Nous qui sommes trois. A propos de « Nous qui sommes cent » de Jonas Hassen Khemiri

pro j 17

Article écrit par Jean-Marie Lacrosse et publié dans Pro J, n°17,  mars-mai 2016.
Version légèrement remaniée.

Le Théâtre National et la troupe Fluorescence Collective nous ont récemment proposé la dernière pièce « Nous qui sommes cent » d’un jeune auteur suédois, Jonas Hassen Khemiri. Né en 1978 d’un père tunisien et d’une mère suédoise, vivant à Stockholm, Khemiri est l’auteur à 38 ans de trois romans et six pièces de théâtre dont les plus célèbres ont été en leur temps traduit et mise en scène en français : « Montecore, un tigre unique » (2006, traduit en 2008) pour le roman, « Invasion » (2006, première mise en scène française en 2007) pour le théâtre. « Invasion » a été présentée simultanément à Bruxelles en janvier 2012 dans deux mises en scène différentes par le Théâtre Varia et le Théâtre de Poche. La pièce est décrite à cette occasion comme « un joyeux portrait au vitriol de notre société de plus en plus plongée dans le racisme ordinaire », en ces temps « troublés par de fausses réflexions sur l’identité nationale ». Deux « jeunes des cités », comme on dit en France, s’y inventent un personnage imaginaire, Abulkasem (le « père du témoin » en arabe, un personnage que l’auteur a trouvé chez un écrivain suédois de la fin du 18ème siècle) qui constitue pour eux une sorte de modèle ou de projection identificatoire.

L’auteur a donc bâti sa renommée sur les thèmes qui ont « envahi » la vie publique depuis une trentaine d’années : immigration, racisme, xénophobie, populisme, thèmes qui divisent fortement les opinions publiques, à droite d’abord puis plus récemment à gauche. Et il ne fait pas mystère de l’arrière-fond autobiographique de ces histoires. Or justement « Nous qui sommes cent » tranche complètement avec la veine développée jusque-là par l’auteur. Il n’y est plus question ni de nation, ni d’immigration, sinon de façon tout à fait marginale. Il s’agit d’une femme à l’aube de la mort qui ressasse entre exaltation et mélancolie les événements de sa vie. Le texte est de part en part un monologue intérieur, un genre inauguré au 17ème siècle dans La Princesse de Clèves et théorisé au 20ème par Edouard Dujardin. Ce flux ininterrompu de souvenirs, pensées, images, sentiments, sensations sans organisation apparente a pris une dimension relativement importante dans le roman à partir du 19ème siècle et fait bien sûr penser à la technique psychanalytique de la libre association . Le problème que doit affronter Khemiri après quelques autres n’est pas simple : comment transposer au théâtre ce procédé romanesque d’accès à l’intériorité psychologique alors que par définition le théâtre relève d’une essentielle extériorité, il est par excellence un art expressif.

Lire la suite

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Blog

Ecouter la CONFÉRENCE-DÉBAT « L’autodestruction du mouvement psychanalytique »

L’enregistrement audio de la conférence-débat est disponible ici.

« Passé l’âge d’or, en France, des années 1960-1980, la psychanalyse a perdu régulièrement de son influence et de son attrait, que ce soit auprès des intellectuels, des acteurs de la santé mentale ou de l’opinion publique. Comment expliquer cet affaiblissement? Il ne tient pas simplement à des oppositions extérieures, montre Sébastien Dupont. Il a sa source dans les dysfonctionnements et les dérives internes du mouvement psychanalytique lui-même. Derrière son titre provocateur, l’ouvrage en propose une analyse méthodique et sans complaisance, non dans le dessein d’accabler une fois de plus la psychanalyse, mais d’en appeler au contraire à un sursaut qui lui rendrait sa crédibilité pratique et sa vitalité théorique. » (Sébastien Dupont, L’autodestruction du mouvement psychanalytique, Gallimard, 2014)

Conférence-débat de Sébastien Dupont, psychologue  et maître de conférences associé (Université de Strasbourg).
Discutants : Jean-Pierre Lebrun (psychanalyste) et Bernard Fourez (systémicien)

La conférence-débat a eu lieu le 24 octobre 2015 à 14h30 au Pavillon des conférences, Clos Chapelle-aux-champs, 19 à 1200 Bruxelles.

Téléchargez l’affiche ici.

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Audio, Conférences

Marcel Gauchet en discussion

La journée de discussions autour de et avec Marcel Gauchet organisée en juin dernier à l’EHESS est désormais accessible en ligne.

À l’occasion de sa dernière année de séminaire à l’EHESS, le CESPRA et l’AMEP ont organisé une journée de débat autour de l’œuvre de Marcel Gauchet et en sa présence. Il s’agissait de mettre en perspective ses principales propositions dans le cadre de trois tables rondes thématiques : Religion, laïcité, fondamentalismes ; Mutations anthropologiques de l’individu contemporain ; Crise de la démocratie. Les interventions visaient autant à éclairer la fécondité des analyses gauchetiennes qu’à les soumettre à discussion. Marcel Gauchet a pris la parole à l’issue de chacune des tables rondes pour répondre aux questions qui lui avaient été posées, avant de prononcer la conférence de clôture intitulée « Pour la philosophie politique ».

Lien vers les enregistrements vidéos de la journée

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Vidéo

Ecouter les conférences du cePPecs

Vous pouvez réécouter l’ensemble des conférences que nous avons organisé.

Les liens qui suivent renvoient à chaque fois à une page reprenant l’ensemble du cycle de conférences mentionné.

Cycle 2015 : Après la croissance

Cycle 2011 : Qu’est-ce qu’apprendre ?

Cycle 2010 : Qu’est-ce que le socialisme ?

Cycle 2009 : Du bébé à l’adolescent, l’ère de l’indéfinition

Cycle 2007-2008 : Les jeunes, la société des médias

Cycle 2007 : L’enfant

Nous avons également organisé une conférence unique sur la Belgique.

Lode Wils –  Aux sources des difficultés du fédéralisme belge.  

Télécharger (clic droit « Enregistrer sous… »)

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Blog

Cycle 2015 : Après la croissance

Vous pouvez réécouter l’ensemble des conférences que nous avons organisé pour ce cycle.

Et si, plutôt que de promettre et d’annoncer en vain le retour imminent de la croissance, nos sociétés devaient envisager sa disparition en bonne et due forme ? Et si, à force de vouloir repousser ses limites, nous avions mis en œuvre depuis quarante ans une croissance proprement toxique, à l’origine des graves dérèglements de nos économies, que la crise de 2008 a brutalement révélés. Et si les Trente Glorieuses avaient représenté en Occident une révolution anthropologique, unique en son genre, un saut rapide dans l’histoire de l’espèce qui nous a fait quitter en quelques décennies le froid, la faim, la mort précoce ? Et si, la croissance n’étant plus vitale sur le plan biologique, de nouvelles perspectives s’ouvraient à l’humanité d’après la croissance ?

Telles sont les questions principales que ce cycle se propose d’examiner, successivement sous l’angle économique, historique, psychologique et politique.

Samedi 28 mars 2015 – Pierre-Noël Giraud, Les vraies limites de la croissance : ressources ou poubelles ?

« Les analyses du mur écologique auquel se heurte l’expansion économique ont beaucoup insisté sur la finitude des ressources naturelles. Mais le problème le plus pressant pourrait être ailleurs. Les vraies limites sont d’abord celles des poubelles biologiques indispensables pour absorber nos déchets. » (in Le débat n°182, Pierre-Noël Giraud, Ressources ou poubelles ?)

Samedi 25 avril 2015 – Camille Dejardin, Etat stationnaire : de la hantise à l’urgence

« Une société sans croissance économique ? L’idée, saugrenue pour les uns, salutaire pour les autres, trouve un écho grandissant à mesure que les politiques occidentales de croissance montrent leurs limites. La réflexion n’est pourtant pas inédite : l’accroissement de la population et de la consommation dans un monde fini n’a pas réellement cessé d’être un objet de préoccupation depuis les prémices de la révolution industrielle. Aussi l’essor récent de la mise en cause écologique ou proprement économique du principe de croissance peut-il apparaître comme la réactualisation, avec des données et des outils d’investigation nouveaux, d’une interrogation originelle. » (in Camille Dejardin : Etat stationnaire, de la hantise à l’urgence, Le Débat, n°182, novembre-décembre 2014, Gallimard)

Samedi 9 mai 2015 – Jean-Marie Lacrosse, La psychologie collective dans une société d’individus, un obstacle infranchissable ?

« Jamais dans l’histoire humaine les individus n’ont été à ce point individualisés, juridiquement et socialement. Et jamais sans doute, une puissance collective d’un type entièrement nouveau, que nous désignons comme démocratie, n’a été à ce point nécessaire pour répondre aux défis de l’après-croissance qui nous attendent. Jusqu’où cet individu individualisé est-il susceptible de vouloir ignorer tout ce qui pourrait entraver ou déranger son individualisation ? »

Samedi 6 juin 2015 – Jérôme Batout et Emmanuel Constantin, Addiction à la croissance et dépérissement politique (partie 1partie 2)

« Depuis 1945, c’est par la croissance que la stabilité et le gouvernement politique des sociétés démocratiques européennes ont été assurés. Aussi, lorsque, à partir des années 1970, la croissance a montré ses premiers signes de ralentissement, nos sociétés ont cherché à s’injecter à tout prix les doses qui leur étaient devenues indispensables et, ce faisant, sont entrées dans un engrenage, où il apparaît que la croissance n’a pas été une manière de gouverner politiquement les démocraties, mais une manière de ne pas les gouverner. À la faveur de la crise, la politique est en train de se réinviter à la table de notre histoire. »
(in Le débat n° 182, Jérôme Batout, Emmanuel Constantin, Croissance, crise et dépérissement de la politique)

Télécharger la brochure avec toutes les informations au format PDF(clique droit « Télécharger sous… ») 

Cycle organisé en partenariat avec Etopia.

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Audio, Conférences

Lire et écrire I. Polémiques autour des méthodes d’apprentissage

Article écrit par Bruno Sedran et publié dans Pro J, n°14,  juin-août 2015

Quels sont les enjeux de la lecture et de l’écriture à l’heure du monde numérique ? Cette question renvoie bien entendu à la dimension de l’apprentissage et ses difficultés mais aussi aux implications culturelles. Nous ne sommes pas nés avec le gêne de la lecture et cette invention a profondément changé le monde dans lequel nous vivons mais aussi la perception que nous en avons. Lorsque nous lisons le texte d’un auteur, nous faisons à la fois l’expérience de ce que nous partageons avec lui – en entrant dans sa pensée, et de notre singularité. On comprend, dès lors, l’importance de ce processus pour l’enfant : à travers la lecture, le rapport à soi et à l’autre prend toute sa signification.

Si dans le titre de cette première partie, nous utilisons le terme « polémique », du grec « polemos » signifiant guerre, c’est parce que la question de l’usage des méthodes d’apprentissage du français a été au fil du temps pris dans d’énormes conflits. De nombreux pédagogues se sont affrontés pour définir l’intérêt de l’une ou l’autre méthode. Les politiques sont entrés dans un jeu de promotion ou de réprobation. Les instituteurs se sont perdus dans les diverses conclusions. Aujourd’hui, les enseignants de l’enseignement secondaire, voire même de l’université, ne cessent de déplorer le faible niveau d’orthographe de leurs élèves. Les parents sont dans l’incompréhension et les enfants se retrouvent dans l’œil du cyclone.

Afin de rendre compte de la situation actuelle, il me semble important dans un premier temps d’élucider ce qui est en jeu dans les différentes méthodes d’apprentissage du français. Ensuite, je tenterai de présenter de manière succincte l’histoire de ces méthodes ainsi que les controverses idéologiques. Pour terminer sur la question de l’efficacité, je m’appuierai sur plusieurs recherches scientifiques mais aussi sur une réflexion concernant la signification du passage de l’oral à l’écrit.

Lire la suite

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Textes

PUBLICATION « La jeunesse pour quoi faire ? »

Le présent ouvrage est le fruit de 6 ans (2008-2014) de collaboration éditoriale entre le CEPPECS (Collège Européen de Philosophie Politique) et ProJeuneS (Fédération des organisations de jeunesse socialistes et progressistes) au sein de la revue Pro J/Résolument jeunes.

Il est constitué d’une trentaine de textes qui tentent autant de cerner les difficultés que rencontrent les jeunes d’aujourd’hui pour entrer dans la vie, que celles que rencontrent les parents, enseignants et professionnels de la jeunesse pour les y aider. Ceci, tout en interrogeant les lignes de force de la société contemporaine et les rapports éminemment complexes que tout individu entretient avec elle, entre la mutation profonde de la sphère individuelle et intime de chacun(e), et la (re)définition du rapport à l’autre, comme partie du tout social.

Découpé en quatre chapitres, cet ouvrage l’est aussi en deux parties : les trois premiers chapitres développant strictement les questions liées à l’apprentissage, à l’éducation et à la transmission ; le quatrième et dernier chapitre ouvrant un cadre plus large et traitant de la nécessaire refondation du socialisme, comme vecteur historique d’émancipation sociale.

Le livre (version papier, 313 pages) est disponible gratuitement, sur simple demande, en nous écrivant à « admin à ceppecs.eu » ou auprès de ProJeuneS asbl.

Les versions électroniques sont disponibles aux formats PDF ou ePub.

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Blog

Le cePPecs sur Facebook

Chers amis, nous avons décidé de refonder une page Facebook ouverte.

Cette page est accessible à tous, y compris à ceux qui ne possèdent pas de compte Facebook, à l’adresse suivante : www.facebook.com/ceppecs

Si vous souhaitez être notifié automatiquement des nouvelles publications, les commenter, les relayer ou publier sur cette page, bref participer à la « communauté cePPecs », il vous sera bien sûr nécessaire de vous inscrire sur Facebook.

L’accès aux enregistrements inédits de nos conférences et à nos articles se fait toujours via ce site web.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires sur notre page Facebook ou à l’adresse admin.at.ceppecs.eu

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Blog

CONFÉRENCE « Addiction à la croissance et dépérissement politique »

« Depuis 1945, c’est par la croissance que la stabilité et le gouvernement politique des sociétés démocratiques européennes ont été assurés. Aussi, lorsque, à partir des années 1970, la croissance a montré ses premiers signes de ralentissement, nos sociétés ont cherché à s’injecter à tout prix les doses qui leur étaient devenues indispensables et, ce faisant, sont entrées dans un engrenage, où il apparaît que la croissance n’a pas été une manière de gouverner politiquement les démocraties, mais une manière de ne pas les gouverner. À la faveur de la crise, la politique est en train de se réinviter à la table de notre histoire. »
(in Le débat n° 182, Jérôme Batout, Emmanuel Constantin, Croissance, crise et dépérissement de la politique)

Conférence de Jérôme Batout, économiste et philosophe, et Emmanuel Constantin, ingénieur-élève du Corps des Mines, organisée par le CEPPECS et Etopia

Quand ? Le 6 juin 2015, de 14h30 à 17h30

Où ? Au Pavillon des conférences, Clos Chapelle-aux-champs, 19 à 1200 Bruxelles

Informations pratiques dans notre brochure

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Blog

2007-2012. Le cePPecs cinq ans après

Au moment de clôturer notre cycle 2015, et persuadés plus que jamais de la dimension proprement cognitive et intellectuelle de la crise écologique, nous republions cette lettre rédigée à l’occasion du cinquième anniversaire de notre institution.  

Le Collège Européen de Philosophie Politique de l’Education, de la Culture et de la Subjectivité (cePPecs) a été inauguré le 13 janvier 2007. Cinq ans plus tard, le constat que nous faisions au moment de sa création nous paraît plus que jamais d’actualité (« notre projet »). En dépit d’un allongement de la formation et d’une élévation des niveaux de compétence, d’un accroissement de la quantité d’informations disponibles, d’une facilitation de l’accès à celles-ci et de leur échange, nos sociétés de la connaissance se connaissent de moins en moins elles-mêmes et ne savent plus où elles vont. La réalité est jugée trop complexe, l’ensemble insaisissable, la fragmentation des savoirs et des points de vue indépassable. Pullulent et cohabitent dès lors dans l’espace public médiatique savoirs experts hyperspécialisés, formules émotionnelles élaborées par les agences de « communication », discours idéologiques partiels et partiaux mêlant poncifs, rumeurs, fantasmes et croyances irréfléchies. Et au bout du compte, l’angoisse et l’impuissance devant ce qui apparaît comme une inéluctable fatalité, signant notre passage à un monde « post-moderne ».

Afin de comprendre un tel paradoxe, il faut s’interroger sur ce que sont en réalité nos sociétés de la connaissance et d’abord, de quelle connaissance il s’agit. Comme chacun sait, les sciences de la nature partagent le réel en domaines d’investigations partielles avec chacun leurs questions et leurs méthodes élaborées pour y répondre. Elles tendent ainsi à l’hyperspécialisation et à la validation autoréférentielle et excluent toute appréhension d’ensemble du domaine où elles s’appliquent. Au contraire, les sciences de l’homme et de la société s’enracinent nécessairement dans une culture qui relie les approches partielles à une perspective d’ensemble et leur donne sens. L’éclaircissement conceptuel y est la règle d’or et non la formalisation ou la constitution de jargons. Et elles sont tournées vers l’exercice de jugements éclairés, sur base d’une appréciation de la situation globale. Tout cela en raison des propriétés spécifiques de leur objet, le monde humain-social, qui se caractérise par ses dimensions de totalité, de réflexivité et de volonté.

C’est précisément ce qu’exclut notre définition de la connaissance et de son mode de fonctionnement, calqués unilatéralement sur le modèle des sciences de la nature. En appliquant au monde humain-social une épistémologie qui n’en relève pas, on prive la connaissance de sa puissance de compréhension et d’orientation.

Lire la suite

Laisser un commentaire

Archivé dans la catégorie : Blog