e9rige en id\u00e9al l\u2019\u00e9panouissement de soi, la qu\u00eate identitaire, la recherche de bonheur individuel. Christopher ne s&rsquo;en rend pas compte et persiste \u00e0 se penser libre de toute forme d&rsquo;injonction culturelle. Ainsi, je rejoins les propos de Bernard Fourez, \u00e0 savoir que nous assistons \u00e0 une \u00e9clipse de la culture par le singulier car singulier et culture se superposent et se confondent. Le th\u00e8me de la culture hypermoderne ne renvoie qu\u2019au singulier alors que toute culture \u00e9nonce une proposition collective. D\u00e8s lors, il devient difficile de percevoir que l\u2019injonction de devenir singulier provient d\u2019une injonction culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Conclusion<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Usant d&rsquo;une m\u00e9taphore cin\u00e9matographique, je dirai que le h\u00e9ros \u00e9tudi\u00e9 a jet\u00e9 des coups de projecteur sur l&rsquo;une ou l&rsquo;autre caract\u00e9ristique de l&rsquo;individu hypermoderne, saillantes \u00e0 des degr\u00e9s vari\u00e9s et sous des formes diverses. N\u00e9anmoins, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que j\u2019ai conscience des nombreuses limites mais \u00e9galement des nombreux biais qui ont encadr\u00e9 ma lecture du film. Ainsi, sans \u00eatre exhaustive, le fait d&rsquo;avoir \u00e9tudi\u00e9 un personnage aux caract\u00e9ristiques hypermodernes non pas en chair et en os mais au travers d&rsquo;un m\u00e9dia, le fait d&rsquo;\u00eatre moi-m\u00eame individu d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 hypermoderne, a rendu mon approche ardue et a entrav\u00e9 la distanciation qui est attendue entre l&rsquo;observateur et l&rsquo;observ\u00e9. Une autre limite r\u00e9side dans le parti pris de consid\u00e9rer l\u2019\u00e9tude du h\u00e9ros du film comme une monstration plut\u00f4t qu&rsquo;une d\u00e9monstration, cas de figure dans lequel les d\u00e9ductions ou conclusions auraient pu \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9es par la reproductibilit\u00e9 des cas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le commentaire de film en tant qu&rsquo;exercice destin\u00e9 \u00e0 \u00e9clairer certains aspects de l&rsquo;hypermodernit\u00e9 est sans doute assez novateur mais je suis convaincue que d&rsquo;autres approches, d&rsquo;autres pistes d&rsquo;investigation, d&rsquo;autres modus operandi seraient certainement tr\u00e8s riches en enseignement. Je rel\u00e8ve ainsi, sans que ce soit en aucune mani\u00e8re exhaustif, diff\u00e9rentes pistes telles que la naissance et l&rsquo;explosion du ph\u00e9nom\u00e8ne Facebook ou Twitter, l&rsquo;analyse et le d\u00e9cryptage du contenu des blogs, les architectures individuelle et collective et l&rsquo;urbanisation, la mont\u00e9e en puissance de l\u2019\u00e9cologie, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Myriam Ippersiel<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-size: 13px; text-align: justify;\">(1) Lipovetsky, G &amp; Serroy, J., L\u2019\u00e9cran global, Paris, Seuil, 2007, p.10<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"text-align: justify; font-size: 13px;\">(2) Ibid., p.68<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(3) Ibid., p.45<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(4) Fourez, B., Docteur, je manque de confiance en moi in Cahier de Psychologie Clinique, 10, 1998, pp.173-195, p.194<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5) Lebrun, J.P., La perversion ordinaire : vivre ensemble sans autrui, Paris, Deno\u00ebl, 2007<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(6) Fourez, B., <a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-therapie-familiale-2007-4-page-369.htm\" target=\"_blank\">Les maladies de l\u2019autonomie<\/a> in Th\u00e9rapie Familiale, vol. 28, 4, 2007, pp. 369-389<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) Ibid., pp.369-370<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(8) Ibid., p.370<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(9) Gauchet, M., La d\u00e9mocratie contre elle-m\u00eame, Paris, Gallimard, coll. \u201ctel\u201d, 2002, p.254<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(10) Marcel Gauchet \u00e9crit que l\u2019individu \u00ab ne l\u2019ignore pas, bien \u00e9videmment au sens superficiel o\u00f9 il ne s\u2019en rendrait pas compte \u00bb (ibid., p.254)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(11) Gauchet, M., La d\u00e9mocratie contre elle-m\u00eame, Paris, Gallimard, coll. \u201ctel\u201d, 2002, p.254<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(12) Fourez, B., <a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-therapie-familiale-2007-4-page-369.htm\" target=\"_blank\">Les maladies de l\u2019autonomie<\/a> in Th\u00e9rapie Familiale, vol. 28, 4, 2007, pp.369-389<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(13) Gauchet, M., La d\u00e9mocratie contre elle-m\u00eame, Paris, Gallimard, coll. \u201ctel\u201d, 2002, p.245<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(14) Fourez, B., <a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-therapie-familiale-2007-4-page-369.htm\" target=\"_blank\">Les maladies de l\u2019autonomie<\/a> in Th\u00e9rapie Familiale, vol. 28, 4, 2007, pp.369-389, p. 370<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(15) Fourez, B., <a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-therapie-familiale-2004-3-page-255.htm\" target=\"_blank\">Personnalit\u00e9 psychofamiliale, personnalit\u00e9 psychosoci\u00e9tale<\/a> in Th\u00e9rapie Familiale, vol. 25, 3, pp.255-275, p.258<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(16) Aubert, N. (dir.), L\u2019individu hypermoderne (2\u00e8me \u00e9dition), Paris, Eres, coll. \u00ab sociologie clinique \u00bb, 2006, p.83<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article \u00e9crit par Myriam Ippersiel\u00a0et publi\u00e9 dans R\u00e9solument jeunes, n\u00b033, d\u00e9cembre 2010-f\u00e9vrier 2011. Qui est ce nouvel individu qui \u00e9merge dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales, nomm\u00e9 individu hypermoderne, et qui fait l\u2019objet de nombreux ouvrages ? 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