La sociologie générale racontée aux réginiens

Article écrit par Jean-Marie Lacrosse et publié dans Pro J, n°12,  décembre 2014-février 2015

« La sociologie ne couvre pas, loin de là, le champ entier de la pensée politique mais elle en a pris en charge, avec ses outils et ses méthodes propres, un de ses problèmes les plus épineux et les plus mystérieux (mais aussi les plus passionnants !) : l’articulation, dans le phénomène humain, de l’individuel et du collectif, deux niveaux de réalité distincts, séparables mais intimement liés et tellement enchevêtrés l’un dans l’autre que leur distinction requiert une analyse systématique. Les humains ne sont en quelque sorte présents à eux-mêmes qu’en étant en même temps présents à l’ensemble dont ils font partie.
C’est cela qui définit ce que l’on appelait autrefois leur « âme » et qui donne à l’existence humaine ce cachet si particulier : ces gens ne vivent pas seulement à côté des autres ou avec les autres, leurs « âmes » communiquent, elles sont en quelque sorte perméables, poreuses les unes aux autres, il y a une très remarquable compénétration des âmes que le phénomène du langage, tel qu’il se présente chez eux, met particulièrement bien en évidence. D’où par exemple ces phénomènes étranges : l’idée la plus impersonnelle peut les blesser voire les anéantir dans leur intimité la plus personnelle et, à l’inverse, ce qui leur apparaît comme le plus personnel, leur truc bien à eux, rien qu’à eux, se révèle au bout du compte hautement impersonnel et largement partagé par leurs semblables (raison pour laquelle, entre nous soit dit, sociologues et psychologues devraient toujours étroitement collaborer tant, comme dans une pièce de monnaie, la face du réel que perçoit le spécialiste de chacune de ces disciplines est inséparable de l’autre face mais qu’il est quasiment impossible, comme une pièce de monnaie, de regarder les deux faces ensemble). » (Jean-Marie Lacrosse)

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Croissance, crise et dépérissement de la politique

« La croissance est une mesure collective du progrès a minima visant, par sa simplicité et son objectivité monétaire, à emporter l’accord implicite de tous. Elle est l’accord sur lequel peuvent se former tous les désaccords. Elle atteste que, faute de choisir en amont une direction à l’orientation de nos sociétés, nous acquiesçons à celle qu’esquisse l’agrégat des forces économiques additionnées pêle-mêle. Au lieu de viser un résultat, nous attendons la résultante : nous ne sommes plus véritablement dans la politique. Or la crise à laquelle nous sommes durablement confrontés pose des problèmes politiques, au premier chef desquels les défis écologiques, la rareté énergétique et une dette publique faramineuse. Cette dernière, cristallisation ultime de l’endettement global auquel ont abouti les déséquilibres évoqués, sera certainement le principal défi politique des années à venir : la maîtrise de la dette nous met directement aux prises avec nos responsabilités politiques. De même, le doute sur les bénéfices de la croissance relativement à son prix constitue un problème d’orientation collective, de choix de la mesure de ce que nos sociétés considèrent comme ayant de la valeur. »

Jérôme Batout et Emmanuel Constantin, Croissance, crise et dépérissement de la politique in Le Débat, n°182, novembre-décembre 2014.

L’article est disponible dans son intégralité en version électronique moyennant un accès payant à cette adresse : http://www.cairn.info/revue-le-debat-2014-5-p-145.htm

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Le mouvement psychanalytique s’autodétruit !

Entretien avec Sébastien Dupont publié par le Cercle Psy le 10 décembre 2014.
Propos recueillis par Jean-François Marmion.

« Les écoles de psychanalyse ne sont pas toutes très démocratiques : certaines s’apparentent plutôt à des « cours » constituées autour d’un chef charismatique, souvent assez âgé, qui monopolise la parole. Ces chefs ne laissent pas toujours de place aux « jeunes » de trente ou quarante ans. Surtout, ils ne sont plus en contact avec les réalités cliniques. La plupart ne voient plus de patients depuis longtemps, mais ne suivent que des psychanalystes en formation. Donc, ces quelques figures qui ont voix au chapitre dans les médias ne sont pas en mesure de représenter le mouvement psychanalytique général, qu’ils connaissent mal ! Ils ont ainsi tendance à s’enfoncer avec leurs contradicteurs dans de faux débats : pendant combien de temps Freud a-t-il pris de la cocaïne ? A-t-il trompé sa femme avec sa belle-sœur ? Quels étaient les honoraires de Lacan ? Ils pensent que c’est de ça qu’il faut parler, pourtant tout cela ne fait que laisser de côté les vraies questions institutionnelles, théoriques, éthiques. En outre, du temps de Freud, les premiers chefs de file de la psychanalyse avaient une trentaine ou une quarantaine d’années (cf. Ferenczi ou Jung). Freud donnait la parole aux jeunes, provoquant leur émulation. Le vieillissement des psychanalystes français influents n’est pas un problème en soi, cependant, en toute fin de carrière, même si on peut avoir encore un esprit extrêmement dynamique, on est parfois moins prêt à se remettre en question… C’est ainsi que beaucoup de psychanalystes ont choqué par leur conservatisme sur des questions de mœurs, dans les débats sur le pacs ou le mariage pour tous, par exemple. La psychanalyse était pourtant, historiquement, très progressiste. » (Sébastien Dupont)

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Le futur de l’entreprise

Entretien avec Denis Maillard publié par ParisTech Review le 29 novembre 2014.

« Finalement, quelle sera la place du travail dans la vie des individus à l’avenir ?
Denis Maillard : On voit bien qu’on oscille entre une tentative, disons social-démocrate, de réinvention du travail dans l’entreprise autour de la qualité de vie, et une célébration libérale d’un monde post-salarial qui glorifie l’activité et l’entrepreneuriat de soi-même. Évidemment, les deux nourrissent l’espoir d’une société harmonieuse dans laquelle le travail quel qu’il soit épanouirait l’individu en le libérant de la nécessité. Pourtant, si l’on bascule dans une société où les individus rêvent de se libérer du travail, de se réinventer hors du travail, il faudra effectivement s’organiser pour leur laisser le plus de liberté possible. C’est alors le non-travail, le loisir ou l’activité non marchande qui deviendront des valeurs majeures. La conséquence sera une dévalorisation du travail qui deviendra ainsi une activité parmi d’autres et qui rendra, de fait, invisible, tout un pan du travail effectué dans cette même société comme les jobs précaires dont on vient de parler. En effet, l’émancipation des uns à travers leur travail se paiera nécessairement par une contrainte accrue pour d’autres. Pour que l’individu s’épanouisse au travail ou hors du travail, il faudra que d’autres personnes travaillent pour lui procurer les objets matériels ou culturels de son épanouissement.

Qu’on le veuille ou non, la société de l’activité, de l’autonomie individuelle ou du travail libéré sera plus que jamais une société de consommation et de travail invisible. On touche ici à l’un des paradoxes les plus secrets du processus d’individualisation : l’autonomie et l’épanouissement de l’individu dans et hors du travail se paient d’une double aliénation. L’une liée au besoin de consommer et l’autre liée à la nécessité de faire appel à un travail invisible, souvent pénible et précaire, nécessaire à cette consommation. Ce paradoxe des sociétés démocratiques ne va pas se défaire demain : le post-matérialisme, qui se lit dans l’autonomie des individus, libère totalement la figure du consommateur alors même que l’individu croit s’en affranchir en se libérant du travail. »

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Le cePPecs sur Facebook

Chers amis, nous avons décidé de refonder une page Facebook ouverte.

Cette page est accessible à tous, y compris à ceux qui ne possèdent pas de compte Facebook, à l’adresse suivante : www.facebook.com/ceppecs

Si vous souhaitez être notifié automatiquement des nouvelles publications, les commenter, les relayer ou publier sur cette page, bref participer à la « communauté cePPecs », il vous sera bien sûr nécessaire de vous inscrire sur Facebook.

L’accès aux enregistrements inédits de nos conférences et à nos articles se fait toujours via ce site web.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires sur notre page Facebook ou à l’adresse admin.at.ceppecs.eu

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Déficit symbolique

« Comment faire pour redonner un visage identifiable à du commun, de l’universel ? Voilà la tâche qui nous attend en ce début de 21ème siècle. (…) Cette question, jugée trop générale sans doute par l’individualisme triomphant, ne semble plus intéresser personne sauf bien sûr les spécialistes du marketing et de la publicité. En attendant, il me semble clair que ce sont les entrants dans la vie, les jeunes, qui sont les plus vulnérables face à cette conjoncture de déficit symbolique.

Si elle n’épargne personne d’entre nous, du plus jeune au plus vieux, elle touche plus durement ceux qui doivent non seulement vivre mais entrer dans ces univers symboliques déglingués. Près de vingt ans après sa sortie, je persiste à croire que c’est à ce problème que s’adressait le film « C’est arrivé près de chez vous ». Film mettant en scène sauvagement un monde où prolifèrent des significations symboliques sauvages et incontrôlées qui peuvent s’avérer parfois aussi meurtrières que les rafales qu’envoie Ben, filmées sans état d’âme par une équipe de tournage. »

Jean-Marie Lacrosse, De la nécessaire mise en valeur des jeunes dans notre société, http://www.ceppecs.eu/?p=672

Pour ceux d’entre vous qui ne connaîtraient pas l’émission « Le Petit journal » diffusée sur Canal +, c’est ici

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Les difficultés inédites de l’entrée dans la vie adulte

Article écrit par Martin Dekeyser et publié dans Pro J, n°11,  septembre-novembre 2014.

Depuis une quarantaine d’années, les conditions de constitution de l’individualité concrète se sont transformées et ont produit un nouvel individu, une nouvelle humanité. C’est en Europe de l’ouest que nous sommes les plus engagés dans ce processus d’individualisation, y compris dans la mesure où nous sommes sortis, plus qu’ailleurs, de la tradition. Je voudrais me concentrer ici sur les conditions nouvelles de l’entrée dans la vie adulte, les effets qu’elles ont sur celle-ci et les difficultés inédites qu’elles produisent.

1. Une nouvelle conception de la vie

Individualisation et privatisation radicale de l’existence entière

Pour ce faire, il convient de s’interroger d’abord sur cette expression d’ « entrée dans la vie » car elle ne va plus de soi. On ne l’emploie plus guère ou ne voit plus très bien à quoi elle fait référence. Et pour cause. Dans quoi faudrait-il en définitive entrer puisque pour nous, l’existence entière est devenue à elle-même sa propre finalité ? S’identifiant à l’individualité, la vie débute dès la naissance (voire avant pour les partisans de l’haptonomie) et s’achève à la mort. Or il se fait que cette conception radicalement individualisée de l’existence est tout à fait inédite et récente dans l’histoire longue de l’humanité.

Jusqu’il y a peu, la finalité de la vie était extérieure à elle-même : elle consistait à prendre en charge la cohésion et la reproduction collective, tant au niveau biologique que culturel.

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Bonnes vacances

Nous vous souhaitons de bonnes vacances et vous donnons rendez-vous début octobre pour la rentrée.

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Ecouter les conférences du cePPecs

Vous pouvez réécouter l’ensemble des conférences que nous avons organisé.

Les liens qui suivent renvoient à chaque fois à une page reprenant l’ensemble du cycle de conférences mentionné.

Cycle 2007 : L’enfant

Cycle 2007-2008 : Les jeunes, la société des médias

Cycle 2009 : Du bébé à l’adolescent, l’ère de l’indéfinition

Cycle 2010 : Qu’est-ce que le socialisme ?

Cycle 2011 : Qu’est-ce qu’apprendre ?

Nous avons également organisé une conférence unique sur la Belgique.

Lode Wils -  Aux sources des difficultés du fédéralisme belge.  

Télécharger (clic droit « Enregistrer sous… »)

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L’idée communiste a-t-elle survécu à l’Histoire ?

Débat publié dans Philosophie Magaine, Hors-série n°21, mars-avril 2014.
Propos recueillis par Martin Duru et Martin Legros.

L’un est la figure de proue du retour de l’idée communiste, la référence des mouvements des Indignés ou d’Occupy Wall Street et l’un des philosophes français les plus connus à l’étranger ; l’autre, issu de la mouvance antitotalitaire, est le penseur de référence de la démocratie libérale. Alain Badiou et Marcel Gauchet engagent ici un débat de fond sur le bilan du communisme et l’opportunité, face à la crise du capitalisme, de relancer une hypothèse mise à mal par l’Histoire.

Lien vers le débat

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