Cet article vient de paraître dans le premier numéro de la nouvelle revue trimestrielle « Pro J » éditée par notre partenaire, l’Asbl ProJeuneS. Les deux derniers numéros de la revue « Résolument jeunes » ont rendu compte des deux premières conférences du cycle 2011 du cePPecs consacrées à la question « Qu’est-ce qu’apprendre ? » (1). Tout en renvoyant le lecteur à ces deux textes, dont je vais seulement rappeler le propos central, je voudrais ici et dans deux numéros à venir de la revue, reprendre et développer certaines idées trop sommairement exposées précédemment.
Dans son texte sur la transmission, Marcel Gauchet fait l’hypothèse d’un basculement opéré il y a une quarantaine d’années. A la source de ce basculement, il y a l’achèvement d’un processus venu de très loin que l’auteur désigne comme processus de détraditionalisation. Nous vivions jusque là sur un compromis entre tradition et méthode. Avec l’achèvement de la détraditionalisation de nos sociétés, nous sommes passés d’un modèle pédagogique centré sur la transmission de contenus à un autre centré sur l’activité individuelle de l’élève. Mais, du même coup, nous avons basculé dans un nouvel unilatéralisme qui ne se préoccupe plus que des processus personnels d’appropriation en se désintéressant des contenus qui sont en question dans l’opération éducative.
Nous avons ainsi développé une vision strictement individualiste de l’apprendre au détriment de l’acte social de transmission par lequel une génération éduque la suivante, la dite transmission étant dès lors devenue hautement problématique. C’est donc à une redéfinition des raisons fondamentales qui rendent la transmission incontournable que nous avons à travailler, sans nostalgie ni possibilité de retour à un ordre de la tradition irrémédiablement dépassé.
C’est d’un autre point de vue, celui de la clinique, c’est-à-dire de l’observation compréhensive des élèves (compréhensive parce que s’efforçant d’atteindre, dans la logique instaurée par la psychanalyse et la sociologie compréhensive, les opérations subjectives que s’autorisent ou s’interdisent les élèves) que part le texte de Martin Dekeyser et Jean-Marie Lacrosse. Un point de vue nous semble-t-il d’autant plus pertinent, que c’est sur ces opérations internes d’appropriation individuelle que les pédagogies nouvelles mettent l’accent.

